Aglaée
Rudi Rosenberg
2010 - 20 minutes
France - Fiction
Production : Karé Productions
synopsis
Dans la cour du collège, Benoît perd un pari contre ses copains. Son gage : proposer à Aglaée, une élève handicapée, de sortir avec lui.
biographie
Rudi Rosenberg
Né en 1979, Rudi Rosenberg a débuté dès l’adolescence comme acteur. En 2007, il obtenait son premier grand rôle dans Je ne vous oublierai jamais de Pascal Kané. La même année, il passait derrière la caméra et réalisait ses premiers courts métrages.
Après 13 ans (2007) et Une histoire louche (2008), son troisième film, Aglaée (2010), remportait le Prix du meilleur court métrage français au Festival Premiers plans d’Angers tandis que sa jeune actrice Géraldine Martineau recevait le Prix Adami d'interprétation féminine au Festival de Clermont-Ferrand, en plus d'une mention du jury national.
En 2015, Rudi Rosenberg signait son premier long métrage, Le nouveau, comédie sur l’adolescence saluée par la critique et le public. Son deuxième long métrage, Quelques mots d’amour, a été présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2026, dans la section “Un certain regard”. Hafsia Herzi en tient l'un des rôles principaux, en mère élevant seule ses deux filles à Sarcelles dans les années 1990.
Critique
Encore une histoire d'ado, se dit-on en découvrant les premières images d'Aglaée. Cour de collège, invectives, bourrades, tchatche juvénile ; l'adolescence comme éternel terrain d'apprentissage du (de la) jeune cinéaste en France (Un poison violent, Belle épine récemment) ; l'adolescence comme réservoir fantasmatique d'un certain cinéma américain (l'axe Clark/Arraki/Van Sant). On pourrait en avoir soupé et pourtant, régulièrement, nos réserves tombent. Question de justesse et de regard. Il n'y a pas de mauvais sujet. Et l'adolescence en est un, de fait, souvent excellent.
Là où le film de Rudi Rosenberg se distingue d'emblée, c'est dans sa manière vibrante de capter cet âge-là, d'envisager le récit comme un prisme d'affects se percutant au gré d'une mise en scène claquante, nerveuse comme ces dialogues qui jamais ne paraissent joués ou forcés. Surtout, Aglaée ne s'englue pas dans le pathos. Car si l'héroïne est une handicapée, ce fait ne sert en rien à attendrir le spectateur. Aglaée est belle, Aglaée est forte. Le pari perdu par Benoît dans la toute première séquence l'amène à lui demander, bravache, si elle veut sortir avec lui. Elle n'y croira pas, c'est évident. C'est impossible, inconcevable. Pourtant, quand Aglaée, le plus sérieusement du monde, lui fait répondre qu'il n'est pas son genre, la machine du sentiment - soudain exacerbé car heurté, contesté - se met en branle, irrésistible.
Aglaée est un film aussi subtil que la fin de non-recevoir qu'adresse d'abord Benoît à la jeune fille est violente. Je te dis que je ne veux pas de toi, mais sans doute est-ce d'abord pour m'en persuader, moi. Cette scène où il la remet à sa place au motif qu'elle est "moche"(!), redoublante et handicapée est d'une force stupéfiante, proprement bouleversante. Comme dans son précédent court, 13 ans, Rudi Rosenberg traite sans ironie aucune les émois cataclysmiques où les désirs non avoués et les a priori plongent les cœurs adolescents. Ce jeu du chat et de la souris culmine dans une scène de fête, tendue et crédible, où s'invitent Benoît et ses copains. C'est dans le hors-champ de cette soirée (une chambre, un couloir, un ascenseur), à l'abri des regards des autres et à l'aune d'un secret partagé, que Benoît et Aglaée échangeront un dernier (un premier ?) regard, promesse d'un autre film - le leur - qui ne nous regarde plus.
Stéphane Kahn
Critique parue dans le n°96 de la revue Bref.
Réalisation et scénario : Rudi Rosenberg. Image : Régis Blondeau. Montage : Emmanuelle Pencalet. Son : Rémi Gille, Frédéric Le Louet et Julien Perez. Interprétation : Marc Faria Chaulet et Géraldine Martineau. Production : Karé Productions.


