Extrait
Partager sur facebook Partager sur twitter

Betty’s Blues

Rémi Vandenitte

2013 - 12 minutes

Belgique, France - Animation

Production : La Boîte... Productions, Les Films du Nord

synopsis

Un jeune guitariste tente sa chance dans un vieux bar de blues de Louisiane. Il évoque la légende de Blind Boogie Jones, dans la Nouvelle Orléans des années 1920, une histoire d’amour et de vengeance...

Rémi Vandenitte

Né en 1982, Rémi Vandenitte fait des études en illustration aux Beaux-Arts de Bruxelles et en cinéma d'animation à La Cambre.

Il travaille à la fois dans l'événementiel, et l'illustration, développant aussi des projets de films d'animation. Dans le cadre de ses études, il réalise plusieurs courts métrages : Vol au vent (2005), Le petit chat est mort (2006), Corpo industrie (2007), Rhum salé (2008) et Grise mine (2009).

En 2014, son premier film post-école, Betty’s Blues, est sélectionné dans une soixantaine de festivals aux quatre coins de la planète (Anima à Bruxelles, Annecy, Premiers Plans à Angers…) en plus de figurer parmi les 10 films présélectionnés dans la catégorie animation aux César 2014. Après ce film co-produit avec la France (Les Films du Nord, Les Trois Ours et Lunanime), tout laisse à penser que sa carrière ne s’arrêtera pas là.

Critique

Dans un boui-boui de Louisiane, un jeune Noir chante, en grattant son crincrin, la complainte de Blind Boogie Jones, qui vendit son âme au Diable pour devenir le meilleur joueur de guitare.

Il annonce un “drame d’amour et de vengeance” à son auditoire de marionnettes. Lorsque l’image se mue en 2D, c’est un ménestrel tracé et gouaché en goguette qui batifole avec sa petite amie black, laquelle l’entraîne tout le long d’un chemin montagneux dans un charmant chalet en forêt. Le couple repart aussitôt, coursé par de vociférants bipèdes en robes blanches et cagoules pointues qui s’adonnent à leur safari favori : aux dépens des Niggers ! Affrontant leurs poursuivants, le noir ménestrel manie son instrument comme une massue puis, alerté par un cri déchirant, constate la chute mortelle de sa belle en bas d’une falaise... Elle est bientôt emportée par la marée sur une plage du Mississippi. Son infortuné compagnon tombe à son tour, assommé et piétiné par la horde hurlante. Bousculé nuitamment par un défilé cauchemardesque (lors du passage d’un turlututant tohu-bohu de zombies carnavalesques), il se réveille aveugle au petit matin. Il retrouve à tâtons sa guitare, puis se remet à chanter en marchant... Les communautés villageoises (femmes, enfants, vieillards) font chorus en rentrant irrésistiblement dans la danse, mues par quelque sortilège à son passage. Même les esclaves besognant dans un champ de coton abandonnent la cueillette pour le bal. Itou pour le bourrin du garde-chiourme qui désarçonne son maître d’une bourrade. Les adeptes du Ku Klux Klan revisité réagiront de même, malgré eux. La chute d’une chandelle déclenchant un incendie sera de surcroît fatal à leur sanctuaire.

On applaudit sans barguigner à cette ballade antiraciste, tant au jeu des marionnettes (en amont et en aval) qu’au traitement de scènes, beaucoup plus nombreuses, en animation traditionnelle, d’une facture volontairement naïve évoquant opportunément les gravures sur bois d’antan, joliment colorisées. Sans oublier la partition musicale et sa guitare diablement aguichante.

Présenté en compétition au Festival d’Annecy 2013, Betty’s Blues a décroché d’emblée le Grand Prix de la 21e édition du Court en dit long, à Paris. Sans compter moult reconnaissances internationales, du Canada à la Corée, via l’Espagne, l’Italie, la République tchèque, la Serbie, la Suède ou la Suisse. De quoi relancer, peut-être, un projet hexagonal de long métrage animé, actuellement en stand-by, intitulé Crossroad, la musique du Diable, relatant la vie du légendaire jazzman Robert Johnson, qui aurait vendu son âme au Diable en échange de la maîtrise de la magie du blues.

Michel Roudevitch

Article paru dans Bref n°109, 2013.

Réalisation et scénario : Rémi Vandenitte. Animation : Andreas de Ridder, Julien Dexant et Serge Elissalde. Son : Michel Coquette et Philippe Fontaine. Musique originale : Julien Dexant et Roland Van Campenhout. Interprétation : Nancy Denney, Julien Dexant et Sarah Mars. Production : La Boîte... Productions et Les Films du Nord.