Extrait
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A Brief History of Princess X

Gabriel Abrantes

2016 - 7 minutes

France, Portugal - Fiction

Production : Les Films du Bélier

synopsis

Retour sur l’histoire de "Princesse X", phallus futuriste en bronze doré sculpté par Brancusi, mais qui est en fait le buste de l’incroyable petite-nièce de Napoléon, Marie Bonaparte.

Gabriel Abrantes

Gabriel Abrantes est né en Caroline du Nord (États-Unis), en 1984. Diplômé de la Cooper Union for the Advancement of Science and Art de New York en 2006, il étudie ensuite à l’École nationale des Beaux-Arts de Paris, avant d’intégrer Le Fresnoy (Studio national des Arts contemporains). Après la réalisation de plusieurs œuvres teintées d’un humour absurde, il coréalise le court métrage A History of Mutual Respect avec Daniel Schmidt, récompensé au Festival international du film de Locarno, en Suisse, et à IndieLisboa, au Portugal, en 2010. Cette collaboration vaut au duo une relation créative forte et active jusqu’à aujourd’hui.

Sorti en salles en 2004, le programme Pan pleure pas, composé de trois courts métrages, fait voyager le spectateur à travers plusieurs pays. Le premier, Liberdade (coréalisé avec Benjamin Crotty) est mis en scène en Angola, dans lequel un jeune homme souffre d’impuissance sexuelle. Le second, Taprobana, romance la vie du célèbre poète Camöes dans le Sri Lanka du XVIe siècle. Le dernier, Ennui ennui, dépeint l’étonnant kidnapping de la fille de l’ambassadrice de France – interprétée par Lætitia Dosch – en plein cœur de l’Afghanistan. L’actrice sera récompensée au Festival international du court métrage de Clermond-Ferrand en 2014.

En 2016, Abrantes réalise The Hunchback, un court métrage d’anticipation dans lequel les employés d’une multinationale sont contraints de participer à un surprenant jeu de rôle les plongeant dans une misère totale. Le film sera récompensé au Festival du court métrage de Louvain (Belgique) et à IndieLisboa en 2016. A Brief History of Princess X est produit la même année, récompensé aux festivals internationaux de Vila do Conde (Portugal), Drama (Grèce) et San Francisco. Le film met en scène l’histoire d’une sculpture aux multiples facettes.

En 2018, le grand écran accueille Diamantino, son premier long métrage, coréalisé avec Daniel Schmidt. Le Grand prix Nespresso de la Semaine de la critique 2018 lui est attribué à Cannes.

Gabriel Abrantes vit et travaille actuellement à Lisbonne.

Critique

Gabriel Abrantes, cinéaste d’origine portugaise à l’œuvre foisonnante, pourrait être présenté de mille et une manières. La plus juste pour évoquer A Brief History of Princess X consiste sans aucun doute à rappeler que ce jeune réalisateur a commencé sa carrière sur les bancs d’une école d’art en cosignant, en 2006, avec Katie Widloski, Olympia, un pastiche de l’œuvre de Manet. Dix ans et dix films après ce coup de maître, Abrantes montre avec A Brief History of Princess X qu’il a toujours un pied dans l’histoire de l’art et un autre dans le cinéma. Être artiste et cinéaste à la fois consiste pour lui à se situer là où on ne l’attend pas, à faire un pas de côté dans le grand musée que nous habitons. Ainsi son film retrace la genèse de “Princesse X”, le célèbre bronze sculpté par Constantin Brancusi en 1915-1916, qui fit scandale au Salon des Indépendants de 1920, et que l’on peut aujourd’hui contempler librement au Centre Pompidou.

Dans la grande tradition du drame comique d’un Molière, ce court métrage relève un double et ambitieux défi. Il s’envisage à la fois comme un documentaire pédagogique et un récit initiatique amusant : le héros, un jeune adolescent, entre dans une salle où git le bronze polis. Alors qu’il fait face à l’œuvre de l’artiste roumain, une voix off lui (nous) enseigne une étrange leçon. Après avoir évoqué Marie Bonaparte qui a inspiré cette sculpture (“Princesse X” était initialement un buste de femme...), le film se permet un écart en abordant la biographie de cette dernière ; Marie Bonaparte consacra une partie de sa vie à mesurer l’espace séparant le clitoris et du vagin chez deux cents de ses congénères afin d’améliorer la jouissance féminine… C’est tout autant à une histoire de l’art qu’à une histoire de l’Éros que nous convie Abrantes avec un humour séditieux digne du Professeur Choron et une irrévérence cochonne salutaire.

Mais le film n’en reste pas là. De son récit procède une série d’emboîtements grisants, un peu à la manière de ceux employés dans Les mille et une nuits, sur un mode qui tient tout autant de l’association (art et Éros) que de l’inversion (des sexes). À la manière d’Olympia, A Brief History of Princess X est un film sur le voile et le dévoilement, le tabou et le sacré, le dit et le secret. On ne sait si Gabriel Abrantes a réalisé ce film en ayant vu au préalable Essai cinématographique : Autoportrait ou ce qui nous manque à nous tous de Man Ray (1930) dans lequel ce dernier met en scène Lee Miller dans l’atelier de Brancusi où “Princesse X” prend la poussière. À travers cet Essai cinématographique…, Miller et Ray flirtent avec la caméra. La maîtresse de Ray joue les naïves perverses, elle tourne autour du totem priapique, l’œil alerte, dansant et blagueur.

Toute cette lubricité se retrouve chez Abrantes incarnée dans la voix off magistralement interprétée par Laetitia Dosch, narratrice d’un film entièrement monologué, comme un pur contrechamp au film de Ray. Cet anti-film taillé et hypertrophié dans une forme radiophonique n’en n’est pas moins une œuvre cinématographique dont le cadre fixe rappelle les tableaux du cinéma des premiers temps. Tout se passe dans un décor épuré où trône “Princesse X” isolée. Le jeune visiteur parcourt cet espace grand comme un couloir, une boîte blanche. C’est de l’enfermement (de cette boîte, du couvre-chef du magicien) que surgit la fiction, les petites et grandes histoires autour de la célèbre sculpture. Est-ce à dire que l’art libère ? Ou bien le sexe ? Les deux, mon capitaine ! Au garçon de réaliser un selfie grotesque (une anamorphose de son sexe), à l’artiste de livrer une ode magistrale à l’art et à la liberté.

Donald James

Plusieurs pages sont consacrées à l'œuvre de Gabriel Abrantes dans Bref n°117.

Réalisation et scénario : Gabriel Abrantes. Image : Jorge Quintela. Montage : Margarida Lucas. Son : Carlos Abreu. Interprétation : Joana Barrios, Francisco Cipriano et Filippe Vargas. Voix : Laetitia Dosch. Décors : Cypress Cooke et Carlos Gaspar. Production : Les Films du Bélier et Herma Films.    

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