Welcome, Short Up !
“This is England”, c’est fini, mais ça continue ! À Rouen, le Festival du court métrage britannique et irlandais devient “Short Up” à l’occasion de la 15e édition de l’événement, qui prendra place entre le 14 et le 22 novembre. Sa directrice artistique, Fanny Popieul, a répondu à nos questions sur ce changement de nom et sur bien d’autres points.
Au moment de fêter son 15e anniversaire cette année, pourquoi votre festival change-t-il d’intitulé, de This is England à Short Up ?
C’est le fruit d’une réflexion collective qui nous anime depuis quelque temps. Comme toutes les décisions que nous prenons en équipe, elle est raisonnée, raisonnable et justifiée par un plan de développement à petits pas. On cherche à faire mieux, pas spécialement à faire plus. Et pour faire mieux, il nous fallait rebaptiser notre festival pour effacer la référence unique à l’Angleterre qui ne reflète plus notre programmation depuis au moins dix ans. La sélection s’est en effet progressivement ouverte à tout le Royaume-Uni et à sa voisine irlandaise au fil des éditions, et le fait de remettre le prix du meilleur film de fiction à un film 100% écossais l’an dernier (l’excellent Paternal Advice, de Lisa Clarkson) a été l’incohérence de trop. Les Britanniques sont des gens courtois, mais demander à une Écossaise de s’enthousiasmer pour un prix qui l’associe à l’Angleterre, c’est pousser le bouchon un peu loin !
Quinze ans marquent un tournant dans la vie d’un festival. Il est né, il a grandi, il s’est cherché et il s’est désormais trouvé. Short Up est un néologisme qui dit tout : c’est du court métrage (Short), c’est plein d’énergie (Up), ça sonne anglais et c’est suffisamment ouvert pour inclure toutes les identités d’outre-Manche.

Punt de Nicky Larkin.
L’autre nouveauté de 2026 est que le festival devient qualifiant pour les BAFTA, équivalent outre-Manche des César. Est-ce une étape de reconnaissance importante pour vous ? Couronne-t-elle une montée en croissance de la manifestation depuis quinze ans ?
Absolument. C’est d’abord un indicateur de notre excellente réputation auprès des professionnels du court métrage au Royaume-Uni. C’est un microcosme dans lequel le bouche-à-oreille fonctionne et nous savons que les sélections à Short Up y sont très convoitées.
Il est d’ailleurs probable que notre changement de nom ait pesé dans la balance pour notre placement sur la liste des festivals qualifiants aux BAFTA. Sur cette liste de cent festivals à travers le monde, seuls six festivals français, et pas des moindres : le Festival du court métrage de Clermont-Ferrand, le Festival de Cannes, la Semaine de la critique, le Festival Premiers plans d’Angers, le Festival européen du court européen de Brest … et désormais Short Up de Rouen, bien fier d’être le petit poucet de la bande ! En plus d’être un immense honneur, c’est une reconnaissance de la qualité du travail passionné de toute une équipe et d’un plaisir partagé avec un public plus nombreux d’édition en édition.
Notre festival monte effectivement en croissance pour notre plus grand bonheur, mais cette croissance assumée et raisonnée ne nous détourne pas de nos principes fondateurs : mettre les films à l’honneur et recevoir celles et ceux qui les font avec générosité et sincérité. Il n’y a pas d’enjeux plus compliqués que ça !

Homing d’Hansel Rodrigues et Lizzie Atherton.
Quelles seront les grandes lignes de la programmation de cette année ? Y aura-t-il des segments spécialement consacrés à cet anniversaire ?
Je conçois la programmation sans fil rouge, à savoir que je ne m’impose jamais aucun critère de recherche ni sur fond ni sur forme. Le baromètre de la sélection tient exclusivement à la production de l’année de laquelle se dégagent de grandes tendances. Sans trop en dévoiler, je peux vous dire que les cinéastes britanniques et irlandais ont un regard très affûté sur la société et excellent dans l’art de raconter des histoires universelles à partir d’expériences de vies ordinaires. C’est un cinéma tourné vers l’autre qui contraste avec un cinéma français plus introspectif.
À Short Up, la surprise est totale et j’apporte un soin particulier à l’enchaînement des films de sorte à créer une véritable expérience pour le public. Le cru 2026 est encore une fois excellent : 53 films comprenant de la fiction, de la non-fiction, de la prise de vue réelle et de l’animation, proposés en 6 programmes compétitifs de 90 minutes, chacun diffusé 3 fois durant le festival. Le jury est composé de lauréates de la dernière édition, qui se trouvent être 3 femmes : une actrice-scénariste, une réalisatrice-scénariste et une réalisatrice de films d’animation.

