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Du soleil en hiver

Samuel Collardey

2005 - 18 minutes

Fiction

Production : La Fémis

synopsis

Michel, éleveur en Franche-Comté, profite du calme de l’hiver pour passer du temps avec son apprenti Francis. Une solide amitié va les lier.

Samuel Collardey

Samuel Collardey travaille pour la télévision avant d’intégrer La Fémis dans le département Image. Durant sa formation, il est chef-opérateur sur de nombreux courts métrages. Son film de fin d’études, Du soleil en hiver, reçoit le Grand Prix SACD à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes et le Prix spécial du jury à Clermont-Ferrand. En 2008, sort son premier long métrage L’apprenti, qui dresse le portrait d’un jeune apprenti dans une ferme du Haut-Doubs. Le film reçoit le Prix de la Semaine de la critique au Festival de Venise et le Prix Louis-Delluc du meilleur premier film. Parallèlement, il continue de pratiquer le métier de chef-opérateur et collabore entre autres avec le réalisateur Nassim Amaouche sur Adieu Gary et avec Frédéric Louf sur J’aime regarder les filles. En 2013, il réalise son deuxième long métrage, Comme un lion, puis, en 2014, il tourne Tempête. Depuis 2016, il fait partie de l'équipe de réalisateurs de la série Le bureau des légendes pour laquelle il a signé une dizaine d'épisodes sur les saisons 2,3 et 4. En 2017, il tourne son 4e long métrage au Groenland, Une année polaire qui raconte la première année d’un instituteur danois dans un petit village groenlandais. Samuel Collardey développe actuellement une série tournée aux États-Unis.

 

Critique

Ça pourrait être la Lune, pour qui n'a jamais fait le voyage… Sur le plateau du Haut-Doubs couvert de neige et planté de sapins, le quotidien hivernal de Michel, colosse magnifique à la douceur de Pierrot, coule entre les bêtes à soigner et les tâches ralenties de la ferme. Il n'y aurait à entendre que le bruit des fourchettes au repas du soir et le silence, si ne débarquait Francis, jeune apprenti de l'agriculteur, charriant avec lui une grande dose de lumière.

Lui-même enfant de la famille, Samuel Collardey retourne ici filmer ceux qu'il connaît, croquant une chronique rurale dont l'aridité, présente en filigrane, et le soin extrême accordé à la photographie, ne sont pas sans rappeler les Profils paysans de Raymond Depardon. La comparaison s'arrête là. Opérateur de son film, le jeune réalisateur alterne les plans au plus près du corps de Michel, dont le plus remarquable le donne à voir en mouvement parmi son troupeau, et les séquences de vadrouille de ses deux personnages.

Cet irrésistible duo de cinéma, que la fiction, semble-t-il, n'aurait pas su si bien écrire, oriente le film vers le plaisir et la joie. Certes, un plan bleuté montrant Michel au petit matin face à une vitre esquisse sa solitude, de même la scène où il parle de Francis à voix haute à l'oreille d'un cheval dévoile son attachement silencieux à l'adolescent. Mais l'on ne sait bientôt plus différencier le maître de l'élève, la spontanéité du cabotinage. L'apprentissage dont il est question ici est celui qui se tisse entre les hommes, non celui qui s'écrit dans les manuels d'enseignement. Il passe par des parties de cartes arrosées, des séances de rodéo en voiture sur la neige gelée, des jurons lancés au vent et des discussions rigolardes aux culs des vaches.

Piétinant allègrement dans le champ libre que Samuel Collardey, tout en maîtrise cependant, laisse à Michel et Francis, le spectateur remise dans son placard ses grandes idées sur la vie à la ferme et se contente de savourer le quotidien offert. Dans sa manière décomplexée et vive de transformer un petit bout de monde en planète, Du soleil en hiver réchauffe à bien des niveaux, indéniablement.

Amélie Galli

Article paru dans Bref n° 73 (2006). 

Réalisation et image : Samuel Collardey. Scénario : Catherine Paillé et Samuel Collardey. Montage : Julien Lacheray. Son : Vincent Verdoux et Julien Roig. Interprétation : Francis Pagnot et Michel Collardey. Production : La Fémis. Après avoir réalisé Du soleil en hiver, Samuel Collardey a approfondi son dispositif dans son premier long métrage, L'apprenti (2008). Il en parle ici. Pour en savoir plus sur les films de Samuel Collardey, lire Bref n° 118.

 

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