Extrait
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Conte de fées à l’usage des moyennes personnes

Chloé Mazlo

2015 - 13 minutes

France

Production : Les Films sauvages

synopsis

Traumatisé par une rupture amoureuse, Joseph se décide à sortir de chez lui pour chercher du sucre et ôter le goût d’amertume de sa vie.

Chloé Mazlo

Chloé Mazlo, née en 1983, étudie le graphisme à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg avant de se spécialiser dans la réalisation de films d’animation au croisement de différentes techniques.

De 2010 à 2016, elle réalise aussi bien des adaptations d’œuvres littéraires (Conte de fées à l’usage des moyennes personnes, d’après Boris Vian) que des courts métrages autobiographiques (L’amour m’anime, Deyrouth, Les petits cailloux), inspirés pour certains de son histoire familiale (Diamenteurs).

On la retrouve également en 2013 au casting d’Agit Pop, puis à celui du Grand jeu en 2015, tous deux signés Nicolas Pariser. Ce dernier tient à son tour un rôle dans Les petits cailloux qui remporte, la même année, le César du meilleur court métrage d’animation.

En 2019, la réalisatrice signe un nouveau court animé, Asmahan la diva, qui remporte, cette même année, le Prix du jury et celui du public au Festival du film franco-arabe de Noisy-le-Sec. En parallèle, Chloé Mazlo tourne son premier long métrage, Sous le ciel d'Alice, avec l'actrice italienne Alba Rohrwacher dans le rôle principal. Labellisé “Semaine de la critique, Cannes 2020”, le film sort en salles le 30 juin de l'année suivante.

Critique

Après le succès de son film Les petits cailloux, salué par le César du meilleur court métrage d’animation en 2015, Chloé Mazlo s’empare du texte de Boris Vian Conte de fées à l'usage des moyennes personnes, qui figure sans doute parmi les moins connus de l'auteur. Originellement écrit pour divertir sa femme convalescente, il relate l'odyssée rocambolesque d'un prince partant à la recherche de sucre pour tromper l’ennui de son existence. Ainsi adapté de façon littérale par la réalisatrice, la réécriture s’éloigne néanmoins du dénouement d’un conte classique et perturbe le récit à coups de calembours, de clins d'œil, de dérision et de burlesque. 

Chloé Mazlo construit un film à tiroirs multiples, inspiré d’univers chargés d’illusions et de symboles, se saisissant de chaque élément du décor pour enrichir sa fable de fantaisie. Il s’en dégage une atmosphère ludique, qui joue sans doute sur une réminiscence inconsciente de l’enfance, à la lisière du contemporain et du désuet.

En ajoutant une histoire d’amour au texte initial, la réalisatrice file une métaphore tout au long de l’histoire. Son personnage est guidé dans une quête, un périple traversant cavernes et îles fantastiques, qui ne prend jamais réellement fin. Durant son cheminement initiatique, il est à la fois confronté à une insatisfaction perpétuelle et à un renouveau constant.

L’esthétique repose définitivement sur la minutie qu’exige les procédés de stop-motion et de pixilation. Ces techniques sont utilisées par la réalisatrice dans l’ensemble de ses films, et permettent d’aisément observer le plaisir du jeu inhérent à l’animation : une “magie” qui se loge dans les détails et permet aux objets inanimés de prendre vie, de décomposer les mouvements des comédiens qui se meuvent par à-coups, offrant un terrain de possibilités infinies. La poésie résulte naturellement de ce décalage autour du surréalisme et donne libre cours à la couleur, aux formes théâtrales et aux déguisements.

Le langage apparait à l’écran par touches, sous la forme d’une version modernisée des cartons du cinéma muet, marquant les différents chapitres du récit. Ces notes manuscrites, rédigées d’une écriture serrée, rappellent les pages d’un journal intime et couchent sur papier les états d’âme du protagoniste. Un seul passage parlé subsiste, clôturant le film sur cette éternelle question : est-ce que le but est un chemin ou le chemin un but ?

Léa Drevon

­Réalisation : Chloé Mazlo. Scénario : Chloé Mazlo, Yacine Badday. Image : Sara Sponga. Montage : Arnaud Viémont. Son : Alexis Farou, Florian Billon, Xavier Marsais et Fanny Lefebvre. Interprétation : Lucie Borleteau, Arnaud Dubois, Bérengère Henin, Hermès Mazlo et Anthony Peskine. Production : Les Films sauvages.

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