Extrait
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L’île jaune

Léa Mysius, Paul Guilhaume

2015 - 30 minutes

France - Fiction

Production : Trois Brigands Productions / F comme Film

synopsis

Ena, 11 ans, rencontre un jeune pêcheur sur un port. Il lui offre une anguille et lui donne rendez-vous pour le dimanche suivant de l’autre côté de l’étang. Il faut qu’elle y soit.

Léa Mysius

Originaire de la Gironde, Léa Mysius, née en 1989, a suivi la section scénario de la Fémis entre 2010 et 2014. Elle a signé sous les auspices du G.R.E.C. Cadavre exquis, très remarqué lors de sa présentation en compétition nationale du Festival de Clermont-Ferrand 2012. Elle transformait l’essai avec Les oiseaux-tonnerre, deux ans plus tard (à travers notamment une sélection à la Cinéfondation cannoise), puis avec L’île jaune, coréalisé cette fois avec Paul Guilhaume, son chef-opérateur qui reçut du reste le Prix de la meilleure photographie à Clermont en 2016. Le film décrocha aussi le Grand prix au festival Premiers plans à Angers.

Plutôt précoce, Léa Mysius s’était alors déjà lancée dans l’aventure de son premier long métrage, Ava, dont le scénario avait remporté le Prix Sopadin Junior en 2014 et qui avait été en partie écrit lors d’une résidence au Chalet Mauriac à Saint-Symphorien, en Aquitaine.

En parallèle, Léa Mysius est aussi intervenue sur l’écriture des Fantômes d’Ismaël et de Roubaix, une lumière, d’Arnaud Desplechin, à qui elle avait consacré son mémoire de master de lettres modernes à la Sorbonne en 2009. D'autres collaborations d'écriture sur des longs métrages se sont multipliées pour elle en cette même période : avec André Téchiné sur L'adieu à la nuit en 2018, Jacques Audiard sur Les Olympiades en 2021 et Claire Denis sur Stars at Noon en 2022.

La même année, Léa Mysius présente son deuxième long métrage, Les cinq diables, interprété par Daphné Patakia, Adèle Exarchopoulos et Noée Abita, à la Quinzaine des réalisateurs, lors du 75e Festival de Cannes.

Paul Guilhaume

Avant tout directeur de la photographie, particulièrement intéressé par les liens entre architecture et lumière, Paul Guilhaume est sorti diplômé du département image de la Fémis en 2014. Il y a réalisé lui-même le documentaire One in a Million et y a appris son métier, notamment sur les films d’Antonin Desse, de Rémi Bigot ou d’Elsa Lévy.

Il est le chef-opérateur du court métrage d’Eduardo Sosa Soria Après les cendres en 2015, du moyen métrage documentaire Les vies de Thérèse de Sébastien Lifshitz, présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes l’année suivante, puis du long métrage Ava de Léa Mysius, avec qui il aura aussi coréalisé L’île jaune, qui lui valut le Prix de la meilleure photographie au Festival de Clermont-Ferrand en 2016.

Ces dernières années, le nom de Paul Guilhaume revient au générique de plusieurs œuvres remarquées dans les arcanes du jeune cinéma français, des longs métrages Joueurs de Marie Monge et Les héros ne meurent jamais d’Aude Léa Rapin aux courts Plaisir fantôme de Morgan Simon, Gros chagrin de Cléine Devaux, L’aventure atomique de Loïc Barché ou encore Gueule d’Isère d’Esther Mysius et Camille Rouaud. Son travail a été particulièrement remarqué dans Adolescentes et Petite fille, deux documentaires successivement réalisés par Sébastien Lifshitz, avec qui il avait déjà collaboré sur le moyen métrage Les vies de Thérèse en 2016.

Autre rencontre cruciale, celle avec Jacques Audiard, d’abord sur deux épisodes du Bureau des légendes, puis sur Les Olympiades, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes en 2021.

En 2022, Paul Guilhaume est à nouveau le chef-opérateur de Léa Mysius sur Les cinq diables, dont il participe aussi à l'écriture du scénario. Le film est présenté à la Quinzaine des réalisateurs lors du 75e Festival de Cannes. 

Critique

Dans les quelque vingt-quatre heures qui constituent ou précèdent la fugue d’Ena, onze ans, hors de la maison de vacances familiale au bord d’un étang du sud-est de la France, les humeurs de la “presque” jeune fille varient au gré des situations sociales qu’elle traverse. Elle sera successivement émoustillée par le rendez-vous donné par un jeune pêcheur, affligée par ses parents qui font la fête, excédée par son binôme de voile lorsqu’il fait chavirer leur catamaran.

Léa Mysius et Paul Guilhaume excellent à placer leur actrice dans des situations de jeu qui la font passer d’une timidité infantile entre copines à une sauvage impétuosité lorsqu’elle navigue sur l’étang. L’opacité psychologique de ce beau personnage féminin rappelle celle de Suzanne d’À nos amours de Pialat, dont L’île jaune reprend au générique les accents de l’air de Didon et Enée interprété par Klaus Nomi. Mais les réalisateurs savent se détourner de cette paternité naturaliste pour y ajouter, avec le personnage de Diego, une nuance quasi-fantastique. Le handicap du garçon (la moitié de son visage est brûlée), bon navigateur qu’Ena choisit pour l’emmener sur “son” île, lui confère la même force occulte que Léonore semblait tirer de son pied bot dans Les oiseaux-tonnerre (de Léa Mysius, 2014). La jeune réalisatrice confiait avoir déjà en tête, à l’écriture de ce précédent film, les champs du Médoc où il se déroule. Ici aussi, le port de plaisance, plus qu’un simple décor, semble être à l’origine du désir de fuite bien plus qu’un réel besoin d’émancipation.

Outre les trajectoires de yoyo que dessine le caractère de l’héroïne, les réalisateurs fixent un visage dans des lumières naturelles ondulantes. Il n’est pas étonnant que le coréalisateur Paul Guilhaume, primé à Clermont-Ferrand pour la photographie de L’île jaune, en soit également le coscénariste. Récit d’apprentissage, la véritable chair de cette brève robinsonnade devient l’observation des changements d’un visage entre le grand soleil de midi et la pâle clarté de la lune.

Raphaëlle Pireyre

Article paru dans Bref n°119, 2016.

Réalisation : Léa Mysius et Paul Guilhaume. Scénario : Léa Mysius. Image : Paul Guilhaume. Montage : Pierre Deschamps. Son : Antoine Pradalet, Gaël Éléon et Victor Praud. Décors : Esther Mysius et Camille Rouaud. Interprétation : Ena Letourneux et Alexandre Branco. Production : Trois Brigands Productions et F comme Film.  

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