Que voir ce week-end ?
Parmi la bonne quinzaine de sorties de la semaine, quelques pistes sont (selon nous) à suivre prioritairement…
On a parlé par ailleurs du long métrage d’animation Zombillénium d’Arthur de Pins et Alexis Ducord, du programme pour jeune public Le vent dans les roseaux et de la reprise de Notre pain quotidien de King Vidor, mais ce n’est pas tout, loin de là…
Après sa présentation à Cannes, au sein de la section “Un certain regard”, La belle et la meute de Kaouther Ben Hania (photo de bandeau) est vraiment à ne pas rater, d’autant que le contexte général le met – hélas – en pleine lumière d’un point de vue thématique. Le motif de la violence faite aux femmes et des agressions sexuelles restant impunies est ici abordé avec une énergie constante et une intelligence déjà prégnante dans le docu-fiction Le Challat de Tunis précédemment. Rappelons que la réalisatrice avait été remarquée dès son court métrage Peau de colle, en 2013.
Autre réalisatrice fortement engagée, Mariana Otero a baladé sa caméra sur la place de la République à Paris pendant le mouvement Nuit debout, au printemps 2016, et son film L’assemblée, qui fut montré par l’ACID à Cannes en mai dernier, en retrace l’aventure de façon directe et très vivante, non sans un recul salutaire, n’hésitant pas à restituer la confusion – parfois très drôle – du principe même des débats et des votes populaires, prenant un tour volontiers surréaliste par moments. La démarche artistique n'en est pas moins remarquablement pertinente et toujours honnête, ce qui ne surprend nullement de la part de celle que l’on avait suivie depuis ses débuts avec la série La loi du collège (cf. Bref n°22 et 85).
Toujours du côté des femmes cinéastes, on tient à saluer le retour en bonne forme de Laurence Ferreira-Barbosa, qui n’avait pas tourné depuis longtemps (Soit je meurs, soit je vais mieux date de 2008) et si Tous les rêves du monde semble moins ample que ses films des années 1990, il se révèle touchant et personnel, nous entraînant sur les traces d’une jeune fille d’origine portugaise, à la croisée des chemins et regardant ses origines différemment au moment de basculer dans l’âge adulte. Sa jeune interprète Pamela Ramos, qui est non professionnelle, apparaît aussi convaincante qu'attachante et l'on suit avec beaucoup de plaisir la petite musique distillé par celle qui fut, avec des qualités déjà évidentes, l’une des têtes d’affiche du court français, à l’époque de Paris-ficelle (1982), Adèle Frelon est-elle là ? (1985) et Sur les talus (1986).
On ne saurait omettre pour conclure le nouvel opus du duo Hélène Cattet/Bruno Forzani, qui adapte avec Laissez bronzer les cadavres un roman de Jean-Patrick Manchette, après plusieurs courts de genre appréciés de tous leurs aficionados, qui les avait suivis sur leurs deux premiers longs métrages, Amer et L’étrange couleur des larmes de ton corps. À noter que le film est interprété notamment par Élina Löwensohn, la muse de Bertrand Mandico (après avoir été celle d'Hal Hartley jadis).
Enfin, on rappelle que le récipiendaire de la Palme d’or 2017, le Suédois Ruben Östlund, récompensé pour The Square, était lui aussi passé par le court métrage, ce qu’Arte ne manque d’ailleurs pas de rappeler en ligne (ici).
Christophe Chauville


