En salles 11/09/2020

Une semaine riche de documentaires et de présences féminines

Cette semaine de sorties en salles fait la part belle au cinéma documentaire, avec notamment l’un des derniers films de Sébastien Lifshitz. Et ce sont des femmes qui en sont les “meneuses”…

Présenté en avant-première dans le cadre du cycle consacré à Sébastien Lifshitz au Centre Pompidou l'an dernier (voir aussi notre dossier spécialement consacré à l'événement dans Bref n°124), Adolescentes accède enfin aux salles de cinéma après avoir été reporté lors de la crise sanitaire et il conviendrait surtout de ne pas le laisser passer, l'ambition assez inouïe du projet étant couronnée par une belle réussite. Lifshitz a en effet décidé de suivre, de façon programmatique, deux jeunes filles sur une durée au long cours de cinq années, entre 13 et 18 ans, depuis la fin de leurs années collège jusqu'aux lendemains du bac. Une période de changements intenses, parfois vertigineux, pour les jeunes gens de cet âge, et le cinéaste suit au plus près, en compagnie de leurs proches, chez elles ou à l'école, Anaïs et Emma. Ces dernières sont amies, quoique très différentes et issues de milieux sociaux contrastés, leurs vies futures s'annonçant d'ailleurs éloignées, au point que l'on se demande si leur amitié supportera le passage du temps. C'est aussi l'histoire d'une société et d'un pays, entre attentats et élections présidentielles, qui se déroule, pour un voyage intime assez étourdissant. On attend désormais avec impatience une comparable distribution pour Petite fille, autre film documentaire récent de l'auteur des Vies de Thérèse, qui semble s'être installé comme une référence majeure au sein du paysage français du “docu” d'auteur.

Également distribué depuis ce mercredi 9 septembre, Les joueuses #paslàpourdanser de Stéphanie Gillard (photo ci-dessus) parle aussi de féminité et d'égalité, se tournant vers les footballeuses de l'Olympique lyonnais, qui règne depuis plusieurs années sur le monde du ballon rond en France et en Europe, sans toutefois parvenir aux mêmes retombées, médiatiques comme financières, que leurs homologues masculins. Labellisé par la sélection cannoise 2020 et produit par Julie Gayet, le film marche sur les traces du mythique Les yeux dans les Bleus de Stéphane Meunier (1998) et suit ces filles formidables au quotidien, à l'entraînement et en match, vers leurs multiples conquêtes sportives et en levant le voile sur leurs attachantes personnalités. Outre le fait que le jeu en lui-même est très bien filmé, ce qui n'est pas si fréquent, beaucoup de tact caractérise la démarche, jusqu'au titre, non explicité dans sa globalité, alors qu'il aurait été assez facile d'inclure la déplorable séquence de remise du Ballon d'or à la géniale Norvégienne Ada Hegerberg, à qui le présentateur du show télévisé avait alors demandé d'effectuer quelques pas de danse – imagine-t-on soumettre à telle indélicatesse Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi ?

Il y a toujours du boulot sur le motif du 50/50 et aussi du côté de la démocratie citoyenne, sur laquelle revient À ma place, de Jeanne Dressen (photo ci-dessus), axé autour de la personnalité de Savannah, une étudiante de 25 ans qui fut très active sur la Place de la République durant les semaines de débats du movement Nuit debout. Le film est assez court – 64 minutes – et restitue sans doute le plus justement l'atmosphère qui régnait en les lieux lors de cette expérience unique et qui apparaît déjà si lointaine. La quête d'avenir de Savannah, et d'elle-même au bout du compte, jusque dans des débuts de perte d'illusions, ramène finalement à celle d'Anaïs et Emma, les ados de Lifshitz : la boucle est bouclée…

Christophe Chauville

À lire aussi :

- Sébastien Lifshitz à l'honneur au Centre Pompidou à l'automne 2019.

- La compétition des courts du Festival de Cannes 2020.