Extrait
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Il est des nôtres

Jean-Christophe Meurisse

2013 - 48 minutes

France - Fiction

Production : Ecce Films

synopsis

Thomas a 35 ans et a décidé qu’il ne sortirait plus jamais dehors. Il vit dans une caravane dans un hangar en pleine métropole et invite chez lui sa famille, ses amis, ses voisins. Il organise des fêtes. Des fêtes dionysiaques. Thomas célèbre chaque jour son refus de la société. Joyeusement. Furieusement.

Jean-Christophe Meurisse

Jean-Christophe Meurisse est né en 1975. Comédien de formation, il est également metteur en scène de théâtre et a fondé en 2005 le collectif Les Chiens de Navarre, une troupe d’acteurs dont il dirige les créations collectives sur scène. Ses pièces sont remarquées et saluées par la critique et le public partout en France, mais aussi à l’étranger.

En 2013, Jean-Christophe Meurisse réalise le moyen métrage Il est des nôtres, qui reçoit notamment le Prix du public et celui de la meilleure interprétation, pour l'ensemble de sa distribution, au Festival Silhouette à Paris.

Son premier long métrage, Apnée, est sélectionné au Festival de Cannes en 2016, en séance spéciale de la Semaine de la critique.

En 2021, Oranges sanguines est lui aussi présenté à Cannes, en sélection officielle, hors compétition en séance de minuit, avant de sortir en salles le 17 novembre. Alexandre Steiger, qui a rejoint la bande des Chiens de Navarre en 2018, en tient le rôle principal.

Critique

­Il y a quelque temps, et avant rectification, le site présumé de référence Imdb présentait Il est des nôtres comme un documentaire. Ce qu’il n’est pas. Quoique. À la réflexion, Jean-Christophe Meurisse n’aurait-il pas, pour sa première incursion au cinéma, entrepris de capter le fruit d’une fertilité créative en marche, à savoir celle des Chiens de Navarre, la troupe de théâtre qu’il a créée en 2005 ? Les ponts apparaissent nombreux des planches à l’image, avec la citation de certains motifs ou l’exploration d’obsessions – existentielles, poétiques, charnelles ou même délibérément potaches... Sans scénario préétabli, le réalisateur est pourtant parvenu à articuler harmonieusement plusieurs segments parfois impressionnants dans leur utilisation du plan-séquence, qui tire le meilleur de comédiens parmi lesquels on ne se risquera pas à distinguer la moindre individualité.

Il semble vain également de vouloir “pitcher” le fil narratif, tant chaque scène semble impossible à prévoir en regard des précédentes, nous laissant dans un permanent état d’incertitude, d’autant mieux accepté qu’on se sent énergisé par une proposition artistique où la sève coule à flot... Disons qu’un gaillard barbu façon ZZ Top vit dans une caravane posée dans un vaste hangar, hors de toutes contingences matérielles, semble- t-il, tandis qu’un petit monde plutôt “folklo” gravite autour de lui : une gentille excentrique s’exerçant vaillamment au lap-dance, une volubile voisine octogénaire (qui finira par se livrer à une performance plutôt inattendue pour son âge) et, surtout, une bande d’amis un peu bohèmes, toujours prêts à une bonne engueulade ou à une discussion à rallonge sur tel ou tel éclat du monde.

En présentation d’une saison théâtrale des Chiens de Navarre, le toujours fin Tanguy Viel avait trouvé les mots seyant également à ce premier essai filmique, évoquant “les situations les plus outrées, les déchaînements ponctuels, les fatigues extrêmes et les violents déchirements” ; la place centrale de l’improvisation et un humour quasi constant permettent une variation en gracieuse oscillation autour du réel, du présent (sinon de “l’hyperprésent”, comme l’avance Viel), ce qui ouvre une palette infinie de possibles pour le spectateur. Diverses références viennent certes à l’esprit, mais on préfère, pour une fois, les garder pour soi, tant l’imprévisible et généreux désir qui guide la démarche semble unique, donc précieux en ces temps d’extension du domaine de la standardisation.

Il n’est pas indifférent que ce soit Emmanuel Chaumet qui ait, avec Ecce Films, accompagné le projet. Celui-ci apparaît aussi derrière la majeure partie des œuvres de Sophie Letourneur et celles de Justine Triet. L’approche du dialogue rappelle, par exemple dans les scènes de groupe de la caravane, la démarche de la première, quoique différente de nature, tandis que l’effervescence ambiante et la liberté de dispositif ne se situent pas loin de la seconde (outre la présence parmi les “Chiens” de sa comédienne fétiche Lætitia Dosch). Mais là où ces réalisatrices excellent à s’inscrire directement dans l’époque, Jean- Christophe Meurisse la balise en offrant une critique qui ne dit jamais son nom et aspire davantage à l’abstraction, à la métaphore audacieuse, à la fable baroque.

La solitude urbaine, les masques (éventuellement inquiétants), la dévorante pression du monde extérieur, fût-il amical, trouvent des traductions souvent fulgurantes et provoquent de brusques changements de ton, dans ce style cher à Meurisse dramaturge (voir la façon onirique – ou pas ? – dont l’hémoglobine fait irruption dans un cadre jusque-là plutôt paisible et amusant). Et ce corps nu qui relève enfin, dans l’ultime plan, le rideau métallique du hangar, nous le verrions volontiers prolonger la célèbre frise de l’évolution de l’homme qui décorait jadis nos écoles. Comme un parfait homo urbanus du troisième millénaire.

Christophe Chauville

Article paru dans Bref n°111, 2014. 

Réalisation et scénario : Jean-Christophe Meurisse. Image : Javier Ruiz Gómez. Montage : Carole Le Page. Son : François Meynot et Simon Apostolou. Interprétation : Thomas de Pourquery, Solal Bouloudnine, Lætitia Dosch, Céline Fuhrer, Nicolas Granger, Thibault Lacroix, Aristide Meurisse, Thomas Scimeca, Anne-Élodie Sorlin, Maxence Tual et Jean-Luc Vincent. Production : Ecce Films. 

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