En salles 16/11/2022

Un film en trois étés… et à trois réalisateurs !

Présenté cette année au FID, à Marseille, ce premier long métrage qui sortira le 7 décembre, a été tourné à six mains. L’un des co-réalisateurs, Anton Balekdjian, avait signé en 2020 Les vilains petits canards, un film d’école de la Cinéfabrique.

On a l’habitude, ces derniers temps, de voir arriver en salles des longs métrages cosignés à deux – citons les frères Boukherma ou le duo Lise Akoka/Romane Gueret, par exemple – mais plus rarement à trois. C’est le cas pour Mourir à Ibiza (un film en trois étés), mais objectivement, c’est plus là l’expression de la noblesse du réalisateur Anton Balekdjian d’associer à part égale son chef opérateur Léo Couture et son ingénieur du son Mattéo Eustachon. Des amis très liés, sans doute, plus encore que des collaborateurs, pour un film qui traite aussi précisément de ce thème inépuisable de l’amitié, sur la durée de plusieurs années. Ce n’est d’ailleurs pas le moindre charme de l’entreprise que de voir les acteurs jouant Marius, Maurice et Ali changer de look, de coupe de cheveux ou de pilosité selon les époques estivales successives.

L’écriture aussi oscille entre différents registres et cette expérience est sacrément vivifiante. Tout commence avec le personnage féminin du film, Léna, jouée par Lucile Balézeaux, qui était aussi la fille entre les deux frangins des Vilains petits canards (photo ci-dessus), film de fin d’études d’Anton Balekdjian, vu à Clermont-ferrand en 2021, où Couture et Eustachon étaient aussi à la manœuvre technique.

Famille d’acteurs et techniciens donc, pour un cinéma qui y puise sa sève. Au début, donc, Léna est à Arles, un peu solitaire et perdue, on pense à l’Eva (en août) de Jonas Trueba, qui errait dans un Madrid dépeuplé, en journée sous le soleil et en soirée au gré des fêtes de quartier. Les trois garçons de Mourir à Ibiza… arrivent alors dans l’histoire, qui se dirigera ensuite vers Étretat, puis vers Ibiza. Trois lieux et trois temps, pour des configurations amicales ou sentimentales différentes, des ruptures et des retrouvailles. Et aussi des cousinages qui pointent, de Rohmer à Rozier, en passant par Miguel Gomes, Guillaume Brac, bien entendu, ou Laïs Decaster.

Elle est vieille maintenant, elle a 41 ans…”, dit un personnage à propos d’une chanteuse à la carrière brisée : la réflexion en dit beaucoup sur une génération pas encore aguerrie au passage du temps, pour qui celui des rêves et des hésitations est à son climax, qu’on soit boulanger, apprenti skipper, gladiateur de spectacle pour touriste (hé oui !)… Ou archéologue en devenir, comme le héros des Vilains petits canards, incarné par Andranic Manet, qui se tire une balle dans le pied et met son avenir en péril en retrouvant son frère glandeur alors qu’il repasse par chez ses parents.

Dans ces histoires de jeunes adultes, on se bourre la gueule, on glande, on se rencontre via des sites, on ne se rase pas les aisselles (pour Léna), bref on a vingt ans et des poussières dans les années 2020, ce qui n’empêche pas les enjeux d’apprentissage de demeurer les mêmes que pour les jeunes gens du Conte d’été, dont le motif initial a été délibérément repris et détourné — c’était, en 1996, un gars et trois filles – par ce trio d’évidence plein de ressources et repéré par Shellac (who else ?), qui distribuera en décembre Mourir à Ibiza…, après sa présentation (et son prix) au FID, à Marseille, cette année.

Christophe Chauville

À lire aussi :

- Les vilains petits canards primé au Poitiers Film Festival 2021.

- Le palmarès du FID 2022.