Extrait
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De la terreur, mes sœurs !

Alexis Langlois

2019 - 28 minutes

France - Fiction

Production : Les films du Bélier

synopsis

Aujourd’hui, c’est une journée comme les autres pour Kalthoum et ses copines. Elles sirotent des cocktails, cherchent des plans cul sur Internet, attendent impatiemment l’amour et essuient, une fois de plus, les insultes transphobes d’inconnus. Oui mais voilà, aujourd’hui ça ne va pas se passer comme ça. Aujourd’hui, entre un cosmo et un chardo, les quatre amies transgenres vont imaginer leur vengeance.

Alexis Langlois

Né en 1989 au Havre, Alexis Langlois a fait ses premières armes en parodiant avec sa sœur, Justine - que l'on retrouvera par la suite dans ses films -, des clips de rap ou de R'n'B. Influencé par des séries des années 2000 telles que Buffy contre les vampires ou par des films comme Freaks de Tod Browning (1932), il développe un goût pour l'étrange. 

S'installant à Paris en 2007, il suit des études de cinéma à l'université Paris 8 et poursuit son cursus à l'École nationale supérieure d'art de Paris-Cergy ; c'est à cette époque qu'il rencontre ses futures et fidèles interprètes Pipi de Frèche, Carlotta Coco ou encore Esmé Planchon. 

Parallèlement, il réalise en 2012 un premier court métrage, Mascarade, qui reçoit le Prix Jury au Festival Chéries-Chéris. Il enchaîne bientôt avec des films d'école, puis un film court produit par le Grec en 2016, Fanfreluches et idées noires, présenté à Côté court, à Pantin, et récompensé au Festival de film de fesses. La même année suit une comédie musicale tout aussi remarquée, À ton âge le chagrin c'est vite passé

En 2019, Alexis Langlois rencontre Aurélien Deseez, producteur aux Films du Bélier, qui l'accompagne dans la réalisation d'un nouveau court métrage, De la terreur, mes sœurs ! revenge movie musical dans lequel quatre copines transsexuelles se rebellent contre le cistème. Le film est séléctionné au Festival international du film indépendant de Bordeaux, et à Côté court, à Pantin.

En 2021, Alexis Langlois réalise Les Démons de Dorothy, qui fait en août 2021 sa première mondiale à Locarno et y remporte le Léopard d’argent ainsi que le Grand prix du jury jeune.

Il prépare actuellement son premier long métrage : Les reines du drame

Critique

Masquée par des lunettes de soleil yeux de chats et une écharpe noire nouée autour du visage, Kathloum avance dans la rue à la manière d’une star, incognito. La caméra capture la colère qui s’empare progressivement de ce personnage transgenre à mesure que des passants l’insultent et la questionnent avec insistance sur son identité. Elle finit par exploser, cédant la place à un générique rutilant qui plante l’univers résolument queer et subversif d’Alexis Langlois à coups de police bling-bling et de riff de guitare acide. Tandis que Kathloum rejoint sa bande d’amies flamboyantes, le récit se poursuit selon la logique implacable d’un revenge movie : chaque humiliation vécue donne ainsi lieu à un rêve de vengeance. Cours de cuisine orgasmique, papiers d’identité brûlés par des hackeurs ou hackeuses roses, descente dans un bar “en mode pink patrol” : les récits varient selon la personnalité de chacune, mais témoignent tous d’une manière inventive de lutter contre le “cis-tem”, selon un des nombreux jeux de mots émaillant le film (on relèvera également la pâtissière nommée Farah Makrout). 

À l’usage des nuls, le film propose une définition du terme “cis” ou “cis genre” (“personne dont l’identité de genre ressentie est en adéquation avec le sexe qui lui a été assigné la naissance”), assortie d’exemples et d’un schéma explicatif rose bonbon en surimpression. Le film regorge de ce genre d’effets kitsch ou burlesques (une pluie d’étincelles émanant d’une poitrine généreuse, une tête sonnant creux comme un bocal à poisson), qui font de l’humour la meilleure arme du cinéaste pour déconstruire l’hétéro-normativité. De la terreur, mes sœurs ! détourne les codes du film gore, du mélodrame hollywoodien ou encore des sitcoms des années 1990 pour dénoncer les stéréotypes de genre en même temps qu’une industrie du cinéma elle aussi gangrénée par la norme, où les rares rôles transgenres sont incarnés par des personnes cis. 

Le film s’achève également à la manière d’une parodie où, sous l’effet du ralenti et d’un rap incendiaire, la bande des quatre apparaît plus glamour et invincible que jamais. Outre leur imagination débordante, elles doivent cet empowerment à cette sororité infaillible qui les unit, aux côtés d’autres minorités (selon un principe de convergence des luttes), contre toutes les formes de domination. 

Chloé Cavillier 

­Réalisation et montage : Alexis Langlois. Scénario : Hania Ourabah et Alexis Langlois. Image : Michaël Capron. Son : Armin Reiland et Gaël Eléon. Interprétation : Nana Benamer, Naëlle Dariya, Raya Martigny, Dustin Muchuvitz, Félix Maritaud et Justine Langlois. Production : Les Films du Bélier.

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