Extrait
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À l’ouest

Jérémie Cousin

2019 - 4 minutes

Animation

Production : La Poudrière, Ecole du Film d’Animation

synopsis

Un père et ses fils naviguent sur un voilier lorsqu’ils percutent un rocher. C’est la panique à bord!

Jérémie Cousin

Né en 1991, Jérémie Cousin est réalisateur de films d'animation.

 Il étudie le design graphique en Bretagne et le Motion Design à Paris, travaillant deux ans à la Cité des sciences de La Villette comme infographiste et deux ans en freelance sur des projets d'animation institutionnels. 

En 2019, Jérémie Cousin sort diplômé de l'école de la Poudrière, où il a, entre autres, réalisé les films d'une minute Le déserteur et Lele & Lala pour la chaîne Gulli, qui a reçu le Prix du jury des Espoirs de l'animation au Festival de Clermont-Ferrand en 2019.

En 2019, toujours à la Poudrière, il réalise le film d'animation À l'ouest, travail de fin d'études sélectionné dans de nombreux festivals.

Critique

La durée standard de 4 minutes appliquée à la Poudrière pour les films de fin d’études a, comme on peut le constater depuis plusieurs années, des vertus sans cesse réaffirmées. La nécessaire efficacité dans l’écriture de ces travaux aboutit en effet très régulièrement à des œuvres cursives d’un point de vue narratif et néanmoins fort abouties. 

À l’ouest apparaît comme un parfait exemple de cet équilibre intrinsèquement maîtrisé entre les murs de l’établissement drômois, son réalisateur Jérémie Cousin faisant sien l’argument de la théorie des catastrophes cher au cinéma burlesque. 

Ainsi, un peu comme dans le slapstick, les objets jouent évidemment un rôle central, l’espace donné d’un petit bateau de plaisance étant tout spécialement adapté à un possible désastre. Le papa quittant le port sur son voilier avec ses deux fils est loin de se douter de ce qui lui pend au coin de la figure, mais l’enchaînement des dangers potentiels successivement liés à des récifs, un jerrican d’essence et une fusée de détresse va vite devenir inéluctable, avec beaucoup d’humour pour qui observe la mésaventure à distance. 

La conviction d’Antoine, le fils aîné, de pouvoir jouer les héros en allant chercher des secours ajoute à l’anarchie et la trajectoire malheureuse de la fusée qu’il déclenche fièrement est particulièrement hilarante, fendant l’air vers la voile de l’embarcation familiale, imprégnée au préalable de liquide inflammable projeté par le cadet, Léni… 

Guidé par la perspective de passer un bon moment en compagnie de ses garçons à la veille d’une séparation – comme on l’apprendra au bout du compte –, le paternel marin d’eau douce a ce supplément de certitude, sinon l’arrogance de tout savoir, à la manière du père de famille campé par Denis Podalydès dans Liberté-Oléron, où son frère Bruno le dirigeait en 2001. Mais une empathie subsiste envers cet infortuné géniteur soucieux de ne pas perdre la face devant les coups du sort. Une intention vite contrariée, ce que traduit un plan où il se rend compte, depuis la coque, de la présence de flammes grandissantes, dans son dos, là-haut sur le pont… 

Impossible de passer sous silence la facture visuelle du film, le graphisme et ses à-plats de peinture mate aux éclats contrastés (le gris du ciel, le jaune et le rouge des tenues et… des flammes !) donnant un style classieux, loin d’une esthétique de BD qui aurait pu aisément être adoptée pour cette comédie existentielle. Existentielle, car la morale est que la “belle vie” (également le nom de baptême de l’embarcation et celui de l’imparable balade de Sacha Distel accompagnant le générique de fin), c’est de continuer à avancer, ensemble. Particulièrement vrai en cette période, donc. 

Christophe Chauville 

Réalisation, scénario, image et animation : Jérémie Cousin. Montage : Antoine Rodet. Son : Bastien Burchi. Musique originale : Nicolas Martin. Interprétation : Christophe Mirable, Gaspar Rodet, Mario Roudil et Marco Zuber. Production : La Poudrière, École du Film d'Animation. 

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