Extrait
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Extérieur crépuscule

Roman Kané

2020 - 22 minutes

France - Fiction

Production : Quartett Production

synopsis

Joseph n’est pas particulièrement heureux, même s’il le cache plutôt bien. Le jour où son frère meurt, s’installe en lui la certitude qu’il passera à côté de sa vie. Pour qu’elle ne lui échappe pas, un soir, il cède à son désir.

Roman Kané

Roman Kané fait ses débuts au théâtre en 2010 avec la pièce Diplomatie (mise en scène par Stephan Meldegg) dans laquelle il joue aux côtés de Niels Arestrup et André Dussollier. En parallèle, il achève une Licence de Philosophie à la Sorbonne, une formation théâtrale et musicale (chant, piano) au sein de conservatoires parisiens (XIXe, VIIe et Ve) et de l’École du Jeu, tout en suivant des cours de danse à la Ménagerie de verre.

Il joue au théâtre sous la direction, entre autres, de Joris Lacoste, Tanya Lopert, Yves-Noel Genod, Ricci/Forte, Sophie Bricaire, Pauline Haudepin et Camille Dagen. On peut aussi le voir au cinéma dans La papesse Jeanne de Jean Breschand, Le redoutable de Michel Hazanavicius, Marvin de Anne Fontaine ou encore En attendant les barbares d’Eugène Green.

Extérieur crépuscule (2020) est son premier court métrage en tant que réalisateur. Il a été sélectionné au Festival Premiers plans d’Angers.

Critique

Et si je passe à côté de ma vie ?”. Joseph s’angoisse : il ne veut pas faire du mal à Asja, qu’il n’aime pas ou plus, et se sent attiré par Léo, bientôt en partance pour l’Argentine. Il voudrait aussi sans doute vivre plus intensément depuis la mort de son frère, Martin. Joseph est au seuil d’une nouvelle vie et Roman Kané filme ces balbutiements avec force et sensibilité, dans la nuit parisienne de cet “Extérieur crépuscule”.

Déjà dans ses photos, diffusées sur le web, on repère le goût du jeune cinéaste pour le saisissement presque brut, cet art discret et sans fioritures de fixer avec justesse la spontanéité d’une figure amie. Dans son premier film, Roman Kané déploie cet art en utilisant toutes les possibilités du cinéma. Joseph, son héros, n’est pas spontané et, dans la vie, oscille beaucoup. Ses hésitations se traduisent dans la grammaire cinématographique employée. Cette scène du cimetière par exemple, lorsqu’il soliloque près de la tombe de son frère disparu : un long travelling (accompagnant une marche rapide, expression d’une urgence et d’une douleur) succède à deux plans fixes, avant un plan large de conclusion, temps de réflexion pour s’apercevoir que le jeune homme a oublié son téléphone sur la tombe. Plus largement, le film repose sur cette prise en charge d’un temps heurté, comprenant ellipses radicales (on ne voit pas la mort du frère), plans-séquences où se niche le sentiment, montage abrupt qui ferme la porte à tout pathos.

Au centre du film se pose la question du désir, sa naissance et son accomplissement. Ou plutôt la difficulté d’aller jusqu’au bout de ce désir quand on est un garçon plutôt timide. Quentin Dolmaire joue à merveille cette difficulté d’expression, tant il précise avec naturel dans son interprétation les contours nuancés des élans de Joseph, aussi drôle qu’étreint par l’émotion vive. Les dialogues touchent au cœur tant, plutôt concis et essentiels, ils sonnent juste. Théo Augier, aka Léo, l’autre garçon du film, très à l’aise, incarne de manière immédiate l’objet du désir.

Roman Kané filme la nuit au fond des cœurs et dans les rues, avant que la lumière n’entre par effraction. Il privilégie la sensualité d’une rencontre, d’une lumière, d’un baiser, d’une caresse, d’une musique, au petit matin. Extérieur crépuscule est au fond l’histoire d’un apaisement, d’une mélancolie passagère, d’un jeune frère amoureux aidé par un fantôme bienveillant tapi derrière son épaule.

Bernard Payen

Article paru dans Bref n°126, 2021. 

­Réalisation et scénario : Roman Kané. Image : Manuel Bolaños. Montage : Léo Richard. Son : Hugo Deguillard, Pierre Georges et Xavier Thieulin. Interprétation : Quentin Dolmaire, Théo Augier, Julien Gaspard-Oliveri, Lou Chrétien-Février, Pauline Haudepin, Ulysse Mengue, Esmé Planchon et Raphaëlle Damilano. Production : Quartett Production.

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