Extrait
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Avant que la terre ne brûle

Vincent Menjou-Cortès

2020 - 27 minutes

Fiction

Production : Salut Martine, Ketchup Mayonnaise

synopsis

Un couple en crise. La femme a loué un appartement dans un village pour annoncer une nouvelle à son compagnon. Cette nouvelle va bouleverser leur vie.

Vincent Menjou-Cortès

Vincent Menjou-Cortès s'est formé au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique de Paris en 2009. Après quoi il a travaillé sous la direction de différents metteurs en scène. Son goût de la rencontre l'a poussé à rejoindre en 2012 le collectif européen autonome ISO, composé de douze acteurs/metteurs en scène originaires d’Allemagne, Pologne, Bulgarie, Roumanie, Grèce, Portugal, France ou Palestine.

En 2012, il crée également sa compagnie, basée à Bayonne et baptisée Salut Martine. Au cinéma, il travaille avec Woody Allen, Cédric Klapich, Alexandre Lança, Llova Jedlicki, Gérôme Barry et Marc Gibaja. Il a également joué dans la série Le Bureau des légendes. Après avoir tourné dans de nombreux courts métrages, il passe à la réalisation dans ce format en 2020 avec Pulsion et Avant que la terre ne brûle. Tous les deux sont co-produits par Salut Martine et la société Ketchup Mayonnaise. 

Critique

Drôle et décalé. À l’image des noms des sociétés de production au générique du film : Salut Martine, compagnie de théâtre – basque – du réalisateur, et Ketchup Mayonnaise. Ce court métrage de vingt-sept minutes captive dès son gros plan initial, sur une femme qui raconte sa douleur aux reins incessante et grandissante depuis quinze jours. Vincent Menjou-Cortès distille un humour détonant le long de scènes où la durée fait corps avec ses personnages, en plein partage d’une émotion instantanée. Aucun filtre dans la parole de l’héroïne, qui dit tout haut ce qui lui passe par la tête, face à son mec comme seule en extérieur. Le ton est au naturalisme drolatique. Dans la logorrhée (elle) comme dans la parcimonie (lui). Entre quatre murs comme à l’air libre. Dans l’écoute comme dans la mise à distance. Avec, comme point d’ancrage, l’annonce par la donzelle de sa grossesse de trois mois.

Aymeline Alix et Antoine Kahan (qui chante et compose également la musique) incarnent avec aplomb la femme et l’homme de cette chronique simple. Mais pas comme les autres. Le cinéaste fuit l’explicatif pour se concentrer sur l’impulsivité, en observant ce qui se passe sur et entre les corps. L’être humain est un animal qui agit et réagit. Alors l’héroïne sort marcher et déverser son trop-plein. De longs monologues scotchent par leur énergie et par leur mise en scène, en bordure d’un bassin d’épuration. Vomir sa colère, avec comme mantra “Je voudrais que tu…”, puis chanter I Want You Back des Jackson Five, face à des hectolitres de merde. Il fallait oser. Menjou-Cortès l’a fait. Et ça marche ! La poésie fantasque jaillit. Des moments à part. Où le cinéma chante le quotidien et laisse gagner le lâchage total.

La femme crache ses spaghettis tout juste sortis du frigo à la gueule de son homme. Ils se défient aux confessions d’un jeu d’alcool. Elle égrène les noms de vaches sortis du quotidien local. Il chante de son timbre grave au volant de sa voiture. Mais, derrière le flot de paroles et le remplissage du vide, le réalisateur pointe la pudeur de l’indicible. C’est dans le silence que le rapprochement physique pourra enfin avoir lieu. Sur un banc, l’apaisement, et la tête sur une épaule. La terre n’aura plus besoin de brûler. Mine de rien, Menjou-Cortès construit savamment son film. La simplicité apparente cache un sens du cheminement, et une science de la présence à l’image comme de l’enchaînement des scènes. Chacune est un moment de vécu. Comme une succession de saynètes avec un enjeu chaque fois vibrant. L’action/réaction encore, telles les expériences chimiques. Et la solution prend. Définitivement.

Olivier Pélisson

Réalisation et scénario : Vincent Menjou-Cortès. Image : Charles Dalodier et Paul Morin. Montage : Denis Camelin et Alexis Noël. Son : Mathieu Orban. Musique originale : Antoine Kahan. Interprétation : Aymeline Alix et Antoine Kahan. Production : Salut Martine et Ketchup Mayonnaise.

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