Extrait
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Brûleurs

Farid Bentoumi

2011 - 15 minutes

France - Fiction

Production : Les Films Velvet

synopsis

Armé d’une caméra amateur, Amine, un jeune Algérois, filme les traces de son voyage vers l’Europe. Avec Malik, Lotfi, Mohammed et Khalil, ils embarquent sur une barque de fortune pour traverser la Méditerranée.

Farid Bentoumi

Né en 1976 et formé à l’improvisation, Farid Bentoumi joue principalement au théâtre : Novarina, Beckett, Brecht, Racine... Il met aussi en scène et coécrit plusieurs pièces. Figurant au sein des Talents Cannes Adami 2003, il tourne ensuite dans de nombreux courts métrages et séries télévisées comme, récemment, la saison 1 du feuilleton Il a déjà tes yeux, diffusé sur France 2.

En parallèle, il se lance dans l’écriture et reçoit le Grand prix du jury au Festival des scénaristes. Après Un autre jour sur terre, une fiction onirique et décalée, il réalise El Migri, documentaire sur sa famille franco-algérienne, puis Brûleurs, court métrage sélectionné dans plus de soixante festivals, plusieurs fois primé et diffusé sur Canal+.

En 2014, Farid Bentoumi réalise son troisième court métrage, Un métier bien (2014), avant de signer un premier long métrage Good Luck Algeria, sorti début 2016 et inspiré de la propre expérience de son frère aux Jeux Olympiques d'hiver de Turin en 2006. Il enchaîne avec Rouge, avec Zita Hanrot et Sami Bouajila, qui sort en salles durant l'été 2021.

Critique

Avec Brûleurs, Farid Bentoumi signait, il y a dix ans, une fable de fiction au réalisme sans fard. Un réalisme revendiqué par un dispositif formel et une simplicité travaillée. Toutes les images montées ne sont que celles captées par la caméra amateur qu’achète le protagoniste, Amine, dans le tout premier plan. Du magasin d’Oran à la traversée en mer, le film entier s’avère en effet une mise en abyme, où le point de vue du cinéaste épouse celui de l’appareil de son héros. Procédé immersif qui réussit à transmettre l’humanité tremblée de ce parcours, de la légèreté des premières scènes, dans la ville et dans l’appartement, où les cinq jeunes compères préparent leur voyage, à la gravité du périple maritime en embarcation de fortune. Une tension renforcée aussi par les cadres, pour la plupart serrés sur les visages des personnages : Khalil, Malik, Lotfi, Mohammed et Amine. 

Les quinze minutes de l’aventure laissent un goût amer. La force du portrait, le témoignage sur la réalité des migrants, la détermination de la jeunesse rêvant de jours meilleurs, la vie fauchée, et la lumière d’Oran balayée par la tragédie. Pour nourrir son récit et accompagner ses caractères, le réalisateur allie finement le feu et l’eau. Et l’élément le plus dangereux n’est pas celui que l’on croit, malgré le titre de l’œuvre. Le feu, comme le soleil d’Algérie et la chevelure lumineuse de la fiancée restée au port. Les flammes, comme celles qui consument les papiers d’identité que les amis sacrifient avant de partir, évaporant une part d’eux-mêmes. L’eau, comme l’immensité de la Méditerranée, censée relier à l’idéal européen, espagnol et français, mais qui peut virer à la tempête et à l’engloutissement. Et entraîner la douleur et les larmes. 

Chaque opus de Farid Bentoumi est le terrain d’un combat et d’un rêve. Porté par l’énergie de ses interprètes Samir Harrag, Salim Kechiouche, Djanis Bouzyani, Driss Ramdi, Azeddine Benamara et, le temps d’une scène, Sonia Amori et Lyes Salem, Brûleurs reste cependant le plus âpre, le plus terrible. Ses courts métrages El migri et Un métier bien, et ses deux longs métrages Good Luck Algeria et Rouge placent en effet les idéaux de réussite au centre de leur monde. Succès social, intégration en France, épanouissement professionnel, harmonie familiale, sens de la justice. Une visée souvent confrontée au tiraillement, par la fidélité au père et à ses engagements, par la conviction et l’objectif personnels, par le ici et le là-bas. La dualité passe, suivant les œuvres et les séquences, de l’affrontement à la complémentarité. Dans Brûleurs, film fondateur, le but est limpide, mais il se cogne avec effroi au réel, et laisse les hommes abasourdis, encore sur les flots, tout comme le public face à son bouleversement. 

Olivier Pélisson 

Réalisation et scénario : Farid Bentoumi. Image : Antoine Laurens et Lucas Leconte. Montage : Jean-Christophe Bouzy. Son : Julien Roig. Interprétation : Sonia Amori, Azeddine Benarama, Djanis Bouzyani, Samir Harrag, Salim Kéchiouche et Driss Ramdi. Production : Les Films Velvet.

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