Extrait
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Deweneti

Dyana Gaye

2006 - 15 minutes

Fiction

Production : Andolfi

synopsis

Dakar, Sénégal. Ousmane n’a pas 7 ans, mais gagne déjà sa vie en mendiant dans le centre-ville de la capitale. Il se met en tête d’écrire au Père Noël...

Dyana Gaye

Née à Paris en 1975, Dyana Gaye étudie le cinéma à l’Université Paris 8/Saint-Denis. En 1999, elle est lauréate de la Bourse Louis-Lumière/Villa Médicis hors les murs pour son premier court métrage, Une femme pour Souleymane, qu’elle réalise l’année suivante.

En 2004, elle signe J’ai deux amours pour le projet “Paris la métisse” et elle est finaliste du programme Rolex de mentorat artistique.

En 2006, son film Deweneti connaît une très large diffusion nationale et internationale. Il reçoit le Prix du jury au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand en 2007 et fait partie des cinq films nommés aux César du meilleur court métrage l'année suivante. En 2009, elle réalise Un transport en commun, comédie musicale qui est présentée en première mondiale au Festival de Locarno, et sélectionnée entre autres aux festivals de Sundance et de Toronto. Pour ce film, elle reçoit une seconde nomination au César 2011 du meilleur court métrage.

En 2013, elle reçoit le Prix de la Fondation Katrin-Cartlidge attribué par Danny Glover au Festival international du film de Sarajevo.

Son premier long métrage, Des étoiles, est présenté en première mondiale au Festival de Toronto en septembre 2013. En 2014, le film reçoit entre autres le Grand prix du jury et le Prix du public au festival Premiers plans d’Angers, le Prix d’interprétation féminine et celui du second rôle masculin aux Trophées francophones du cinéma, ainsi que le Prix France culture cinéma, mention révélation. Cette même année, elle réalise Un conte de la goutte d’or, une comédie musicale dans le cadre des Talents Adami Cannes 2014, interprétée notamment par Nina Meurisse.

Critique

La réalisatrice Dyana Gaye aime filmer la traversée des espaces : de Dakar à Saint-Louis-du-Sénégal en taxi-brousse dans son moyen métrage Un transport en commun (2009), d’un continent à l’autre en avion dans son premier long métrage Des étoiles (2012) ou, plus modestement, d’une rue à l’autre d’un célèbre quartier parisien dans Un conte de la Goutte d’or (2014). 

Dans le court métrage multi-primé Deweneti (2006), c’est à pied et dans les quartiers de Dakar que le jeune Ousmane doit faire ses preuves, dans une traversée qui tient du conte initiatique, avec un cheminement déterminé par l’objet d’une recherche. La quête est ici à entendre au double sens du terme puisqu’Ousmane mendie pour vivre et donner une “cotisation” à son maître, dans la tradition de l’école coranique. Chaque rencontre éprouve ainsi son intelligence et son adresse à convaincre chacun de ses interlocuteurs de lui donner quelques pièces. Pour cela, il promet de prier, afin que policier, cuisinière ou charretier accèdent à la réalisation de ce qu’Ousmane, en très jeune mais fin psychologue, devine être leurs secrètes espérances. Cependant, grâce à un œcuménisme un brin subversif, c’est finalement le Père Noël qui est sollicité pour exaucer les vœux de chacun, dans une lettre commandée à l’écrivain public. 

Ce rebondissement scénaristique plein d’humour est caractéristique du cinéma métis de la réalisatrice franco-sénégalaise, dans lequel se mélangent joyeusement les cultures, les langues (le wolof, langue du titre Deweneti, qui signifie “bonnes fêtes”, et qui dans le film est mâtiné de français et d’arabe pour les mots de la religion), ainsi que les genres. Si la structure narrative est en effet inspirée du conte de Noël et de son merveilleux, le film est aussi ancré dans un réalisme qui nous plonge dans l’effervescence de la rue dakaroise. 

L’ample panoramique qui ouvre le court métrage et nous emmène du ciel et de la mer qui borde la capitale sénégalaise à ses rues denses et bruyantes, raconte cette tension entre ces deux pôles, le réalisme et le merveilleux, le pragmatisme d’Ousmane et son attirance vers ce qui vient d’un ciel rêvé : la neige et le Père Noël. Derrière l’apparente douceur du conte et du sourire de notre héros, affleurent ainsi les préoccupations de ceux et celles qui peuplent les rues de Dakar, entre dénuement, corruption, fragilité de situations économiques précaires et parfois brutalité des relations sociales. On retrouvera ce mélange des genres dans les courts métrages suivants de Dyana Gaye, Un transport en commun et Un conte de la Goutte d’or, où l’ancrage réaliste dans un lieu et une société se mêle à la légèreté et au merveilleux de la comédie musicale. Un équilibre dont on retrouve la précieuse fragilité dans les images finales de Deweneti qui, dans un mouvement inverse à celui de l’ouverture, nous ramènent vers le ciel… 

Anne-Sophie Lepicard 

Réalisation : Dyana Gaye. Scénario et image : Rémy Mazet. Montage : Gwen Mallauran. Son : Ludovic Escallier, Alioune M'Bow et Romain Le Bras. Musique originale : Baptiste Bouquin. Interprétation : Abbasse Ba, El Hadj Dieng, Coly M'baye, Nianga Diop, Oumar Seck, Thierno N'Diaye, Yalli Diagne et Moustapha Gaye. Production : Andolfi.

 

 

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