Extrait
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À la mer

David Bouttin

2020 - 22 minutes

France - Fiction

Production : Comic Strip Production

synopsis

Sur les bords de la Méditerranée, un village de pêcheurs est entouré par les usines. Dans ce lieu hors du temps, Anna et Michel retapent le seul commerce de la petite calanque : un bar-restaurant. Un homme complètement trempé et tout habillé fait irruption depuis la mer. Il prétend arriver d’un des pétroliers en attente dans la rade.

David Bouttin

David Bouttin a travaillé à la réalisation du feuillleton Plus belle la vie, diffusé sur France 3, et réalise également des documentaires et des films pour la télévision. 

En 2000, il écrit et réalise son premier court métrage, avec Sami Bouajila en tête d'affiche : Douce France. Le film est séléctionné dans une kyrielle de festivals (Villeurbanne, Sarlat, Aubagne, Lille, Contis, etc.) et reçoit le Prix du public au Festival de Valenciennes en 2001.

En 2014, Je suis un migrant reçoit une mention spéciale du jury au Nikon Film Festival. Ce film de 2 minutes 30 est également présenté au Festival de Clermont-Ferrand en 2015.

Deux ans plus tard, David Bouttin confirme avec Boomerang, qui figure dans la présélection de 24 films pour le César 2019 du meilleur film de court métrage. À la mer suit en 2020, réunissant Pauline Étienne, Jackie Berroyer et Nicolas Devanne. Ces deux courts métrages auront été présentés à leur tour dans de très nombreux festivals (Clermont, Nice, Aix-en-Provence, Locarno…).

Il signe ensuite La Girelle (2021), dans le cadre d'un concours sur le TGV Méditerranée, avant de se consacrer au développement de son premier long métrage, Glaise, à nouveau produit par Comic Strip Production. 

 

 

Critique

Les usines côtoient le bleu azur de la mer, les cheminées verticales détonnent avec l’horizontalité de l’océan. Dans cet écrin contrarié, Anna et Michel s’occupent d’un modeste restaurant dans une petite bourgade au bord de la Méditerranée. La beauté de cette nature se trouve obstruée par les grands pétroliers dans le lointain, signe de la présence corrosive de l’homme. 

Le lieu est désert, la jeune femme et le vieil homme profitent de la période hors saison pour rafistoler l’espace. Tout semble tranquille avant qu’un nouvel arrivant, à bout de souffle, fasse irruption. Il serait tombé d’un bateau. Cette intrusion jette alors un trouble sur le récit : “pour une fois qu’il y a de l’animation…”, assène Anna. Le temps de percer le mystère sur son identité, et ses intentions, le rythme du film avance paisiblement dans une mise en scène discrète. On pense vaguement à La villa de Robert Guédiguian (2017), avec cette belle bâtisse devant une calanque marseillaise, lorsqu’un élément déclencheur venu de la mer délie les langues, ouvre les échanges et démantèle les croyances. David Bouttin se questionne sur des enjeux contemporains environnementaux, de prise de conscience et de déconstruction des modes de pensée dans un bassin doucereux. Le récit repose sur la dynamique entre les trois personnages qui représenteraient trois générations distinctes, avec des vues aussi discordantes sur notre époque. 

On évoque alors un discours écologique, sur l’ambiguïté des usines, vectrices de travail, mais aussi et surtout de destruction. On aborde l’inanité des hommes et leur attentisme obscène devant la planète en feu. On navigue sur un monde que l’on pense docile, avec la certitude d’avoir la possibilité illusoire de l’entraîner où bon nous semble, mais il faut savoir lâcher les commandes pour s’extraire du système. Cette histoire, presque sur la tonalité de la fable maritime, conte l’envie de faire le premier pas, de sauter et de s’arracher à nos contradictions. David Bouttin terminait son précédent court métrage, la cinglante chronique sociale Boomerang (2017), dans l’eau avec le même acteur, Nicolas Devanne, comme une échappée au marasme et à la brutalité des emplois précaires. À la mer commence justement sur les flots et le ressac des vagues. L’enjeu sera de préserver ces paysages changeants, de prendre soin du monde, de la même façon qu’Anna repeint la façade du restaurant, pour lui redonner ses couleurs les plus vives. 

William Le Personnic 

­Réalisation et scénario : David Bouttin. Image : Alain Trompette. Montage : Ève Le Cardonnel. Son : Pascal Blanc, Yohann Bernard et Sébastien Cruèghe. Musique originale : Kid Francescoli. Interprétation : Jacquie Berroyer, Pauline Étienne et Nicolas Devanne. Production : Comic Strip Production.

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