Extrait
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Angèle à la casse

Matthieu Chatellier, Daniela de Felice

2019 - 29 minutes

Fiction

Production : Senso Films / Nottetempo

synopsis

Une casse automobile en bordure de périphérique. Angèle, la vingtaine, vient d’en hériter. Elle y travaille sans relâche, faisant face à ses nouvelles responsabilités. Un matin, un homme se présente à la recherche d’une voiture rouge.

Matthieu Chatellier

Matthieu Chatellier a suivi des études de cinéma à CinéSup, à Nantes, puis à l’école Louis-Lumière à Paris. Entre 1997 et 2004, il a réalisé ses premiers films de fiction tout en organisant des actions culturelles dans des quartiers défavorisés d’Amiens ou de Caen. En 2007, il co-réalise avec Daniela de Felice (G)rêve général(e). Ce premier long métrage documentaire est le récit d’une lutte politique menée par de jeunes étudiants bloquant leur université. Portrait d’une jeunesse engagée et enthousiaste, le film est sélectionné dans une vingtaine de festivals, tant en France qu'à l’étranger.

En 2010, Matthieu Chatellier signe Voir ce que devient l’ombre où il partage, avec sa caméra, l’intimité de Cécile Reims et de Fred Deux, artistes rescapés des démons et de la folie de la guerre. Projeté dans de très nombreux festivals, dont Cinéma du Réel en 2011, le film obtient plusieurs prix, dont le Prix de la SCAM du meilleur film de l’année.

En 2011, Matthieu Chatellier signe Doux amer, journal intime d’un homme se découvrant atteint d’une maladie grave. Celle-ci devient alors le prétexte au cinéma et donne naissance à des expérimentations visuelles et narratives. Le film est projeté dans de nombreux festivals, dont le Cinéma du Réel en 2011.

En 2014, Sauf ici, peut-être est le quatrième long métrage de Matthieu Chatellier, qui renoue alors avec la fiction et la coréalisation, avec Daniela de Felice, en 2019 pour le court métrage Angèle à la casse. Il réalise la même année un long métrage, Nos forêts, entre fiction et documentaire. Il y expérimente une forme nouvelle où se mêlent la force du cinéma du réel et une intimité imaginaire portée par des comédiens non professionnels.

Daniela de Felice

Daniela de Felice naît à Milan (Italie) en 1976.  Elle étudie le dessin et l'histoire de l'art à Novarre, puis quitte l'Italie, le bac en poche, pour étudier la “narration visuelle” à l'ERG de Bruxelles.

En 1999, elle réalise Coserelle, un premier film qui se verra diffusé dans de nombreux festivals. Elle revient en Italie et travaille au sein de Fabrica, aux côtés d'Oliviero Toscani. En 2006, elle co-réalise (G)rêve général(e), avec Matthieu Chatellier, dès lors son complice et compagnon d'aventures. Le film, qui décrit une jeunesse de province qui fait l'apprentissage de l'engagement politique, est sélectionné à Visions du Réel (Nyon), à Gindou, à Traces de vies (Clermont-Ferrand), etc.

En 2007, Daniela de Felice réalise Libronero, douloureux portrait d'une famille écrasée par l'autoritarisme. Le film circule beaucoup à son tour et reçoit le “Prix du Pavillon” à Côté court, à Pantin, tout en étant également montré à la Mostra du nouveau cinéma de Pesaro.

Parallèlement à son travail de réalisation, Daniela de Felice est aussi monteuse, notamment en 2009 pour Voir ce que devient l'ombre, de Matthieu Chatellier (en sélection à Cinéma du Réel 2011, Prix de l'œuvre de l'année et Étoile de la SCAM). Elle monte également Doux amer, Sauf ici, peut-être et La mécanique des corps, tous de Matthieu Chatellier, et tous sélectionnés à Cinéma du Réel et dans de nombreux festivals internationaux.

La réalisatrice signe seule Casa, primé à Cinéma du Réel, entre autres, et travaille actuellement sur un nouveau documentaire, intitulé Mille fois recommencer, un projet distingué d'une Bourse Louis-Lumière de l'Institut français.  

Critique

Une jeune femme avance dans l’obscurité, éclairée par la lumière d’une lampe torche, tandis qu’un chien gémit en entendant des bruits mystérieux : à la manière d’un film de genre, l’ouverture d’Angèle à la casse semble hantée par une présence inquiétante. Le spectre qui plane sur le film est en réalité celui du père d’Angèle, propriétaire d’une casse automobile dont elle hérite suite à son décès. Le lieu entier est traversé par la mort : dans ce cimetière de voitures, les véhicules hors d’usage sont en effet semblables à des cadavres dont on récupère les pièces détachées, comme on prélèverait les organes d’un corps. Un lien unit l’héroïne brisée aux carcasses qui l’entourent, mais aussi à l’homme débarquant un matin à la recherche de la voiture rouge dans laquelle sa fille a été victime d’un accident.  

Tous les deux vont en effet avoir besoin, pour surmonter leur deuil, d’une trace des disparus, qu’il s’agisse d’un répondeur ou d’un CD. Le souvenir permet alors de faire revivre l’être absent en même temps qu’il en révèle l'identité profonde et cachée. Farid, qui travaille aux côtés d’Angèle, apparaît à cet égard comme le dépositaire d’un savoir précieux sur son père : il connaît tous ses secrets, de l’emplacement précis où sont rangées les pièces de rechange, jusqu’aux victuailles dissimulées dans des dossiers de travail. Ces découvertes sont de véritables trésors pour les personnages, qui peuvent ainsi se rapprocher de ceux que la mort éloigne inexorablement.  

Si un transfert évident a lieu entre la protagoniste et l’inconnu (dans lequel chacun incarne la fille ou le père manquant), leur communion n’en est pas moins subtile. Déchirés par les mêmes affects, ils se comprennent sans avoir besoin de se parler : la voix douce d’Angèle, la main qu’elle dépose délicatement dans son dos, suffisent à traduire la compassion et la tendresse qu’elle éprouve pour l’homme.

Dans le froid hivernal, ces deux solitudes retrouvent de cette manière une forme de chaleur au contact l’une de l’autre. Si Angèle lui permet de repartir avec un objet appartenant à sa fille, il lui permet à elle de formuler son désir de revendre la casse et de partir. Cette jeune adulte en quête d’elle-même peut alors commencer à se détacher de toute figure paternelle, non sans émotion, pour vivre sa propre vie.

Chloé Cavillier 

Réalisation et scénario : Matthieu Chatellier et Daniela de Felice. Image : Nicolas Duchêne. Montage : Mona-Lise Lanfant. Son : Emmanuel Faivre et Xavier Thibault. Interprétation : Pauline Parigot, Antoine Chappey et Mourad Boudaoud. Production : Senso Films et Nottetempo.

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