Extrait

Bonbon au poivre

Marc Fitoussi

2005 - 35 minutes

France - Fiction

Production : Avenue B productions

synopsis

Mélanie, la trentaine, s’applique chaque jour à former de futurs représentants pour une célèbre marque de confiserie. Entièrement dédiée aux produits du Lutin Gourmand, elle ne tolère aucune désinvolture de la part de ses stagiaires. Parmi eux, Annick, la cinquantaine, ne cache pas son mépris pour ces techniques agressives de vente. Un conflit devrait s’engager entre les deux femmes...

Marc Fitoussi

Après un cursus universitaire d'anglais et d'histoire de l'art, Marc Fitoussi intègre la première promotion du Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle (CEEA). C'est là qu'il se forme au métier de scénariste. Il entame parallèlement une carrière de réalisateur en tournant plusieurs documentaires et court métrages, dont Illustre inconnue et Bonbon au poivre qui lui valent une nomination au César du meilleur film de court métrage en 2007.

La même année, il réalise son premier long métrage, intitulé La vie d'artiste, avec Sandrine Kiberlain, Denis Podalydès et Émilie Dequenne dans les rôles principaux. Ce film obtient le Prix Michel d'Ornano attribué à la meilleure première œuvre de fiction française au Festival de Deauville.

En 2010 sort son deuxième long métrage, Copacabana, interprété par Isabelle Huppert et sa fille Lolita Chammah ; le film est présenté à Cannes dans le cadre de la Semaine de la critique. Il enchaîne en 2012 avec Pauline détective, une comédie pop et stylisée où il retrouve Sandrine Kiberlain dans le rôle-titre, puis La ritournelle en 2014, avec Isabelle Huppert et Jean-Pierre Darroussin en couple d'éleveurs bovins miné par la routine. En 2016 sort son cinquième long métrage, la comédie dramatique Maman a tort, qui réunit à l’écran Émilie Dequenne et la jeune Jeanne Jestin.

Marc Fitoussi réalise en 2018 trois épisodes de la saison 3 de la série Dix pour cent, dont ceux de Monica Bellucci et d’Isabelle Huppert. Il participe également à l'ultime saison de la série pour laquelle il co-écrit et réalise 3 épisodes : ceux de Charlotte Gainsbourg, Sandrine Kiberlain et Sigourney Weaver.

Les apparences, son sixième long métrage, qui réunit Karin Viard et Benjamin Biolay, sort en salles le 23 septembre 2020.

Critique

Datant d’il y a quinze ans, Bonbon au poivre annonce la couleur de l’univers de Marc Fitoussi. Lui qui a enchaîné six longs métrages depuis, de La vie d’artiste (2007) aux Apparences (2020), en passant par un segment de Selfie (2020) et des épisodes de la série télévisée Dix pour cent. Son monde est doux et acide, coloré et mélancolique, léger et profond à la fois. La tendance est annoncée ici par le titre, qui mêle le sucré au pimenté. Par son entremêlement d’intime et de collectif aussi. Le récit s’ouvre sur le monde du travail, pour gagner progressivement le champ personnel. Un espace privé, relatif à la formatrice en représentants d’une marque de confiserie, et à sa nouvelle recrue récalcitrante, Mélanie et Annick, dont les univers communiquent soudain, malgré elles. La trajectoire des protagonistes est souvent liée à leur métier, chez le cinéaste, qui en saisit les répercussions sur le mental et les émotions. 

Fitoussi excelle en effet à décrire les méthodes de management, et l’impact de la formation professionnelle, que l’on retrouve dans une partie de Copacabana (2010), où le personnage d’Isabelle Huppert suit aussi un coaching mené par une encadreuse jouée, déjà, par Aure Atika. Bonbon au poivre en est donc une prémisse. Sans compter que cette dernière incarne une responsable de restaurant Hippopotamus qui engage l’une des trois protagonistes – jouée par Émilie Dequenne – de La vie d’artiste. C’est par les petits boulots, les gagne-pains, les gens de l’ombre, que la mise en scène du réalisateur existe. En recréant des moments du quotidien, où la banalité réaliste fait soudainement un pas de côté. Les rails du prévu lâchent, et provoquent un rapprochement inédit. Jusqu’à conduire les héroïnes à partager un cours de “Country Line Dance”, et à se prendre une cuite à l’alcool de riz. 

La fantaisie sauve de la morosité grâce une écriture délicate. Les situations sont nourries d’échanges savoureux et de sorties caustiques (voir l’enchaînement de mots qu’évoque le mot “bonbon”). Caustiques, mais jamais cyniques. Le mépris n’a pas lieu de cité dans cette chronique contemporaine, où l’individualité réhumanise la froideur de la course au profit et à la rentabilité. Une singularité qui prime également dans le choix des interprètes, fidélisés de film en film. Aure Atika passe de l’assurance au trouble, de la détermination au lâcher-prise. Chantal Banlier allie la distance à la générosité, la lucidité à la complicité. Elle a reçu le Lutin de la meilleure actrice pour son interprétation d’Annick, et le film, une nomination au César du meilleur court métrage, tous deux en 2007. À noter aussi la science de la composition du casting des seconds rôles, avec la présence de Francis Leplay, excellent dans l’hésitation du collègue de travail, et d’Annie Mercier, savoureuse copine à la leçon de danse. 

Olivier Pélisson

Réalisation et scénario : Marc Fitoussi. Image : Pénélope Pourriat. Montage : Serge Turquier. Son : Benoît Ouvrard. Musique originale : Antoine Duhamel. Interprétation : Aure Atika, Chantal Banlier, Olivier Claverie, Francis Leplay, Annie Mercier, Anne Bouvier et Marie Gili-Pierre. Production : Avenue B Productions.

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