Extrait

Apnées

Nicolas Panay

2023 - 17 minutes

France - Fiction

Production : Les Films Norfolk

synopsis

Pierre fait de son mieux pour mener à bien le chantier chaotique dont il est responsable. Les corps sont épuisés par les délais intenables. Pourtant le chantier doit continuer, sans relâche. Et sans accident.

Nicolas Panay

Né à Mâcon en 1990, Nicolas Panay a approcheé pour la première fois le monde du cinéma au Lycée Lumière à Lyon. Après des études de cinéma à l’Université Lyon II, il cofondait en 2016, puis dirigeait et programmait un festival de courts métrages installé à Troyes : “Court en scène”.

Il réalisait en 2022 un premier film court produit (par les Films Norfolk et Bagan Films) : Le point de reprise. Celui-ci, sélectionné à Clermont-Ferrand, Dijon, Pantin, et Trouville, remportait alors le Prix de la meilleure comédienne et le Prix RTBF aux Prix Unifrance du court métrage, décernés durant le Festival de Cannes.

Apnées, en 2024, rencontrait un succès semblable : d'abord présenté à Clermont Ferrand, il a cumulé une soixantaine de sélections en festival, avant de faire partie des œuvres qualifiées pour concourir en 2025 aux Oscars.

Critique

Pierre est le chef d’un chantier de grande ampleur, que des délais intenables plongent dans une tension croissante. Manque d’ouvriers, impossibilité de recruter des personnes qualifiées, grogne des riverains qui se plaignent sur les réseaux sociaux des nuisances occasionnées, prestataire surmené, visite du client insatisfait : les éléments contraires se cumulent et accentuent à chaque minute la pression que l’on sent monter.

Pierre, au milieu du chaos grandissant, fait de son mieux pour tout gérer de manière humaine, responsable, mesurée. Il connaît chaque employé et l’appelle par son prénom, on le sent professionnel et concerné : il sait gérer une crise d’asthme, veiller à ce que chacun porte l’équipement adapté, tenir bon face aux plaintes répétées. Il agit et prend des décisions en ayant conscience des risques. Il sait aussi qu’un accident peut tout faire basculer.

Nicolas Panay maintient tout au long du film une intensité palpable, dans une sorte de zone limite où tout tient bon, mais semble sur le point de s’effondrer. Le rythme est insoutenable. Moteurs, marteaux piqueurs, bips de recul des camions, cris perçus à la volée : les sons sont tout aussi oppressants. Chaque respiration n’en est pas vraiment une ; à peine peut-on retenir son souffle avant de repartir dans la cacophonie et le tourbillon du chantier. Le jeu de Thomas Coumans permet l’identification et l’empathie, quand ses mouvements dans l’espace du chantier nous font petit à petit vaciller.

Car on plonge aussi dans l’intimité du personnage principal. En quelques plans, on le découvre, jeune père prêt à assumer la nuit avec son bébé. Et on se demande comment son rapport au travail, en flux tendu, imprègne son quotidien. Comment la charge mentale professionnelle se répercute sur la vie de famille, et inversement. Comment est-il possible de faire face aux contraintes de la nounou, aux innombrables messages laissés sur le répondeur, aussi bien qu’à une livraison de béton invraisemblablement planifiée à 5h45.

Oui, la catastrophe finira par arriver. Elle est inspirée d’un certain nombre de faits divers. Et ce sera l’occasion de se questionner sur notre rapport au travail, sur le stress absorbé, et les risques qu’il engendre. Dans une société imprégnée par le culte de la performance, peut-être faut-il faire enfin bouger les lignes pour pouvoir conjuguer vie privée et vie professionnelle sans altérer sa santé physique ou mentale.

Marie-Anne Campos

Réalisation et scénario : Nicolas Panay. Image : Giovanni C. Lorusso. Montage : Antoine Flandre. Son : Thomas Van Pottelberge, Timothée Bost et Benjamin Lecuyer. Interprétation : Thomas Coumans, Laurence Côte, Eminé Meyrem, Sylvie Lachat et Patrick Zocco. Production : Les Films Norfolk.

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