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Corps étrangers

Naël Marandin

2007 - 21 minutes

France - Fiction

Production : GREC

synopsis

Elle est chinoise tout juste arrivée en France. Perdue dans ce pays dont elle ne parle pas la langue, elle erre dans la banlieue nord de Paris. Lui se laisse porter par une vie qui ne le satisfait pas.

Naël Marandin

Naël Marandin est né le 23 juin 1981 à Paris. 

Il réalise des fictions ancrées dans le réel et y raconte des histoires où se mêlent le social et l’intime, le pouvoir et le désir.

Il a réalisé deux long métrages : La marcheuse, en 2016, et La terre des hommes, en 2020.

Naël Marandin a également réalisé deux courts métrages : Corps étrangers en 2007 et Sibylle en 2010.

 

Critique

Elle est chinoise, tout juste arrivée en France, dans la banlieue nord de Paris. Un homme klaxonne et baisse la vitre de sa voiture. Elle serre fort son sac et, quand il ouvre sa portière, hésite puis grimpe. Corps étrangers, le premier court métrage de Naël Marandin, pose les bases de toute sa filmographie avec cette première scène : un homme et une femme qui ne parlent pas la même langue et qui tentent de s’inviter à se visiter, à se rencontrer, dans un rapport de corps et de domination. 

Corps étrangers, s’il est un film de nuit, est teinté par la tenace impossibilité à communiquer, comme le vacarme de la ville et le silence du chez soi qui ont raison des corps fêlés, tous deux perdus (géographiquement et mentalement). L’errance des personnages est la même dans les wagons d’un métro qui traverse la capitale qu’au fond de son lit. Aussi, la caméra de Naël Marandin ne cesse de faire des allers-retours entre les corps fragilisés, isolés, lâchés dans la nuit noire et douloureuse tandis que les baisers ne suffisent plus à empêcher la désolation et la solitude. Le cinéaste filme ce corps-à-corps, de lutte et de tendresse, avec ambiguïté, fouillant jusque dans sa mise en scène le ton juste, entre férocité et délicatesse, entre sauvagerie et pudeur, pour éclaircir la possibilité, non d’une romance mais au moins d’une rencontre. Quand commence en effet la rencontre de deux corps étrangers ? Le film lance alors plusieurs appels, ceux du bruit de la peau, de la chair et du silence. 

Lui, il perd vite patience. “Je ne sais pas ce que tu veux”, lance-t-il lors d’une dispute qu’il entretient en monologue. Que fallait-il savoir et que fallait-il vouloir d’une bataille annoncée, encore une fois écourtée par les hommes dans une violence sourde et retenue qui n’en finit pas de contaminer un monde d’hommes dirigistes et veules. Alors, peut-être, dans l’échappée d’un visage qui s’engouffre dans le métropolitain, le matin de Paris donne aux yeux perdus la promesse d’une liberté à conquérir. Comme l’impossibilité à échanger par la langue, le désir, lui aussi, est finalement empêché, puis dépassé. Il est filmé avec une lucidité vive dans une plénitude urbaine, faite de bétons, d’aciers, de crasses, de cuir et de zinc. Et dans ces décors d’égarement, le film n’en finit pas de s’articuler autour d’une interrogation de cinéma : qu’est-ce que deux corps étrangers ont à se dire devant une caméra ? 

Arnaud Hallet 

Réalisation et scénario : Naël Marandin. Image : Colin Houben. Montage : Damien Maestraggi. Son : Rosalie Revoyre et Jocelyn Robert. Musique : Exsonvaldes. Interprétation : Huang Liting et Carlos Leal. Production : G.R.E.C.

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