Extrait

Invisível Herói

Cristèle Alves Meira

2019 - 28 minutes

Fiction, documentaire

Production : Fluxus Films et Midas Filmes

synopsis

Duarte, la cinquantaine, non-voyant, se lance à la recherche de son ami Leandro, que personne ne semble avoir vu ni même connu...

Cristèle Alves Meira

Née en 1983 à Montreuil, Cristèle Alves Meira est de double nationalité française et portugaise. Assurant des mises en scène de théâtre dès l'âge de 20 ans, elle réalise au Cap-Vert, en 2010, un premier court métrage documentaire : Som & Morabeza. Suivront, notamment, deux fictions tournées dans le village de sa mère, au Portugal : Sol Branco et Campo de víboras, sélectionné en 2016 à la Semaine de la critique, à Cannes, et l'amenant à participer, la même année, à la troisième promotion de “Next Step”, qui permet d’accompagner des cinéastes vers leur passage au long métrage. Alors diplômée de l’Atelier scénario de la Fémis, elle signe, entre fiction et documentaire, lnvisível Herói, primé entre autres au Festival Silhouette, à Paris, à Contis et à Brest. Elle travaille actuellement au développement de son premier long métrage : Bruxa.

Critique

La trame narrative d’Invisível Herói suit l’évolution de l’origine de sa création. En faisant un casting sauvage pour son premier long métrage, Cristèle Alves Meira a été fascinée par Duarte, aveugle d’une cinquantaine d’années passionné par les livres et qui vit comme un moine dans la bibliothèque en braille qu’il s’est constituée. Cette rencontre lui donne l’envie de lancer la production d’un portrait de cet homme si cultivé et raffiné. Duarte accepte le projet du film à condition qu’il ne s’agisse pas d’un documentaire. La réalisatrice écrit alors une fiction qui s’appuie sur la personne de Duarte tout en lui inventant un rôle et une mission. Comme avec son tout premier court métrage Sol Branco, qui suivait sur une journée l’échappée d’une petite fille franco-portugaise en vacances, Invisível Herói est un film de fugue. Avec son acteur non professionnel, Cristèle Alves Meira met en place un dispositif proche du documentaire pour tourner en décors réels. Les plans-séquences sont écrits à l’avance, orchestrés par le chef-opérateur Julien Michel qui, donne l’impression que tout est volé, s’appuie sur la complicité des figurants. Ceux-ci prêtent donc main forte autant au film en train de se faire qu’au personnage interprété par Duarte. La forme purement documentaire de l’interview qui ouvre le film va se laisser trouer par une fiction de plus en plus teintée de fantastique lorsque Duarte se met en quête d’un ami qui semble imaginaire.

La déambulation dans Lisbonne, de l’espace ouvert de ses plages à sa vie nocturne plus confidentielle ouvre bien entendu à des rencontres. Mais elle met surtout au jour la question du visible. Que perçoit Duarte de cette ville qu’il ne voit pas ? Leandro, l’ami qu’il recherche, est photographe, et Duarte montre à ceux qu’il croise des clichés, que lui-même ne peut pas voir, pris par son ami photographe. Leandro restera invisible, comme l’est cette population cap-verdienne exilée dans son ancienne colonie à laquelle la réalisatrice s’intéresse depuis qu’elle a réalisé son premier documentaire sur la musique de cette île. C’est comme si la foule des touristes, venus de France ou d’ailleurs, qui peuplent les plages recouvrait en été cette minorité. On peut voir dans le personnage de Leandro le goût de la cinéaste pour le fantastique, dans des croyances qui outrepassent la réalité. À partir de la passion de Duarte pour les livres, Cristèle Alves Meira donne deux vies à son personnage : l’une qu’il vit et une autre qu’il fantasme.

Raphaëlle Pireyre

Réalisation et scénario : Cristèle Alves Meira. Image : Julien Michel et Manuel Pinho Braga. Montage : Pierre Deschamps. Son : Pedro Melo, Vincent Pateau et Simon Apostolou. Musique originale : Teofilo Chantre et Sabrina D. Marques. Interprétation : Duarte Pina et Lucília Raimundo. Production : Fluxus Films et Midas Filmes.

Bonus

Entretien avec Cristèle Alves Meira