Extrait
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Diane Wellington

Arnaud des Pallières

2010 - 15 minutes

France - Documentaire

Production : Les Films Hatari, Le Fresnoy

synopsis

On vient de retrouver Diane Wellington, disparue en 1938 dans le Dakota du Sud.

Arnaud des Pallières

Né en 1961, Arnaud des Pallières est féru de littérature : la plus grande aventure de son enfance, c’est la lecture, dit-il, parce que “Quiconque écoute une histoire se trouve en compagnie de celui qui la raconte.” Il suivit d’abord des études de lettres, puis de cinéma, avant de fonder une compagnie de théâtre, pour laquelle il monta notamment la correspondance de Sade et de Nietzsche. Puis la découverte des “dispositifs très théâtraux” du cinéaste allemand Syberberg le conduisit au cinéma, qu’il apprit à la Fémis.

Entre 1987 et 2010, Arnaud des Pallières tourna une douzaine de courts métrages prenant la forme d’une conférence filmée (Gilles Deleuze : qu’est-ce que l’acte de création ?, 1987) ou s’apparentant à des fictions, telles La mémoire d’un ange (1989), Les choses rouges (1994) ou encore Diane Wellington (2010) – récompensée d’une mention spéciale du jury à Clermont-Ferrand en 2011.

Le cinéaste tourna également pour la télévision trois essais au croisement du documentaire et de la fiction : Is Dead (Portrait incomplet de Gertrude Stein) en 2000, l’ovni Disneyland, mon vieux pays natal en 2001 et Poussières d’Amérique en 2010.

Dès 1996, le réalisateur, également scénariste et monteur de ses films, signait son premier long métrage, Drancy Avenir, puis, quelques années plus tard, Adieu (2003), sa première collaboration avec Michael Lonsdale. S’en suivit Parc, sélectionné en 2008 à la Mostra de Venise, avec Sergi Lopez et Jean-Marc Barr dans les rôles principaux.

Cinq ans plus tard, Michael Kohlhaas était présenté en compétition au Festival de Cannes. Le film, interprété par le Danois Mads Mikkelsen, obtenait un vif succès et recevait deux César, celui de la meilleure musique originale et du meilleur son, en 2014.

En 2016, Arnaud des Pallières réalisait son cinquième long métrage, Orpheline, mettant en scène le parcours d’une femme à la dérive campée à différents âges de sa vie par Solène Rigot, Adèle Exarchopoulos et Adèle Haenel.

Il repassait ensuite par la case court métrage pour Degas et moi (2019), réalisé pour la 3ème Scène de l'Opéra de Paris, et se tournait vers le documentaire pour Journal d'Amérique, sorti en 2023. Captives, qui réunit notamment Mélanie Thierry, Marina Foïs, Josiane Balasko et Carole Bouquet, le suit de près, sur le volet de la fiction. 

Critique

Si ce n’était la première personne du singulier qui l’écrit, cette évocation d’une jeune fille disparue puis retrouvée pourrait être le récit d’un fait divers ou une adaptation romancée qui poursuivrait lointainement la trace du Truman Capote de De sang-froid.

En mimant l’alternance du cinéma muet entre images silencieuses et intertitres, Arnaud des Pallières instaure un très saisissant mode d’incarnation. Tandis que les images sont extraites de films amateurs, les mots racontent un souvenir d’enfance de la narratrice – “Ma mère était fille de fermier dans le Dakota du Sud” affiche le premier carton. Le film installe ainsi une distance temporelle tout en faisant mine d’authentifier les faits. Il n’est d’ailleurs pas exclu que ceux-ci soient en partie vrais ; le générique précise que le film est librement inspiré de South Dakota de Nancy Peavy, dont nous ne savons rien. 

L’essentiel se joue plutôt dans les vibrations de doutes que la forme du film instille. Ces fermiers américains des années 1930 qui posent devant la caméra, ces rues enneigées, ces regards et ses sourires offerts à la caméra ou ces jeunes femmes qui tentent, plutôt par jeu, d’échapper à son regard, toutes ces scènes anodines puisées dans des archives anonymes attestent d’une réalité passée. Et entre les cartons du récit et ces plans muets arrachés à l’oubli du temps, se trame, entre rapprochements et contrepoints, la restitution d’un monde. Ces liens entre les mots et les images, sans systématisme aucun, sont suffisamment précis pour être perceptibles et en même temps ténus au point qu’on se demande qui de nous ou du film tisse véritablement les sens que nous croyons percevoir. Les personnes filmées ne figurent ainsi que lointainement les protagonistes du récit, et leurs apparitions disent aussi – surtout – un arrière-plan social, font ressusciter un uni- vers disparu avec cette mélancolie qui nous saisit face aux photos anciennes et qu’accentuent ici les tendres accords de piano plein de tact de Louis Moreau Gottschalk. 

Mais lorsque le cinéma est véritablement du cinéma, les mots peinent à emprisonner ce qui est proposé. Au-delà du visible, les plans sont aussi rythme, musique, danse entre la réalité et ses fantômes. Cette dimension culmine dans la dernière partie de Diane Wellington, qui rime avec une autre séquence qui associait les pistes romanesques envisagées pour expliquer la disparition de la jeune fille à des vues de paysages en couleur prises depuis des véhicules en marche. D’autres images de transports puis des plans de mouettes brûlés par la lumière, soutenus par la vibration sourde et le souffle de la musique électronique de Martin Wheeler, nous emportent très loin, au seuil d’une disparition bien plus définitive, comme un tourbillon vers l’indicible. 

Jacques Kermabon 

Article paru dans Bref n°96, 2011.

Réalisation et scénario : Arnaud des Pallières. Montage : Arnaud des Pallières et Caroline Detournay. Son : Jean Mallet et Jean-Pierre Laforce. Musique originale : Martin Wheeler. Production : Les Films Hatari et Le Fresnoy.

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