Extrait
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Chanson d’amour et de bonne santé

João Nicolau

2009 - 34 minutes

Portugal, France - Fiction

Production : Les Films du Bélier

synopsis

João est le seul employé visible dans la serrurerie “Clefs Morais”. Il est aussi le fils du propriétaire et se permet de s’absenter du service pour ausculter le souffle immatériel de son cœur en dépensant pièce après pièce dans la machine de l’amour. Marta est une étudiante des Beaux-Arts, porteuse d’une inhabituelle commande. La clé que João copie pour elle ouvre plus d’une porte…

João Nicolau

Né en 1975 à Lisbonne, João Nicolau étudie l'anthropologie et débute en tant que monteur sur des films de João César Monteiro ou de Miguel Gomes, avant de réaliser ses propres courts métrages.

En 2006, il présente ainsi Rapace à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, qui remporte également le prix du meilleur court métrage de fiction au Festival de Vila do Conde. Chanson d’amour et de bonne santé (Canção de amor e saúde) est à nouveau sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2009, comme le sera également son troisième court métrage, Gambozinos, en 2013.

João Nicolau signait, en 2010, son premier long métrage L’épée et la rose (A espada e a rosa), présenté cette même année à la Mostra de Venise. Cinq ans plus tard, il se penchait sur les amours adolescentes avec son film John From, sélectionné en 2015 au Festival Entrevues de Belfort.

Son troisième long métrage, Technoboss, mention spéciale du jury jeune au Festival de Locarno 2019, est sorti en France au printemps 2020 directement en VOD pour cause de crise sanitaire.

Critique

Plusieurs images d’un faucon crécerelle – cet oiseau qui fait du sur place et que l’on remarque un peu partout sur le bord des routes en Europe – couronnent la fin de Rapace, le premier court métrage du Portugais João Nicolau. Présenté en 2007 à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, ce film coming of age ébauche la surprenante peinture d’un groupe de trentenaires petits-bourgeois, en crise spirituelle et mélancolique, et pointe un état immobile de l’être.

Si, aujourd’hui, aux côtés de son ami réalisateur Miguel Gomes, João Nicolau est devenu l’une des figures de proue du nouveau du cinéma portugais, son style – poétique, chanté, chorégraphié, original, pop, branché et dépressif – se situe à des années lumières de l’auteur de Ce cher mois d’août et évoque davantage Attenberg, le premier long métrage de la cinéaste grecque Rachel Athina Tsangari, sorti en septembre dernier (en 2011, ndlr). Il y aurait peut-être là un genre neuf en train de voir le jour, une sorte de nouvelle comédie européenne, à l’humour glacé, au style parfois maniéré, et dont l’arche dramatique minimale ou absurde serait synchrone avec une génération traversée par le sentiment de paralysie ou d’immobilisme du monde, et où les corps et les sentiments ne s’exprimeraient que de manière rigide ou clipée.

Comme Rapace, Chanson d’amour et de bonne santé, le deuxième court métrage de João Nicolau, porte la marque du style ultra singulier de son auteur. Avec de belles promesses (d’amour) sous le manteau, ce court métrage met en scène une rencontre entre João, un employé de serrurerie, et Marta de la Coline, une étudiante des Beaux-Arts.

Chanson d’amour... est un film à clé, où il s’agit pour les protagonistes de parvenir à ouvrir des portes, et peut-être plus que de les ouvrir, d’en franchir le seuil. Dialogué dans les deux langues de ses pays coproducteurs (en portugais et en français), ce film ne cesse de jouer sur la notion de passage d’une langue à l’autre, du réalisme au bizarre, du dedans au dehors, de l’intérieur à l’extérieur, etc. Jouant sur de curieuses mises en perspectives (une sorte de réel réinventé) et d’enchâssements étranges (à l’appui d’un scénario monté en forme de poupées russes), illuminé par des chansons (l’une est même interprétée par ses acteurs), Nicolau compose une douce et sombre féerie touchée par la grâce où l’amour et la bonne santé concourent non seulement à la créativité mais permettent aussi d’ouvrir de nouvelles perspectives vers d’autres rives.

Donald James

Article paru dans Bref n°101, 2012.

Réalisation et scénario : João Nicolau. Image : Mario Castanheira. Montage : João Nicolau et Francisco Moreira. Son : Ricardo Leal. Interprétation : Norberto Lobo, Marta Sena, Ana Francisca, Helena Cameiro, Andreia Bertini et Miguel Gomes. Production : Les Films du Bélier.

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