Extrait
Partager sur facebook Partager sur twitter

China, China

João Pedro Rodrigues, João Rui Guerra da Mata

2007 - 21 minutes

Portugal - Fiction

Production : Blackmaria

synopsis

China descend les escaliers de Lisbonne à la rencontre de Martim Moniz. Sur son passage, des enfants crient : “China, China !”. China va s’envoler. S’envoler avant l’aube. Elle veut plus que tout être heureuse. Mais elle boit son propre poison. Elle le boit jusqu’à la dernière goutte. Parfois, l’air qui semble lourd de maléfices et de souffrances n’est qu’une cour de récréation.

João Pedro Rodrigues

João Pedro Rodrigues naît le 20 septembre 1966 à Lisbonne. Il suit des études de biologie avant d'intégrer, en 1985, l'École supérieure de théâtre et cinéma de Lisbonne. 

En septembre 2000, il présente son premier long métrage O Fantasma à la Mostra de Venise. Son film est également présenté au Festival du film de Belfort - Entrevues, où il reçoit le Grand prix du film étranger.

Il réalise plusieurs courts métrages comme Le berger (1988), Parabéns (1997) ou encore China, China, cosigné avec João Rui Guerra da Mata en 2007, en parallèle de ses longs (parmi lesquels Odete en 2005 ou L'ornithologue en 2016).

En avril 2022, on apprend que son nouveau film, Feu follet (Fogo-fátuo), est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes.

João Rui Guerra da Mata

João Rui Guerra da Mata est né à Lourenço Marques, au Mozambique. Il a étudié et travaillé en le design à Lisbonne, où il réside actuellement. Il a travaillé en tant que directeur artistique, décorateur, acteur, assistant réalisateur, scénariste et réalisateur. Il a coréalisé plusieurs courts métrages comme China, China en 2007 et le long métrage La dernière fois que j’ai vu Macao en 2012, avec son partenaire et collaborateur artistique habituel : João Pedro Rodrigues.

En 2012, il réalise son premier court métrage, O que arde cura, primé au Festival international du film de Locarno.

Critique

La question du trouble est peut-être l’une de celles sur laquelle travaille le cinéaste João Pedro Rodrigues depuis la fin des années 1990 au sein d’un cinéma portugais dynamique qui n’en finit pas de nous étonner. Et China, China n’échappe pas à la règle. Sélectionné en 2007 à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, il inaugure également une invitation au voyage, échappée belle vers une Chine fantasmée et cinématographique qui trouvera un aboutissement quelques années plus tard avec le long métrage La dernière fois que j’ai vu Macao (2012) et le court Mahjong (2013), également coréalisés avec João Rui Guerra da Mata. 

Dans China, China, le trouble vient déjà de cette collision entre l’ombre d’une pagode et la ville de Lisbonne se déployant dans un long panoramique conclu par l’image d’un chantier, sur le hip hop énergisant de Leehom Wang. La confusion topographique se poursuit avec cette image-cliché et trompe-l’œil des gratte-ciels de New York, la nuit, se dévoilant peu à peu alors que nous faisons connaissance avec une jeune femme, Xia Hong, pressée par la voix autoritaire de son conjoint de se lever pour aller ouvrir leur supermarché. 

C’est un petit matin comme un autre et c’est peut-être le dernier pour celle qu’on appelle China. Ce sera l’histoire d’un trouble et celle d’une envolée. China se réveille en dansant sur la musique d’un groupe portugais, Pop Dell’Arte, avant de descendre sur les fesses une rampe d’escalier de la ville blanche, comme si elle allait décoller, tout en collants roses, escarpins dorés et sucette rose. À la femme de ménage qu’elle croise et qui lui demande pourquoi elle passe aussi tôt (elle n’est pas si en retard !) elle répond qu’elle part en voyage. Mais lequel ? Il y a deux manières de regarder China, China : la première en se demandant comment cette jeune femme va trouver la gaieté d’une émancipation matinale ; la deuxième, une fois le film terminé, à le ressentir comme une tragédie antique, celle qui nourrit les films noirs les plus forts. Car rien ne permet d’imaginer la fin du film et la trajectoire du personnage, si ce n’est cette arme vagabonde dont va se saisir China avant de partir. Une arme qu’on imagine symbole de puissance ou MacGuffin hitchcockien avant de revêtir pour un enfant la fonction d’un jouet. “Bang, You’re Dead” était justement le titre d’un épisode de la série “Alfred Hitchcock présente…”, auquel on pense forcément alors que China, avec son bouquet de roses rouges, s’envole pour de bon, projetée en arrière. 

Bernard Payen 

­Réalisation et scénario : João Pedro Rodrigues et João Rui Guerra Da Mata. Image : Rui Pocas. Montage : Rui Mourão. Son : Nuno Carvalho. Interprétation : Chen Jialiang, Chen Jie et Luis Rafael Chen. Production : Blackmaria.

À retrouver dans

Sélections du moment