Extrait

Aucun regret

Emmanuel Mouret

2015 - 22 minutes

France - Fiction

Production : Belavox

synopsis

Aurélie et Célia sont deux amies de l’école des beaux-arts quand Olivier, un bel étudiant en architecture, séduit Aurélie. Célia la met en garde, il a mauvaise réputation avec les filles. Mais Aurélie ment alors à Célia en l’assurant qu’elle n’est pas intéressée par Olivier et cache qu’elle a accepté un rendez-vous.

Emmanuel Mouret

Emmanuel Mouret est né à Marseille en 1970. Après s’être lancé dans des études de cinéma et d’art dramatique à Paris, il enchaîne les expériences sur des tournages à différents postes avant d’intégrer le département réalisation de la Fémis. Il en sort diplômé en 1998 après y avoir signé plusieurs courts métrages : Il n'y a pas de mal (1996), Caresse (1998) et son film de fin d’études : Promène-toi donc tout nu (1998).

Il réalise l’année suivante son premier long métrage, Laissons Lucie faire, où il tient également  – comme dans plusieurs autres de ses réalisations à venir – le premier rôle. Il affine ainsi un style et un univers caractéristiques, fortement inspirés de Rohmer, Guitry ou Woody Allen, mêlant burlesque et histoires d’amour. En 2004 et 2006, il présente successivement Vénus et Fleur et Changement d’adresse à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, ce qui lui vaut une certaine reconnaissance critique.

Grâce à ces succès, il enchaîne rapidement avec Un baiser s’il vous plaît (sélectionné à la Mostra de Venise, 2007), puis Fais-moi plaisir ! (2009), L’art d’aimer (2011), Une autre vie (2014), Caprice (2015) et Mademoiselle de Joncquières (2018). Il revient entre les deux derniers au format court avec Aucun regret, tourné à Aix-en-Provence. Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait, son dixième long métrage, sort en salles le 16 septembre 2020. Il réunit à l'écran Camélia Jordana, Niels Schneider et Vincent Macaigne. Le film a été honoré du label “Sélection officielle Cannes 2020”. 

Critique

Réalisé entre Caprice et Mademoiselle de Joncquières, avec lequel il entretient quelques similitudes, Aucun regret est l’occasion pour Emmanuel Mouret de planter son théâtre amoureux dans un environnement qui lui est familier : sa ville natale, Marseille, où il tourna ses premiers films. Mais loin de lui l’idée d’y chercher une couleur locale. Tout part d’une présentation documentaire des Beaux-Arts et de son déplacement du cœur de la ville à sa périphérie, soit une manière de poser (et de rappeler) les bases d’une écriture cinématographique toujours très pragmatique, mais coupée de tout ancrage naturaliste. Car si les décors traversés sont importants – et ils le sont toujours chez Mouret –, ils se présentent avant tout comme des scènes hors de la réalité où s’orchestrent très concrètement la circulation, l’éclosion du sentiment amoureux jusqu’à sa dissolution, tel un pigment de couleur dilué dans de l’eau.

Cette distanciation est également relayée par le choix de doubler le personnage principal – la narratrice, en voix off, avec un accent étranger – d’une héroïne de fiction, sans accent. La rampe entre le soi-disant réel et la fiction est ici clairement exposée pour mieux être oubliée, dépassée. Car tout ici est affaire de croyance pour le spectateur comme pour l’héroïne. L’influence rohmérienne (on pense notamment au court métrage Nadja à Paris, 1964) se manifeste une nouvelle fois chez Mouret via une confrontation entre la théorie et l’expérience. Ainsi, Aurélie se laisse séduire par Olivier, malgré la mise en garde de son amie Célia informée du manque de fiabilité du jeune homme. L’amoureuse (la lumineuse Katia Miran), étudiante en peinture, apporte de la chair, de la couleur à un récit sentimental pourtant écrit, “bâti” d’avance, comme lui rappelle sa confidente introduite symboliquement en même temps que l’école d’architecture.

La beauté d’Aucun regret tient en partie au désir du personnage féminin d’y croire et de vivre cette romance, malgré ses doutes. Histoire d’une désillusion programmée, Aucun regret appréhende l’incertitude amoureuse sans une once de cynisme, à la manière d’un conte, cruel et sage, empreint d’un gracieux mélange d’innocence et de clairvoyance. L’apprentissage de l’étudiante (souvent filmée dans son travail sans pour autant qu’on voit ses tableaux) dépasse ainsi le strict champ artistique ou plutôt il le redéfinit en y incluant une dimension intime – la toile amoureuse – et temporelle. Le temps fera son œuvre, ou plutôt le temps fait œuvre, littéralement. Soit une manière d’envisager l’amour comme un des beaux-arts.

Amélie Dubois

Réalisation et scénario : Emmanuel Mouret. Image : Laurent Desmet. Montage : Catherine Catella. Son : Guillaume Chevalier, Maxime Gavaudan et Pascal Hochenedel. Musique originale : Giovanni Mirabassi. Interprétation : Katia Miran, Mathieu Metral et Fanny Sidney. Production : Belavox Films.

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