News 26/06/2026

Concours de la jeune critique 2026 : les choix du jury Brefcinema

Comme chaque année, Brefcinema est partenaire de cette opération organisée par le Festival de Clermont-Ferrand et a retenu trois critiques dans la catégorie “Section cinéma/audiovisuel”. Félicitations aux lauréat(e)s !

Grand prix : Anis El Moznine (Lycée Banville de Moulins, Allier), pour son texte sur le film Soleil pâle d’Adrian Moyse Dullin et Jawahine Zentar (compétition nationale 2026, photo de bandeau).

Le court métrage Soleil pâle, d’Adrien Moyse Dullin et Jawahine Zentar, propose une expérience cinématographique à la fois sensorielle et introspective, qui s’inscrit dans une veine contemplative du cinéma d’auteur contemporain.

Dès les premières images, le film impose une atmosphère singulière : une lumière froide, presque blafarde, qui donne tout son sens au titre. Ce “soleil pâle” devient rapidement plus qu’un simple élément visuel : il agit comme un symbole, celui d’un monde en perte de chaleur humaine, ou d’une intériorité en crise. La photographie est particulièrement soignée, jouant sur des contrastes subtils et des cadres épurés qui traduisent l’isolement des personnages.

Sur le plan narratif, le court métrage fait le choix d’une grande économie de dialogue. Ce silence, loin d’être un défaut, renforce la portée émotionnelle du film. Les gestes, les regards et les non-dits deviennent alors centraux, invitant le spectateur à une lecture active. Ce parti pris peut cependant dérouter : certains pourront trouver le rythme lent, voire austère, mais il participe pleinement à l’immersion.

La mise en scène se distingue par sa précision. Adrien Moyse Dullin et Jawahine Zentar privilégient des plans fixes ou très peu mobiles, créant une forme de tension latente. Cette immobilité apparente contraste avec les tourments intérieurs des personnages, suggérant une violence sourde, contenue. Le film semble explorer des thématiques universelles telles que la solitude, la perte ou encore la difficulté à communiquer.

L’un des points forts du court métrage réside également dans sa capacité à laisser place à l’interprétation. Rien n’est explicitement expliqué, et c’est au spectateur de combler les vides. Cette ambiguïté fait la richesse de l’œuvre, même si elle peut aussi constituer une limite pour ceux qui attendent une narration plus claire.

De ce que le film raconte (à savoir un fils ayant du mal à faire face au cancer de son père), ce qui en ressort, c’est une œuvre profondément humaine, capable de créer l’émotion avec très peu d’artifices de mise en scène (le film est très minimaliste, et une photographie aux couleurs saturées qui met en avant la chaleur humaine. Rien n’est surligné, que ce soit l’émotion ou les raisons pour lesquelles le père pardonne à son fils. Le fils lui-même refoule ses émotions tout en les cachant très mal et c’est ce qui le rend d’autant plus fascinant et attachant. Cela le rend aussi ambigu et c’est aussi cette ambiguïté fait la richesse de l’œuvre.

Avant d’être un court métrage sur la maladie comme le dit le synopsis, Soleil pâle parle de réconciliation. C’est la réconciliation entre un fils ayant honte de ce qu’est devenu son père et un père qui lui pardonne car il sait que la vie est trop courte pour ne pas pardonner. C’est ce qui fait de Soleil pâle, une véritable leçon de vie. D’autre part, la mise en scène est assez remarquable dans sa manière de travailler les corps. La caméra est toujours près des personnages, auscultant celui du père malade de façon assez pudique tout en multipliant les plans rapprochés sur le visage de l’enfant comme pour épouser son point de vue. Ce qui suscite l’empathie, c’est ce filmage toujours à hauteur d’enfant. Et quand la caméra s’attarde sur ces visages qui expriment tant d’émotions à la fois, le film rappelle à quel point le gros plan est un outil d’une force évocatrice folle. Et c’est pour toutes ces raisons que le film, jusqu’à ce sublime plan final, submerge d’émotion le spectateur.

En définitive, Soleil pâle est un court métrage exigeant, qui ne cherche pas à séduire facilement mais plutôt à marquer durablement. Par son esthétique maîtrisée et son approche minimaliste, il s’adresse avant tout à un public sensible à un cinéma contemplatif et symbolique. Une œuvre discrète, mais profondément marquante pour qui accepte de s’y plonger.

2e prix : Martin Bouyon (Lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme), pour son texte sur le film Parce qu’aujourd’hui c’est samedi d’Alice Eça Guimarães (compétition internationale 2025, visuel ci-dessus).

Dans le film Porque hoje é sábado, en français Parce qu’aujourd’hui c’est samedi, Alice Eça Guimarães nous montre la journée de repos d’une mère de famille interrompue par les différentes tâches domestiques de la maison.

Le film commence au réveil de cette mère, lorsque le reste de la famille est encore endormi. Elle décide de se lever tôt, pour avoir du temps pour elle, ce qui sera de courte durée à cause du réveil de ses enfants qui auront besoin de la présence de leur mère. À partir de ce moment, chacune de ses tentatives de repos est brisée, soit pour faire le ménage, les repas, s’occuper des enfants… jusqu’au trop-plein émotionnel.

Le maximum de la pression accumulée durant tout le film est symbolisé à l’écran par une multiplication des objets représentant les tâches de la maison, qui envahissent le cadre et créent une sensation d’étouffement mais qui accélèrent aussi le rythme du film. Les gestes deviennent plus brusques, presque saccadés, ce qui fait ressentir la perte de contrôle de la mère, ses traits changent, son regard est vide. Nous voyons de l’extérieur, son effondrement intérieur.

Ce film présente une animation très enfantine et colorée, mais nous fait pourtant nous questionner sur des sujets très importants, comme la charge mentale et le trop-plein émotionnel d’une mère de famille, portant toute la maison à bout de bras. Il met également en évidence un sexisme banalisé, lorsque nous voyons la mère s’occuper de la maison et des enfants, et le père se reposer ou s’occuper de lui.

Sans même utiliser de paroles dans son film, Alice Eça Guimarães arrive à nous faire passer un message féministe et à nous montrer l’ampleur de la charge mentale sur une mère de famille.

3e prix : Bérénice Neuts (Lycée Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme), pour sa critique vidéo du film Loquita por ti de Greta Díaz Moreau (compétition internationale 2026, photo ci-dessus), visible en ligne sur le site de Sauve qui peut le court métrage.

Le jury Brefcinema était composé cette année de Clara Lucas, John Robinson et Christophe Chauville.

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