Extrait
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Gronde marmaille

Clémentine Carrié

2018 - 15 minutes

Fiction

Production : Duno Films et Plus de prod

synopsis

Fin août. Une après-midi. Boubou, une fillette de 7 ans, s’ennuie sur le camping. Partout, c’est la canicule et la sieste. Ses parents “font leur amour” dans la caravane. Elle fuit le camping pour les broussailles d’à côté et entraîne Dany trafiquer avec l’orage…

Clémentine Carrié

Clémentine Carrié est née en 1991 dans le Lot. Après une licence de philosophie, elle sort diplômée de l’École nationale supérieure d’audio-visuel de Toulouse (ENSAV), en spécialité “image”, en 2015.

En 2017, prolongeant ses études par un diplôme en création audio-visuelle en section “réalisation”, elle réalise un moyen métrage de 52 minutes pour la Cinémathèque de Toulouse et l’Institut Jean-Vigo de Perpignan. Composé de films d’archives amateurs des années 1910 à 1980, Filmer les Pyrénées réinterprète la vie quotidienne dans ces montagnes. Il est sélectionné au Festival des créations télévisuelles de Luchon en 2017 et au Festival CinéMed, à Montpellier, en 2018.

Intriguée par l’enfance et par les images qu’il peut en rester à l'âge adulte, son film de fin d’études, La peau du désert, raconte l’histoire d’un jeune couple qui, attendant un enfant, voit un étrange événement survenir.

Clémentine Carrié réalise en 2018 Gronde marmaille, son premier court métrage de fiction, produit par Duno Films et qui retrace un souvenir imaginaire. Le film est montré en section “jeune public” à Clermont-Ferrand et à Oberhausen notamment.

Poussière, une expérimentation de 6 minutes suit en 2020. Elle fait alors partie de la sélection de compétition nationale du Festival de Clermont-Ferrand.

Critique

Les cigales sont assourdissantes : certes c’est l’été, mais un été qui gronde. Tout se noie dans le soleil qui déteint sur les objets : les canards sur la piscine gonflable, la nappe, une serviette qui sèche et le pistolet à eau sont jaunes. Même la caravane est jaunâtre. Et la petite fille blonde. Tant de lumière, tant de chaleur écrasante qui semblent fatiguer cette fillette seule. Pourtant, Boubou ne manque pas d’imagination et elle a un copain pour jouer. Ils se prennent pour des bandits, elle tient en joue la grand-mère et le chien du petit garçon pendant que ce dernier vole un goûter. Ils fuguent à quelques mètres du camping, pour ériger une tente de fortune. C’est tellement mieux qu’une caravane, ça ne protège de rien, ça a le goût de l’aventure et du danger et surtout, il n’y a pas de parents du tout. Parce qu’un père et une mère présents, mais qui ne font que l’amour tout le temps, ce n’est pas très intéressant. 

Alors les deux complices fuient pour tromper l’ennui ailleurs. Ils se font la guerre “pour de faux” puis, faute de mieux à faire, “pour de vrai”. Ils se crient des choses méchantes pour mieux se réconcilier ensuite. Et arrive un moment où idées et histoires qu’on se raconte ne suffisent plus. Même dans ces grandes plaines arides où l’espace semble infini, le format 1:33 du cadre garde les enfants à l’étroit. Tout dans la mise scène montre qu’ils sont à bout de ressources. La tente est faite de quelques foulards et deux bouts de bois qui tiennent par miracle, ils possèdent deux pistolets à eau bientôt vides et quelques petites voitures poussiéreuses. Ils en sont réduits à se servir de leur propre corps, en dernier recours, comme d’une piste de course. 

Quand il n’y a plus de jeu, il reste la nature : la curiosité d’un bisou sur une joue inconnue, la tentation de provoquer l’orage. Boubou n’a plus rien à faire qu’espérer un changement, elle devient cheffe indienne et improvise une danse de la pluie en chantant. Elle appelle de son corps l’atmosphère à éclater pour se détendre enfin. Elle espère que l’ennuie et la pesanteur ne triompheront pas. Elle est majestueuse. Quand les trombes d’eau s’abattent, elle a gagné. Il est temps de rentrer, trempée de pluie et non de sueur. Les parents cherchent enfin les petits fugitifs ; eux peuvent s'endormir. 

Anne-Capucine Blot 

Réalisation et scénario : Clémentine Carrié. Image : Yann Maritaud. Montage : Jean-Paul Husson. Son : Antoine Brochu, Louis Molinas et Yoann Veyrat. Musique originale : Mike Ponton. Interprétation : Siloé Lecorps, Guillaume Vidry et Cathy Cayssiols. Production : Duno Films. 

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