Extrait
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Cadavre exquis

Léa Mysius

2012 - 25 minutes

France - Fiction

Production : G.R.E.C

synopsis

Maëlys, huit ans, habite dans une campagne reculée avec ses parents. Insolente et solitaire, elle passe sa vie dans les bois et les marais. Un jour, elle trouve au milieu des roseaux le cadavre d’une jeune fille nue. Fascinée par sa beauté et sa texture, elle décide de l’emmener dans sa cabane...

Léa Mysius

Originaire de la Gironde, Léa Mysius, née en 1989, a suivi la section scénario de la Fémis entre 2010 et 2014. Elle a signé sous les auspices du G.R.E.C. Cadavre exquis, très remarqué lors de sa présentation en compétition nationale du Festival de Clermont-Ferrand 2012. Elle transformait l’essai avec Les oiseaux-tonnerre, deux ans plus tard (à travers notamment une sélection à la Cinéfondation cannoise), puis avec L’île jaune, coréalisé cette fois avec Paul Guilhaume, son chef-opérateur qui reçut du reste le Prix de la meilleure photographie à Clermont en 2016. Le film décrocha aussi le Grand prix au festival Premiers plans à Angers.

Plutôt précoce, Léa Mysius s’était alors déjà lancée dans l’aventure de son premier long métrage, Ava, dont le scénario avait remporté le Prix Sopadin Junior en 2014 et qui avait été en partie écrit lors d’une résidence au Chalet Mauriac à Saint-Symphorien, en Aquitaine.

En parallèle, Léa Mysius est aussi intervenue sur l’écriture des Fantômes d’Ismaël et de Roubaix, une lumière, d’Arnaud Desplechin, à qui elle avait consacré son mémoire de master de lettres modernes à la Sorbonne en 2009. D'autres collaborations d'écriture sur des longs métrages se sont multipliées pour elle en cette même période : avec André Téchiné sur L'adieu à la nuit en 2018, Jacques Audiard sur Les Olympiades en 2021 et Claire Denis sur Stars at Noon en 2022.

La même année, Léa Mysius présente son deuxième long métrage, Les cinq diables, avec Adèle Exarchopoulos en tête d'affiche, à la Quinzaine des réalisateurs, lors du 75e Festival de Cannes. Le film sort à la fin du mois d'août 2022. 

Critique

Maëlys a huit ans. Elle habite seule avec ses parents, une ferme isolée au milieu des bois. D'apparence angélique, elle est constitutivement indocile, en résistance permanente contre son père, sa mère, qu'ils soient autoritaires ou tendres. Elle leur parle durement, les contrarie, refuse (de les regarder, de venir, de manger, de rester près d'eux) et ne tient pas en place. De l'aube au crépuscule, sans rien dire ou trouvant n'importe quel prétexte, elle fuit la maison familiale et elle explore, toute seule, à pied ou à cheval, la campagne verdoyante traversée par la lumière du soleil et bercée par le chant des oiseaux.

La relation entre l'enfant et ses parents est atypique et intrigante. Nous les sentons exaspérés mais résignés. Ils luttent à peine, désemparés, ils constatent son attitude rebelle et semblent presque l'accepter. La tension cohabite avec une sorte de comique, d'absurdité, créant une étrange impression. “Qu'est-ce qu'on va faire de cette gosse ?” se demande la mère, mi-affligée mi-souriante. De cette dernière, et de son père, Maëlys n'en a cure. Seules comptent pour elle ses escapades solitaires et sa liberté.

Sa liberté, et ses expériences ; Maëlys découvre une jeune femme noyée dans un étang. Voilà une compagnie, une présence étrange à explorer. Laborieusement, elle traîne le cadavre jusqu'à sa cabane. Ce corps disponible devient le centre de ses préoccupations. Dès qu'elle le peut, elle le rejoint. Elle lui parle, le lave de la boue qui lerecouvre, s'apprête à le découper alors qu'il devient bleu et que les mouches tournent autour de lui ; elle peine pour le cacher à l'approche des parents, parce qu'il est lourd et encombrant. A-t-elle conscience de la mort ? Sans doute, mais son approche n'est pas morbide. C'est passionnant, un corps. Et c'est passionnant, une fillette qui joue avec. Léa Mysius reste focalisée sur cette dernière. Qu'elle filme de loin son inscription dans la nature, qu'elle l'observe patiemment en gros plan, que la caméra, mobile, en fasse le tour, s'approche de son visage, suive ses déplacements, la cinéaste semble aussi captivée par son personnage que cette dernière par le cadavre. Et elle fait preuve d'habileté pour nous surprendre – ainsi, par exemple, lors d'une violente blessure infligée à la mère, comme gra-tuitement. Tendre, cocasse, glauque et cruel, Cadavre exquis est un drôle de film, qui sait être dérangeant.

Marion Pasquier

Article paru dans Bref n°107, 2013.

Réalisation et scénario : Léa Mysius. Image : Augustin Barbaroux. Montage : Pierre Deschamps. Son : Victor Praud, Benjamin Falsimagne et Léo Lepage. Musique originale : Carlos Marks. Interprétation : Ena Letourneux, Brune Renault, Jean-Claude Tisserand et Alexandra Hökenschnieder. Production : G.R.E.C.

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