Extrait
Partager sur facebook Partager sur twitter

Die Waschmaschine

Dominik Hartl

2020 - 24 minutes

Autriche, Allemagne - Fiction

Production : Filmakademie Wien

synopsis

“Aucune garantie. Pas de livraison.” Simon et Lea, un jeune couple, doivent se débarrasser de leur lave-linge en panne. Au lieu de l’apporter à la décharge, ils décident de le vendre en ligne. Hassan répond et vient le chercher. Mission accomplie ? Pas sûr. Lorsque l’appartement d’Hassan est inondé, l’histoire prend un autre tournant. Regard incisif sur les préjugés, une fierté mal placée et de la mauvaise conscience.

Dominik Hartl

Dominik Hartl est né le 30 septembre 1983 à Schladming, en Autriche.

Il a réalisé plusieurs courts métrages pour lesquels il a été sélectionné dans différents festivals autrichiens ou internationaux, notamment Spitzendeckchen (2012). Il s'est fait connaître du grand public en 2016 grâce à son film Les zombies font du ski, qui a été présenté en France au Festival du film de comédie de L’Alpe d’Huez. 

Le réalisateur confirmait en 2018 avec le sanglant slasher Party Hard Die Young, avant de revenir au format court en 2020, à travers le satirique Die Waschmaschine, qui a reçu l'Österreichischer Filmpreis 2021 du meilleur court métrage. 

Critique

Sur fond noir résonnent les “bips” périodiques d’une machine à laver. Puis, timidement, l’eau se répand en de petites vaguelettes savonneuses sur le carrelage arabesque, preuve d’un léger dysfonctionnement mécanique. C’est avec ces bulles de lessive, qui n’ont rien à faire là, que nous pénétrons dans cet appartement charmant dans son jus, à la tapisserie douteuse, habité par l’archétype générationnel de deux jeunes trentenaires précaires, Simon et Léa, dépendants du père de celle-ci. Ils y mènent une vie que l’on devine régie par quelques cérémonies domestiques, la télévision accompagnant les habituelles sérotinales pâtes bolo dégustées en tupperware. Un quotidien imperméable, donc, recroquevillé sur lui-même et baignant dans la lumière blanchâtre des néons de la cuisine ou celle, trop chaude, des lampes de chevet. Un intérieur que nous pourrions encore qualifier de cocon s’il n’y avait pas cette fichue machine à laver cassée, à laquelle Dominik Hartl confierait presque le rôle principal de Die Waschmachine.

Ce vulgaire carré de fonte fait des siennes, comme un enfant capricieux qui confronterait des jeunes parents à leur réalité. Dans l’éclat de vécu qui nous est livré, il est objet qui cimente ce couple ; objet dont il va falloir se séparer, qu’il va falloir remplacer ; objet de discussions et plus encore de non-dits. Qui aurait pu croire que l'anodine vente en ligne du lave-linge, certes défaillant, génère autant de fabulation ? Car il s’agit bien tout du long d’excès imaginatifs qui se délectent à nous emmener dans les mauvaises directions. L’appareil est revendu à Hassan, avec culpabilité pour Simon, refusant presque la modique somme tendue, et beaucoup moins de remords chez Léa, insistant sur l’absence de garantie, apportant minutieusement son lot de stéréotypes vis-à-vis de leur client et de ses potentiels cousins turcs vengeurs. Naturellement alors, nous nous identifions à Simon, aux traits plus enfantins, plus doux et qui s’en mord encore les doigts. Nous ne quitterons jamais son cheminement d’esprit dans lequel prennent forme des clichés, savamment véhiculés par la société autrichienne – et plus largement occidentale.

Alors, le film glisse assurément vers la paranoïa, nous emportant au passage, en tant que témoins, mais aussi acteurs impuissants, car persuadés que le protagoniste a bon fond. Conflagration entre rumination personnelle et béance politique, méconnaissance d’une culture à la réputation la précédant : le tout se mélange et fusionne comme du linge pris dans l’infernal roulement d’un tambour. Nous avançons à tâtons sur des quiproquos qui n’ont jamais vraiment lieu, suivant une anadiplose en constante déconstruction, mais qui semble pourtant se régénérer. Chaque tournant scénaristique est plus ridicule que le précédent, tout en flirtant avec une plus grande plausibilité. Nous sommes forcés de nous regarder nous-mêmes, de regarder l’état actuel de notre monde. Et d’avoir honte.

Dominik Hartl décide ainsi de nous coincer dans ce huis clos et, par analogie, de nous couper de toute lucidité. C’est une mise en abyme de notre processus de “collage d’étiquette”, l’univers cosy du début revêtant à présent des allures plus inquiétantes. Œuvre de court métrage intelligente, à échelle humaine, subtile dans son minimalisme, croustillante dans sa justesse d’écriture. Mais déjà, le bruit de la machine retentit et nous accourons en retenant notre souffle : non sans une pointe d’ironie, est-il maintenant nécessaire de rappeler qu’une fuite est vite arrivée ? Et qui sait à présent ce que cela pourrait engendrer ? Se méfier davantage de ceux qui vendent que de ceux qui achètent : le film nous laisse avec cette ultime pensée.

Lucile Gautier

­Réalisation et scénario : Dominik Hartl. Image : Anna Hawliczek. Montage : Rupert Höller. Son : Ken Rischard. Interprétation : Thomas Schubert, Brigitta Kanyaro, Aziz Capkurt, Adem Karadumane et Aladdin Jameel. Production : Filmakademie Wien.

À retrouver dans