Extrait
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Foutaises

Jean-Pierre Jeunet

1989 - 8 minutes

Fiction

Production : Tapioca Films

synopsis

"Tout ce que j’aime. Tout ce que je n’aime pas."

Jean-Pierre Jeunet

Avant de devenir un cinéaste parmi les plus populaires du paysage hexagonal (à travers notamment Le fabuleux destin d’Amélie Poulain en 2001 et Un dimanche de fiançailles en 2004), de surcroît sollicité par Hollywood pour mettre en scène Alien Resurrection en 1997, Jean-Pierre Jeunet, né le 3 septembre 1953 à côté de Roanne, fut l’une des têtes d’affiche du court métrage des années 1980. Celui qui signa alors le clip de Tombé pour la France pour Étienne Daho mena une collaboration suivie avec Marc Caro sur Le manège (qui reçut un César en 1981) et Le bunker de la dernière rafale, ou, en solo au générique, à travers Pas de repos pour Billy Brakko (d’après une BD de Caro…) et surtout Foutaises, véritable blockbuster du format dont l’efficacité ne s’est jamais démentie, près de trente ans après sa réalisation et un nouveau César, s’ajoutant en 1991 au Prix du public du festival de Clermont-Ferrand. Son dernier film en date est L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, sorti en 2013. Son vieux complice Dominique Pinon y tenait, une fois encore, un second rôle truculent.  

Critique

J'aime bien les films de huit minutes en noir et blanc qui atteignent à la quintessence du court métrage. J’aime pas les douaniers finlandais. J'aime bien les films de huit minutes en noir et blanc qui nous interpellent quelque part au niveau du vécu sur le dérisoire de nos chiennes de vies en nous faisant grâce des états d'âme bobo la tête de Madame Michu ma concierge. J’aime pas les avions qui remettent les gaz au moment de l'atterrissage. J’aime bien les auteurs de courts métrages qui prennent le temps de peaufiner leur œuvre pour mieux aller à chaque fois à l'essentiel et qui, sans chercher à tout exprimer d'un coup, y parviennent quand même. J’aime pas les avions qui font escale à Rodez. J'aime bien que de l'absurde naisse une poésie de l'humain. J'aime bien que les petits détails enfouis au plus profond des souvenirs de l'enfance ressurgissent comme autant d'éléments obsessionnels et cocasses. J'aime pas Le bunker de la dernière rafale. Mais j'aime bien qu'un réalisateur de courts métrages aille au bout de son inspiration et de son univers, sans complaisance ni compromis. J'aime bien l'exigence et la rigueur qui caractérisent Jean-Pierre Jeunet plus que tout autre et qui désormais, si ce n'était déjà acquis auparavant, font de lui le meilleur court métragiste français du moment. J'aime pas l'hypothèse idiote qu'il puisse, un jour, après avoir goûté aux délices du long métrage, ne plus revenir au courts. Mais j'aime bien les sacs Canal Plus. 

J'aime bien qu'un court métrage de huit minutes en noir et blanc se nourrisse de l'héritage patrimonial du cinéma français de la grande époque et l'adapte de la sorte aux préoccupations, aux hantises, aux rêves de son temps. J'aime bien l'idée que ce film aurait plu aux frères Prévert, et si je me trompe c'est qu'ils avaient raison car “on ne fait pas d'erreur sans se tromper”. J'aime bien le départ en vacances avec un béret, car “le béret c'est simple, c'est chic et c'est coquet”. J’aime pas les planchers du CNC, mais j'aime bien qu'un court métrage de huit minutes en noir et blanc se définisse autant par son style que par tout autre aspect. J'aime pas les pieds de Jean Gabin, mais j'aime bien quand il dit : “Moi, j’aime pas rester tout seul.” J’aime bien chaque fois qu'apparaît sur un écran le mot… foutaises.

Gilles Colpart

Article paru dans Bref n°5, 1990.

Réalisation et montage : Jean-Pierre Jeunet. Scénario : Jean-Pierre Jeunet et Bruno Delbonnel. Image : Jean Poisson. Son : Claire Bernardi. Musique : Carlos d'Alessio. Interprétation : Dominique Pinon. Production : Zootrope. 

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