Extrait
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En moi

J-3

Laetitia Casta

2016 - 29 minutes

France - Fiction

Production : Allarosa Production

synopsis

Un metteur en scène se rend à l’Opéra de Paris pour le tournage de son prochain film. En perte d’inspiration, il cherche des échappatoires face à sa solitude et sa peur de l’échec. À chaque porte qu’il entrouvre, son imaginaire se révèle à lui et des personnages mystérieux l‘entraînent vers son désir de créer et d’aimer.

Laetitia Casta

Née le 11 mai 1978, d’un père corse et d’une mère normande, à Pont-Audemer (Eure), Laetitia Casta est devenue l'une des top-models les plus renommées au monde à la fin des années 1990.

Elle faisait ses débuts au cinéma en 1999 en incarnant Falbala dans Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi et travaillait bientôt comme actrice, dans les années 2000, avec Raoul Ruiz (Les âmes fortes), Patrice Leconte (Rue des plaisirs), Pascal Thomas (Le grand appartement) ou encore Olivier Ducastel et Jacques Martineau (Nés en 68). Elle est nommée au César du meilleur second rôle féminin en 2011 pour son icnarnation de Brigitte Bardot dans Gainsbourg (Vie héroïque) de Joann Sfar.

Également active au théâtre (dans Ondine, de Jean Giraudoux, en 2004, puis Elle attend, de Florian Zeller, en 2008), elle est venue à la réalisation en 2016, à travers le court métrage En moi, présenté au sein de la séance de clôture de la Semaine de la critique, au Festival de Cannes.

Mariée à Louis Garrel depuis 2017, Laetitia Casta a été dirigée par ce dernier dans L'homme fidèle (2018) et La croisade (2021).

 

Critique

Dans le numéro 121 de la revue Bref, en 2017, Laetitia Casta expliquait au sujet de son film En moi : “On ne peut pas définir, d’après un court métrage, ce que l’avenir réserve. Ce serait même assez violent qu’on puisse porter un jugement définitif à partir de cette première fois. J’ai essayé, en tout cas, d’être honnête. Je n’ai pas voulu plaire ni déplaire, j’ai simplement écrit, avec Maud Ameline, puis réalisé le film que j’avais envie de faire.

De fait, l’actrice et mannequin n’avait plus rien à prouver à l’époque de ce passage à la réalisation et de cet essai, demeuré ponctuel, on peut a posteriori avancer qu’il ne s’agissait pas du galop d’essai imposé pour passer à un projet de long métrage. Et le film s’arrimait à une vraie prise de risques, se défiant du confort d’un scénario inscrit dans un certain calibrage, pour explorer une terra incognita. Celle de la psyché d’un réalisateur, créateur tourmenté pour qui le réel et l’imaginaire se brouillent, alors qu’il est en phase de casting et de repérages pour un nouveau projet devant se tourner dans le cadre grandiose de l’Opéra Garnier. Mise en abyme étrange, puisque le “moi” du titre est celui de ce personnage sur le fil, incarné par Yvan Attal, la réalisatrice débutante se donnant ainsi un alter ego masculin, elle qui fut, comme mannequin puis en tant que comédienne, regardée par les hommes.

Au moment de la conception du film, avant la mise en lumière du mouvement #MeToo, on parlait encore peu de male gaze et dans le genre, une scène audacieuse – longue, et même étirée – s’autorise un défilé de pubis au gré d’un casting où des postulantes s’avancent vers le metteur en scène et sa petite équipe, le bas du corps dénudé. Chaque jeune femme décline son identité – prénom et âge – mais le regard est aimanté et un malaise s’immisce sur la durée, pour le spectateur comme le personnage principal, qui se dérobe…

Il faut dire que son propre vertige l’a saisi bien avant, lorsqu’il s’est persuadé d’avoir aperçu sa femme embrasser un inconnu sur un pont de Paris qu’il traversait en voiture, s’arrêtant et s’approchant pour en avoir le cœur net ; comme il cadre la scène entre ses mains, comme sur un plateau, cela laisse penser qu’il a été l’objet d’une hallucination. Un éclat lynchien d’un film qui en comporte bien d’autres, dans les notes “badalamentiennes” de sa bande originale ou ce tournage final, dans un couloir, avec cette femme agenouillée – nue encore – à la longue chevelure blonde détachée, qui en “contient” beaucoup d’autres pour l’artiste en perdition.

Le “moi” annoncé se trouve en phase de sévères turbulences, ce qui contraste de façon éclatante avec l’image de l’actrice-réalisatrice, plutôt sage et équilibrée dans l’absolu. “Si j’avais su réaliser quelque chose de bien formaté, je l’aurais fait, mais je ne sais pas. J’ai voulu exprimer ce que je ressens.”, n’en déclarait-elle pas moins dans le portrait mentionné précédemment. De quoi aiguiser la curiosité sur une potentielle postérité donnée à l’expérience…

Christophe Chauville

Réalisation : Laetitia Casta. Scénario : Laetitia Casta et Maud Amelina. Image : Benoît Delhomme. Montage : Fabrice Rouaud. Son : Guillaume Le Braz, Nicolas Moreau et Jean-Pierre Laforce. Musique originale : Koudlam. Interprétation : Yvan Attal, Lara Stone, Arthur Igual, Mathilde Bisson, Jérémie Bélingard et Akaji Maro. Production : Allarosa Production.

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