Extrait
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Cães que ladram aos pássaros

Leonor Teles

2019 - 20 minutes

Portugal - Fiction

Production : Uma pedra no sapato

synopsis

Vicente vit avec enthousiasme les premiers jours de ses vacances d’été, entouré de sa famille et de ses amis. En parcourant la ville de Porto, il observe la transformation urbaine : les rues et les cafés se remplissent de touristes, donnant lieu à une gentrification croissante et à la spéculation immobilière qui en découle. Porto change, Vicente aussi…

Leonor Teles

Leonor Teles est née en 1992 à Vila Franca de Xira, dans la périphérie de Lisbonne. Elle est diplômée de l’École supérieure de théâtre et cinéma de Lisbonne, spécialisation direction de la photographie et réalisation, et détient une maîtrise en audiovisuel et multimédia.

Dans le cadre de son cursus, elle réalise Rhoma acans, un court métrage documentaire remarqué dans de nombreux festivals au Portugal, tels Curtas Vila do Conde ou IndieLisboa.

En 2016, Balada de um batráquio, son premier film hors école, remporte l’Ours d’or du meilleur court métrage lors de la 66e Berlinale. En 2018, Terra Franca, son premier long métrage, également, documentaire, est récompensé du Prix de la SCAM lors de sa première mondiale au Festival Cinéma du réel, à Paris. Il trouve en outre le chemin d'une sortie en salles en France.

L'année suivante, Leonor Teles réalise le court métrage Cães que ladram aos pássaros, sa première fiction. Le film est présenté au Festival de Venise 2019, avant de recevoir le Prix du meilleur court métrage aux 32e European Film Awards.

Critique

C’est une définition du terme “gentrification” – tirée de Wikipédia ! – qui ouvre le film Dogs Barking at Birds (selon son titre en version internationale, ndlr), de Leonor Teles. Porto, où se déroule le récit, n’est pas épargnée par le phénomène, et l’on découvre rapidement que la famille de Vicente, le personnage principal, est sur le point d’être chassée de son logement de centre-ville. Le plan d’ouverture, qui réunit toute la famille sur un banc, dans son quartier, sonne déjà comme le souvenir d’une époque qui va disparaître.  

Aux côtés du jeune homme, on passe alors une partie du film à déambuler dans les rues de la ville, de jour comme de nuit, pour en sentir l’atmosphère et la tonalité. De la plage à un parking souterrain désert, du tramway qui arpente les quartiers historiques à une boîte de nuit impersonnelle, Porto livre ses différents visages, vivante, solaire, mais aussi soucieuse et en pleine mutation. La réalité des changements urbains est en effet omniprésente : avec ses amis, Vicente compte les grues qui semblent littéralement se multiplier dans le paysage. Et lorsqu’il est au café, la télévision retransmet des images d’immeubles vétustes détruits pour laisser la place à des constructions modernes. 

L’approche du déménagement, et donc d’un changement radical, flotte comme un spectre. L’inquiétude du jeune homme transparaît lorsqu’il rassure ses chiens avec des paroles apaisantes qu’il semble également s’adresser à lui-même, mais aussi quand il s’oublie dans un monologue introspectif avec lequel il essaye de se convaincre que la vie sera mieux ailleurs.  

Lors d’une scène à la durée volontairement étirée, qui met le spectateur de plus en plus mal à l’aise, Vicente visite ce qui sera peut-être leur nouveau logement. La caméra se concentre sur lui, tandis qu’en off, le dialogue entre sa mère et le propriétaire résume le mélange d’hypocrisie et d’humiliation de la situation. Les questions sont polies, mais insidieuses. La fausse bonne humeur de la potentielle locataire dissimule mal son appréhension. L’affabilité de son interlocuteur ne cache pas ses a priori, sociaux comme familiaux. C’est un moment d’une grande violence symbolique qui résume les effets concrets de la gentrification : chasser les classes populaires des logements historiques dont elles étaient jusque-là capables de payer le loyer pour les rejeter à la périphérie, où elles ne sont pas pour autant les bienvenues. 

Malgré tout, le film ne se veut pas uniquement une dénonciation sociale, proposant en filigrane le portrait sensible d’un adolescent aux prises avec les réalités de son époque. Au désir presque documentaire de réaliser un instantané précis de la ville s’ajoute une forme de poésie, ou peut-être de romantisme, dans la manière de capter ce qui est malgré tout de l’insouciance et de la vitalité. Leonor Teles s’attache formellement à Vicente que l’on ne quitte pas d’une semelle, dans des cadres parfois très serrés, ou dont il est toujours le centre. Il y a ainsi dans le film comme un double mouvement entre le spleen de cette période de doute et d’angoisse et l’irrépressible énergie de la jeunesse. Cela donne une intensité folle à ces ultimes moments suspendus qui s’achèvent de la plus jolie des façons : avec une bonne dose d’humour, et le refus de se laisser abattre.  

Marie-Pauline Mollaret 

­Réalisation, image et montage : Leonor Teles. Scénario : famille Gil, Leonor Teles et Francisco Mira Godinho. Son : Rafael Gonçalves Cardoso. Interprétation : Vicente Gil, Salvador Gil, Maria Gil, Mariana Gil et António Gil. Production : Uma pedra no sapato.

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