D’où que vienne la douleur
Khalil Cherti
2013 - 37 minutes
France - Fiction
Production : Kazak Productions
synopsis
Il y a deux ans, Romy a planté sa mère Monique, une prostituée sur le retour, sans laisser de trace et sans jamais donner de nouvelles. Leurs retrouvailles sont une collision, un baroud d’honneur.
biographie
Khalil Cherti
Khalil Cherti est un auteur, metteur en scène et réalisateur franco-marocain né en 1976 à Strasbourg. En 2009, il réalise et autoproduit son premier film, La grande muraille de Qin, sélectionné entre autres au festival international du court métrage de Clermont-Ferrand.
En 2014, son second moyen métrage, D’où que vienne la douleur, produit par Kazak Productions – est sélectionné dans de multiples festivals dont à nouveau le Festival de Clermont-Ferrand où il remporte une mention spéciale, en plus de nombreux prix.
Entre 2021 et 2024, Khalil Cherti réalise trois autres courts métrages : T’embrasser sur le miel, qui reçoit le Prix Canal+ et le Prix du jeune public à Cinemed, Nul homme n’est une île et Je, d’un accident ou d’amour. En 2025, Wajdi Mouawad lui propose l’adaptation de T’embrasser sur le miel au Théâtre de la Colline en 2025.
Son premier long métrage, Ce qui nous mène à toi, a remporté le Valois du scénario et le Valois des étudiants au Festival du film francophone d’Angoulême 2026. Nina Meurisse et Sofin Khammes en tiennent les rôles principaux.
Critique
"Est-ce que vous êtes heureux ?", demande Rami à un passant. Ce clin d'œil en direction de Chronique d'un été d'Edgar Morin et Jean Rouch met au centre la question du bonheur, et, par le biais de la réponse du quidam à l'hémine, indique qu'il s'agit d'une affaire de regard ; on se rendrait ainsi disponible au bonheur en apprenant à le voir.
Rami, une jeune femme, considère sans doute que le fait d'être heureuse passe par un retour dans le giron maternel, deux ans après avoir claqué la porte. Elle retrouve sa mère sans doute comme elle l'avait laissée : une prostituée qui encaisse difficilement les ans, officiant avec professionnalisme et bienveillance. Comme son titre nous le laisse entendre, la douleur innerve le film, mais Khalil Cherti organise des contrepoints qui ont l'avantage d'éviter le règlement de comptes hystérique fondé sur les jets de bile réciproques entre mère et fille. Au contraire, le jeu est au cœur de cette relation, une complicité et une tendresse indéniables ; la douleur y est cette chose indicible, un informulé. Le ton monte parfois, notamment dans le final, mais le cri le plus notable est silencieux, lancé par la mère face à elle-même devant un miroir. La qualité de D'où que vienne la douleur émane notamment de cette capacité à se situer dans une sorte d'interstice incertain, ce qui vaut également pour la facture renvoyant à un naturalisme sans cesse contaminé par la fantaisie (la performance formidable de Martine Schambacher dans le rôle de la mère y est pour beaucoup) et des moments distanciés - quand les deux acolytes se produisent sur scène.
Dans le cheminement de Rami (Sarah Adler, également excellente), la véritable douleur revient, d'une certaine manière, à être née. C'est sans doute ainsi qu'il faut comprendre ce suicide symbolique par noyade : une mort autant qu'un retour au stade fœtal - le liquide amniotique -, et la perspective d'une nouvelle naissance.
Arnaud Hée
Critique parue dans le n°109 de la revue Bref.
Réalisation et scénario : Khalil Cherti. Image : Nathaniel Aron. Montage : Isabel Lorente. Son : Lionel Guenoun et Nicolas Waschkowski. Interprétation : Sarah Adler, Jan Hammenecker et Martine Schambacher. Production : Kazak Productions.


