Extrait
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Errance

Peter Dourountzis

2014 - 21 minutes

France - Fiction

Production : Année Zéro

synopsis

Djé vient passer son week-end à Paris, mais personne ne l’attend. Anonyme parmi les ombres, il erre au hasard des rues pour tromper son ennui. Caméléon et marginal, il galère ou socialise, s’alcoolise et dérive.

Peter Dourountzis

Peter Dourountzis est né à Paris en 1979. Diplômé de l'ESRA, il a travaillé durant dix ans au Samu social de Paris. En 2014, il réalise son premier court métrage, produit par Année zéro : Errance. Celui-ci est remarqué dans de nombreux festivals, remportant notamment le Prix du meilleur court métrage à Amiens.

Deux autres films courts suivent immédiatement – Le dernier raccourci (2015) et Grands boulevards (2016) –, avant un premier long métrage, Vaurien, interprété par Pierre Deladonchamps, Ophélie Bau et Sébastien Houbani. Faisant partie de la Sélection officielle du Festival de Cannes 2020, il accède enfin aux salles de cinéma le 9 juin 2021.

Critique

Que ce soit dans le court ou le long métrage, la “séquence d’errance en milieu urbain” d’un personnage semble être une figure scénaristique imposée souvent esthétiquement formatée.

Peter Dourountzis ne se contente pas d’une séquence : son film est une errance. Le réalisateur ignore les sirènes arty(ficielles) du genre – travail de la photographie sur les divers jeux de lumières nocturnes, entre autres – et se concentre sur son sujet : un homme monte dans un train de banlieue pour passer une nuit à Paris. D’emblée, il accoste une jeune fille, seule dans le wagon ; peu de mots, mais un regard et une attitude corporelle suffisent à l’agresser.

Film taiseux, à l’image de son interprète principal – impressionnant Paul Hamy –, Errance avance longtemps et lentement sans but précis. Sans effet particulier, sinon celui de ne jamais laisser son “homme” hors champ, le réalisateur tisse patiemment sa toile et dessine les contours d’un personnage de plus en plus inquiétant ; sa bonhomie est un camouflage de chasseur aux aguets, opportuniste et au sang froid. Au physionomiste de boîte de nuit qui le refoule, puis l’insulte – “Trace toujours tout droit jusqu’à la mer [...] et si tu croises un étang ou quelque chose tu te laves dedans parce que tu fouettes” –, il n’oppose qu’un bref “bonsoir” avant de poursuivre sa déambulation nocturne. De l’état de chasseur il passe à celui de cueilleur de sons et de sensations ; un bruit de scooter lui donne envie de faire un tour de deux roues ? Il en vole un. Puis la chasse continue. Une jeune fille dans un groupe d’amis lui plaît ? Il investit le groupe et s’avère d’ailleurs bon stratège psychologique. Une jeune femme sort du métro ; il la suit jusqu’à son domicile, mais la proie referme sa porte assez tôt. Une averse l’oblige à trouver refuge dans un immeuble ; à l'affût dans un renfoncement sombre, il observe une femme en déshabillé fumer à sa fenêtre. Démasqué, il s’éclipse, sans un mot. La nuit avance, la chasse n’est pas bonne, la frustration augmente et la tension avec.

Dans une apparente liberté de circulation, l’homme évolue sur un territoire qu’il connaît et l’on imagine cette partie de chasse comme la répétition d'un vice sans fin. Le réalisateur impose ce carcan à son personnage et l’enferme dans une boucle aliénante : un jour, une nuit, un jour avec retour à la case départ que l'on devine bien vide. Dans le wagon du retour, la même jeune fille qu’à l’aller le toise. Elle est rejointe par deux amies : regards en coin et commentaires amusés fusent. L’homme-crocodile se rencogne dans sa parka et son siège, s’isole de cet environnement sonore qui l’agresse ; le casque audio blanc qu’il met sur ses oreilles diffuse une musique douce et mélancolique. C’est celui de la femme qu’il a agressée le matin même avant de s’enfuir et se cacher jusqu'à sa prochaine expédition.

Fabrice Marquat

Article paru dans Bref n°116, 2015.

Réalisation et scénario : Peter Dourountzis. Image : David Chambille. Montage et musique originale : Jean-Christophe Bouzy. Son : Emmanuel Bonnat, François Boudet et Vincent Verdoux. Interprétation : Paul Hamy, Héloïse Godet, Zita Hanrot, Sébastien Houbani, Brigitte Lo Cicero et Laura Ho-Tong. Production : Année Zéro.

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