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Au bout du monde

Konstantin Bronzit

1999 - 8 minutes

France - Animation

Production : Folimage

synopsis

Les aventures d’une maison à l’équilibre fragile posée sur le pic d’une colline, elle balance alternativement de droite à gauche au grand dam de ses habitants.

Konstantin Bronzit

Konstantin Bronzit est né le 12 avril 1965 à Saint-Pétersbourg, qui était alors encore Leningrad, en URSS.

En 1983, il termine ses études à l’Académie russe des Beaux-Arts, et de 1985 à 1990, il est animateur dans une société de production de films de vulgarisation scientifique, où il réalise en 1988 son premier court métrage : Carroussel. C'est la société Folimage située à Valence, en France, qui produit son film Au bout du monde, en 1999. Konstantin Bronzit expérimente différents styles et techniques et crée par la suite plusieurs courts métrages d'animation internationalement remarqués, parmi lesquels Le Dieu (2003), Histoire de toilettes - Histoire d'amour (2006) et Nous ne pouvons pas vivre sans le cosmos (2014). Ce dernier est distingué du Cristal du court métrage au Festival d'Annecy 2015.

Critique

Une bicoque en équilibre pour le moins instable sur une crête montagneuse, qui oscille dangereusement et soumet ses habitants à un mode de vie particulièrement contraignant : telle est le postulat, qui s’avère rapidement hilarant, d’Au bout du monde.  

Sur un rythme pétaradant, le réalisateur russe Konstantin Bronzit multiplie les gags, exploitant dans une frénésie parfois “kusturicienne” (tendance Chat noir, chat blanc, réalisé la même année), les possibilités de son dispositif et de son bestiaire bien campé : un matou qui veut faire son affaire à un volatile de passage ; un cabot légèrement crétin vociférant et maîtrisant aléatoirement la longueur de sa chaîne ; des moutons sujets au panurgisme ; une vache sagement ruminante, etc.  

Sans dialogues et avec une bande-son aux petits oignons, il y avait du Sennett et du Chaplin dans ce monde-là. Donc un éclat d’éternité. D’ailleurs, les techniques traditionnelles utilisées (dessin sur cello et collage) tiennent le choc, un quart de siècle plus tard, alors que la révolution numérique s’est intercalée. Et les détails narratifs chers au slapstick – y compris sur un plan scatologique, avec bouse bovine et fiente d’oiseau – maintiennent intact le potentiel comique du “cartoonesque” et génial dispositif. 

Avec Au bout du monde, cet ancien étudiant des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg perpétuait la solide tradition de dessin animé enracinée dans les ex-Pays de l’Est, avec la commode possibilité de toujours y voir peu ou prou, au crépuscule du XXe siècle et quelque temps après la chute du Mur, une possible métaphore politique. Ici, une maison commune en inconfortable oscillation entre deux pentes, celle du capitalisme dérégulé étant aussi raide et, finalement, sans issue que celle du collectivisme organisé… 

Et puis, le film continue d’illustrer la pertinence de l’ouverture de Folimage aux résidences d’artistes européens (alors joliment appelées “pépinières”), ce succès étincelant succédant à celui du Néerlandais Michael Dudok de Wit, dont Le moine et le poisson avait en 1994 connu une semblable fortune, le conduisant jusqu’aux Oscars. 

Depuis Au bout du monde, le parcours de Bronzit n’a pas toujours été aussi galactique, quoique ses derniers films l’aient justement emmené dans les étoiles, notamment We Can’t Live Without Cosmos, lauréat en 2015 du Cristal du court métrage du Festival d’Annecy. De la suite dans les idées, en un sens. 

Christophe Chauville 

Réalisation et scénario : Konstantin Bronzit. Image : Patrick Talaron. Montage : Hervé Guichard. Son : Loïc Burkhardt. Animation : Konstantin Bronzit et Ekaterina Krouglova. Production : Folimage. 

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