Extrait
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Guaxuma

Nara Normande

2018 - 14 minutes

France, Brésil - Animation

Production : Les Valseurs, Vilarejo Filmes, Gao Shan Pictures

synopsis

J’ai grandi avec Tayra au bord d’une plage au nord-est du Brésil. Nous étions inséparables. Le souffle de la mer me rappelle des souvenirs heureux.

Nara Normande

Nara Normande est née en 1986 à Guaxuma dans le nord-est du Brésil, décor dont elle s’inspirera pour ses différentes réalisations.

En 2011, elle débute avec un premier court métrage d'animation, Dia estrelado, qui remporte plus de vingt prix dans les festivals. En 2014, elle co-réalise avec Tião un nouveau film court, Sem coração, distingué du Prix Illy du meilleur court métrage à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2014.

Une version longue de ce récit, Sans cœur, sera entreprise plus tard, avec le même duo aux commandes, et sortira en France dix ans après, en 2024.

Entre temps, la réalisatrice aura signé en solo en 2018 le court métrage d’animation Guaxuma, un film sensiblement autobiographique qui mélange plusieurs techniques d'animation autour du sable. Il devait remporter, cette même année, la Mention spéciale du jury de la compétition “Doc’Anim” au Festival Animatou de Genève, parmi une kyrielle de récompenses.

La société de production Les Valseurs a accompagné, côté français, la cinéaste sur Guaxuma comme sur son long métrage Sans cœur.

Critique

Guaxuma s’ouvre sur l’image granuleuse et délavée d’une plage déserte qui place d’emblée le film sous le signe de la nostalgie. Dans ce court métrage intimiste, Nara Normande convoque avec finesse et créativité le souvenir doux-amer de sa terre natale, située dans le nord-est du Brésil. À Guaxuma, elle mène une enfance libre et joyeuse, proche de la nature (comme en témoigne la bande-son dominée par le bruit de l’eau et du vent) et grandit aux côtés de sa meilleure amie Tayra. Les pics d’oursins qui poussent sous leurs aisselles et les coquillages qui se développent sur leur buste figurent ainsi avec humour et poésie leur passage à l’adolescence. Un immeuble abandonné, où règne une obscurité effrayante, introduit cependant une note discordante, accentuée par un déménagement dans une ville aux allures de prison intranquille. La mort de Tayra achève d’abîmer ce portrait idyllique : l’aspect éclaté de la scène, les couleurs noires et vives ainsi que la musique dramatique, en rupture avec le reste du film, traduisent le caractère traumatique de l’évènement.

L’utilisation du sable sous différentes formes (prise de vue réelle, marionnettes, sable mouillé, sable 2D sur verre) permet à Nara Normande de composer un film d’une grande richesse esthétique, où chaque réminiscence possède une tonalité et un degré de précision qui lui est propre. Elle s’en sert également pour créer de savoureux raccords, à l’image de cette chute au sein d’une abîme rocheuse qui se transforme en plongeon dans l’eau ou des convives d’une fête, dont la silhouette émane de la fumée d’une cigarette. Cette plasticité rapproche le sable de la mémoire, qui déforme les souvenirs : en voix-off, la cinéaste se demande ainsi si elle n’a pas inventé l’une des anecdotes qu’elle raconte. Il s’agit également d’une matière fragile, qui s’envole au moindre coup de vent, semblable au temps qui passe et efface tout sur son passage : “Les choses qu’on croit les plus fortes et belles, peuvent disparaître un jour”, dit la réalisatrice à propos de sa meilleure amie. Si ses souvenirs finissent par s’envoler sous la forme de grues en papier, son étreinte immobile avec Tayra au milieu d’un décor qui défile en accéléré, est la preuve que leur amitié, elle, résiste à l’épreuve du temps.

Chloé Cavillier

Réalisationscénario et voix : Nara Normande. Image : Maíra Iabrudi, Pedro Sotero, Simon Gesrel et Jean-Louis Padis. Animation : Sylvain Derosne, Diego Akel, Nara Normande, Clémence Bouchereau, Julien Laval, Abi Feijó, Tãnia Duarte, Sofia Gutman, Aurore Peuffier, Mélody Boulissière, Anne-Lise Némorin et Gervaise Duchaussoy. Montage : Eduardo Serrano. Son : Normand Roger, Emmanuel Croset et Silvino Patricio G. Becerra. Production : Les Valseurs, Vilarejo Filmes et Gao Shan Pictures. 

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