Extrait

Charbon

David Arslanian

2022 - 20 minutes

France - Fiction

Production : Les Films Norfolk

synopsis

Mirko, étudiant de 23 ans, n’a plus que quelques heures pour rembourser ses loyers impayés sous peine d’expulsion. Livreur à vélo la nuit, il doit réussir à faire un maximum de commandes pour pouvoir rembourser sa dette.

David Arslanian

Formé à l'Institut européen de cinéma et d'audiovisuel (IECA) à Nancy, David Arslanian est un réalisateur franco-libanais ayant réalisé trois courts métrages : Naufragés, dont il aura aussi été le directeur de la photographie et le monteur (2018), Charbon (2022) et On brûlera (2025). Ce dernier a été présenté en compétition nationale du Festival de Clermont-Ferrand 2026.

Charbon avait pour sa part été primé, entre autres, dans le cadre de la la première édition du Prix du court métrage politique, qui s'est tenu en 2024 entre les murs de l'Assemblée nationale.

Critique

Le générique démarre sur un plan de vélo, suivi du rituel de préparation avant d’enfourcher celui-ci : arranger sa gourde et chausser ses baskets. Sauf que ce n’est pas une sortie vélo gracile sous le soleil qui se profile, mais un travail harassant lors d’une nuit d’hiver au froid mordant. Le jeune Mirko, livreur à deux roues, est littéralement happé par le temps. Il doit effectuer le maximum de livraisons en une seule nuit pour rembourser des créanciers insistants.

La musique de Thomas Krameyer martèle avec acharnement, tel un métronome implacable, comme si un chronomètre était déjà lancé. Le titre Charbon vient s’imprimer sur l’écran en capitales et en lettres rouges. En arrière-plan, le jeune homme défile à vive allure dans les rues nantaises. Le ton est donné, le film de David Arslanian se déroulera dans une urgence abrasive. Il est de ceux où, sur un laps de temps resserré, rien ne va, tout se ligue contre le protagoniste, à la manière d’un After Hours de Martin Scorsese (1985), où un homme se retrouve empêtré dans un amoncellement de péripéties impromptues. Charbon reprend ces mêmes atours de thriller urbain, guidé par le désespoir guettant à chaque coin de ruelle.

Le charbon serait cette source d’énergie brute qui désignerait aussi le fait de travailler durement, ou dans des conditions délétères. Arslanian use d’une mise en scène arrimée à ce corps en lutte, avec ces mouvements de caméra abrupts et des flous comme pour signifier une perdition en devenir. Le scénario décide rapidement de subtiliser l’outil principal pour livrer les clients : la fameuse bicyclette. On lui arrache ainsi sa vélocité et son élan. Le corps est mis à rude épreuve, passé au crible du capitalisme, il se retrouve même tabassé dans une séquence similaire au Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica (1948). La narration trouve alors un nouveau rythme. Charbon profite de son scénario, écrit notamment par Thomas Desenne et Ed Waguette, pour tisser un discours résolument politique sur ces métiers “ubérisés”, sur ces systèmes d’exploitation à l’œuvre sur des populations paupérisées et où la logique des chiffres surplombent les êtres humains. Le récit va néanmoins s’évertuer à atteindre des trouées, des chemins de traverse et des espaces visant à trouver une certaine solidarité, puisqu’après la nuit, des lendemains plus lumineux peuvent survenir.

William Le Personnic

Réalisation : David Arslanian. Scénario : David Arslanian, Thomas Desenne et Ed Waguette. Image : Balthazar Lab. Montage : Vivien Casamian. Son : Raphaël Bigaud, Titouan Dumesnil et Sylvain Adas. Musique originale : Thomas Krameyer. Interprétation : Ryan Daoudi, Jules Ritmanic, Satya Dusaugey et Lilie Blouin. Production : Les Films Norfolk.

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