Extrait
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Body

Léonor Serraille

2016 - 42 minutes

France - Fiction

Production : Mezzanine Films / Les Films du clan

synopsis

Aide-soignante, Cathy vit seule. Trop seule. Quand sa sœur avec qui elle est brouillée l’appelle pour son anniversaire et lui propose d’aller à la mer, Cathy est grisée. Pourtant, progressivement la journée lui échappe.

Léonor Serraille

Scénariste et réalisatrice, Léonor Serraille est titulaire d'un Master de littérature générale et comparée ; elle est également diplômée du département scénario de la Fémis. En 2015, elle tourne son premier court métrage, Body, avec Nathalie Richard.

La jeune cinéaste réalise ensuite son premier long métrage, Jeune femme, sélectionné à Un certain regard au Festival de Cannes 2017, où elle remporte la Caméra d’or, avant le Prix du film français indépendant aux Champs-Élysées Film Festival. Ce film, avec Laetitia Dosch dans le rôle principal, raconte l'histoire d'une femme au cœur brisé nommée Paula, perdue dans la vie parisienne.

 En 2022, Un petit frère, son deuxième long métrage, est présenté en compétition officielle au 75e Festival de Cannes. 

Critique

Que les nostalgiques du thriller éponyme d’Uli Edel avec Madonna, qui date de 1993, ne se méprennent pas : le moyen métrage de Léonor Serraille n’en est aucunement un remake. Nulle trace d’érotisme autour du corps filmé ici, et plus encore du visage – fatigué – qui lui correspond. Ce sont ceux de Cathy, une femme seule qui, ayant atteint le milieu de sa vie, se confronte sans se l’avouer à une sévère crise personnelle. Cathy ne se situe pas en dehors de la société, certes, travaillant comme aide-soignante dans un établissement hospitalier, où elle peut même sembler bien s’entendre avec certaines collègues. Mais Cathy est seule, c’est une évidence. Elle ne parvient pas à communiquer avec sa sœur, cette aînée qui constitue un possible reflet contraire, à la présence imposante, sinon étouffante, et à la vie sexuelle manifestement riche. Cathy, elle, parle peu, s’empêche d’exister réellement et d’aller vers les autres – voir cette scène où elle s’arrête à hauteur d’un chien attaché, qu’elle aimerait sans doute prendre avec elle, guettant aux alentours si un propriétaire se manifeste.

Comme un fait divers a, à l’origine, inspiré Léonor Serraille – qui sortait alors du département “scénario” de la Fémis avec le script de Jeune femme déjà achevé (long métrage qui sort actuellement au cinéma) –, le film suit le personnage avant un basculement, cet instant où tout s’est déréglé, et si l’explication n’est jamais psychologisante, le spectateur se laisse envelopper par tous les éléments semés sur le chemin qui conduit Cathy à l’irréparable : franchir la ligne rouge en kidnappant un nourrisson à la maternité attenante à son lieu de travail. Ce forfait aurait dû être filmé en plan-séquence, et la réalisatrice regrette de ne pas avoir pu le concrétiser, mais l’atmosphère irréelle, comme ouatée, du moment demeure. Le tournage en pellicule 16 mm renforce l’accompagnement au plus près de ce personnage qui perd pied et l’on pense parfois à la “trilogie de la glaciation” de Michael Haneke, dans les décors froids d’une ville très géométrique (Brest, en l’occurrence), avec la récurrence de la radio donnant des nouvelles du monde, notamment ce fil rouge autour d’une jeune cantatrice entre la vie et la mort suite à un accident de la route. Léonor Serraille évite heureusement toute ultime dramatisation, mais le regard caméra porté par Cathy, donc par Nathalie Richard dans le dernier plan, semble nous interroger sur son acte, tout en désarmant toute tentation de jugement. Ces yeux écarquillés nous percent et nous poursuivent durablement...

Christophe Chauville

Réalisateur et scénario : Léonor Séraille. Image : Émilie Noblet. Son : Anne Dupouy et Niels Barletta. Montage : Clémence Carré. Interprétation : Nathalie Richard et Claire Cathy. Production : Mezzanine Films.

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