You get What You Pay For de Jeff Low et David Kolbusz.
Quant à notre volet scolaire intitulé S.U.R.F.F. SCHOOL, il déploie lui aussi ses ailes depuis que notre structure en assure officiellement la distribution. Les 3 sélections spécifiques (primaire, collège, lycée) sont désormais disponibles dans toute la France de novembre à juin.
Pas de célébrations anniversaires particulières pour nos quinze ans : un changement de nom, c’est déjà beaucoup, et nous mettrons l’accent sur les nouvelles perspectives qu’il nous offre avec des films d’ouverture et de clôture respectivement irlandais et écossais, et une rencontre avec l’acteur nord-irlandais Michael Smiley.
Nous travaillons également déjà à un segment pour un autre anniversaire en 2027 : le millénaire de la naissance de Guillaume le Conquérant célébré dans le cadre de l’année des Normands, une initiative européenne qui ouvrira de nouveaux horizons à notre programmation. Affaire à suivre…

G.S.W. de Jonny Durgan.
Quels liens le festival entretient-il avec le secteur du court métrage en Grande-Bretagne ? Quel regard portent les professionnels britanniques sur le paysage français du court ?
Nous entretenons des liens avec de nombreuses institutions d’aide à la production dans les différentes régions et nations du Royaume-Uni et d’Irlande et certains sont en passe de devenir des partenariats formels. Nous avons déjà le précieux soutien du British Council et de VisitGREATBritain qui nous aident à financer l’accueil des quelque 80 invité(e)s qui viennent présenter leur film chaque année.
Ces derniers, associés à Normandie Images et la Région Normandie, organisent depuis trois ans une rencontre professionnelle intitulée “Regards croisés” durant notre festival. Elle a pour but de mettre en contacts des producteurs et réalisateurs français avec nos invités afin de favoriser des projets conjoints. La thématique de l’année est : “Produire un court métrage entre la France et le Royaume-Uni” d’après le cas concret du court franco-irlando-britannique Wonderwall de Roísín Burns, en sa présence.
Misons que notre mise en relation établira des ponts entre tous les talents présents. Les professionnels britanniques et irlandais sont toujours estomaqués de constater l’engouement du public français pour leur cinéma, mais aussi de réaliser l’importance donnée en France à l’éducation à l’image des plus jeunes ; pour eux, le cinéma français est une immense source d’inspiration sur le plan artistique, et ils nous envient bien entendu la fameuse “exception culturelle” qui œuvre au soutien et permet le financement du cinéma français, courts et longs métrages confondus.

A Little Death de Leto Meade et Jonathan Rockefeller.
Avez-vous des exemples de cinéastes étant passé(e)s par Rouen et ayant confirmé par la suite, notamment dans le format du long métrage ? Y a-t-il des talents, dans la période plus récente, sur lesquels vous “parieriez” plus particulièrement pour les années à venir ?
C’est une question à laquelle il m’est difficile de répondre, car je n’envisage pas nécessairement le court comme un tremplin vers le long, mais comme une forme artistique à part entière. Certes, les premiers films sont souvent des courts pour des questions évidentes de budget, mais on a souvent vu des cinéastes qui, une fois établis dans le long métrage, reviennent à leurs premières amours du court dès qu’ils en ont l’occasion ou l’envie. Les créatifs craignent l’inactivité autant que la nature abhorre le vide !
Je n’assure la direction artistique de Short Up que depuis cinq ans – je n’ai donc pas le recul nécessaire –, mais ma carrière dans la programmation de cinéma britannique et irlandais a plus de vingt ans, alors si je devais prendre un exemple, ce serait celui de Mark Jenkin dont j’ai découvert et programmé les courts métrages à partir de 2016. Son travail singulier sous forme de cartes postales en Super 8 a évolué pour donner aujourd’hui des longs métrages d’une rare beauté tels que Bait, Enys Men (photo ci-dessous) ou Rose of Nevada qui sortira sur les écrans français début 2027. J’ai eu l’occasion de le croiser récemment, et il m’a d’ailleurs confirmé qu’il réalisait toujours des courts métrages. La productrice Helen Simmons mène également une belle carrière entre le court, le long et des projets pour la télévision. Au Royaume-Uni, les frontières entre ces différents formats sont assez perméables.

Quant au cinéma irlandais, il connaît un essor phénoménal ces dernières années et j’ai hâte d’aller explorer plus activement ce qui s’y passe. Tenter de rejoindre les festivals qualifiants aux IFTA fait d’ailleurs partie de nos projets à court terme.
Nous découvrons chaque année des réalisateurs et réalisatrices dont le travail est extrêmement prometteur, mais je me garderai bien de jouer les Madame Irma. Je suis discrètement l’évolution de leur travail et sélectionne leurs films plusieurs années de suite quand cela est pertinent. Il est intéressant de voir que certain(e)s passent de la fiction au documentaire et inversement, ou s’essaient à différentes formes de narration ou de mise en scène… mais je ne m’aventurerai pas à citer des noms. Reposez-moi la question dans cinq ans !
Photo de bandeau : Gobstopper de Pippa Lore Feldberg Collins.

À lire aussi :
- Le palmarès de This is England en 2025.
- Wonderwall, de Roísin Burns, vainqueur du Grand prix à Côté court 2025.


