En salles 14/07/2026

Les matins merveilleux : Charlie et Marina sont de retour !

Comme son court métrage Queen Size, avec le même duo d’actrices principales, avait rencontré un ample succès, il est tout naturel de revenir sur le premier long métrage d’Avril Besson. Les matins merveilleux sera distribué par Arizona Distribution à partir du 29 juillet, après avoir été présenté en séance spéciale au sein de la sélection officielle du dernier Festival de Cannes.

Avec Les matins merveilleux, Avril Besson signe son premier long métrage après plusieurs courts. Écrit pour India Hair, le projet a d’abord pris, dans l’attente de la mise en chantier du long, la forme d’un court métrage : Queen Size. Un film laboratoire, interprété par India Hair et Raya Martigny, mannequin devenue populaire sur les réseaux sociaux, en forme de teaser, qui devait à la fois présenter les personnages et éprouver l’alchimie entre les deux comédiennes. Sans reprendre ici la critique que nous lui avions consacrée au moment de sa diffusion sur Brefcinema (à lire ici), il suffit de rappeler que dans Queen Size, tout ou presque fonctionne : la justesse du cadrage, la composition des plans, la construction du récit – avec son ouverture in medias res et sa fin ouverte –, le rythme, les dialogues, la présence des corps. Cette comédie avait naturellement trouvé sa place parmi les nommés aux César en 2025.

Film de rencontres, portrait de personnages, buddy-movie au féminin teinté de mélancolie, Les matins merveilleux réunit de nouveau deux femmes que rien ne semblait devoir rapprocher. Avril Besson revendique des références aussi diverses que Les demoiselles de Rochefort, Bagdad Café ou Harold et Maude. Une filiation ambitieuse, dont le film ne retient finalement que l’idée d’une rencontre improbable.

Au lendemain de la mort de sa grand-mère, Charlie (India Hair) rejoint le sud de la France, hors saison, afin de remettre, conformément aux dernières volontés de son aïeule, une caisse de vinyles à Titou (Éric Cantona), caviste de Cavalière passionné de disco. Sur place, elle se lie d’amitié avec Marina (Raya Martigny), une serveuse trans, tandis que Titou lui révèle peu à peu une part méconnue du passé de sa mère.

Ni film sur le deuil ni récit centré sur la transidentité, Les matins merveilleux emprunte la forme d’un road movie immobile dans un village presque désert où chaque rencontre agit comme une étape initiatique. Chacune vient déplacer les certitudes de Charlie : sur ses origines, lorsqu’elle en vient à se demander si Titou n’est pas son père ; sur son histoire familiale, à mesure qu’elle découvre une autre image de sa mère ; sur son désir enfin, à travers la relation qu’elle noue avec Marina.

Si le film ménage quelques beaux moments – la séquence du karaoké ou encore la nuit sous acide comptent parmi ses plus belles réussites –, l’ensemble souffre d’un manifeste manque de rythme. Avril Besson explique avoir voulu réaliser un film sans conflit. Une ambition qui, loin d’être un défaut, pouvait laisser espérer une autre manière de construire le récit. Il suffit de penser à L’aventure rêvée de Valeska Grisebach pour mesurer combien l’absence de conflit peut devenir une véritable force de mise en scène.

Ici, pourtant, le film semble privé de moteur. Le spectateur demeure à distance, comme maintenu à l’extérieur. Quelque chose résiste : la mise en scène peine à trouver son point de vue, l’écriture reste programmatique, et la dimension artistique, pourtant recherchée, ne s’incarne jamais pleinement.

Formée au montage à la Fémis, Avril Besson a notamment travaillé comme monteuse sur Sex and the Series, la série documentaire d’Iris Brey consacrée aux représentations de la sexualité féminine. Ce compagnonnage avec Iris Brey semble avoir laissé des traces. L’échappée lesbienne qui clôt Les matins merveilleux pouvait encore apparaître, il y a quelques années, comme un geste singulier. À force d’être reprise, notamment dans plusieurs films présentés au Festival de Cannes 2026 – parmi lesquels La vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet –, elle tend aujourd’hui à s’installer comme une figure narrative récurrente du cinéma d’auteur contemporain. Là où elle prétend ouvrir un horizon d’émancipation, elle produit parfois aujourd’hui l’effet inverse : celui d’un motif attendu (à ce sujet, on écoutera cette chronique de Lucile Commeaux, aussi drôle qu’acérée, sur France Culture).

Le plus surprenant avec Les matins merveilleux est finalement qu’après un premier essai aussi prometteur que Queen Size, Avril Besson signe un long métrage manquant du sens du rythme, de la précision du découpage et de l’énergie des corps qui faisaient toute la réussite du court.

Donald James

Filmographie Avril Besson
2011 Bernard & fils, suicideurs à domicile (CM, Karé Productions/Topshot Films)
2013 Adela (CM, documentaire, La Fémis)
2014 Oups (CM, Arte/La Fémis)
2015 Mère agitée (pilote TV, atelier série, 26 min, La Fémis)
2023 Queen Size (CM, Topshot Films/The cup of tea)
2026 Les matins merveilleux (LM, To Be Continued/Topshot Films/The Project)

À lire aussi :

- India Hair vue par les cinéastes l’ayant dirigée.

- Un autre premier long distribué le 29 juillet 2026 : Le triangle d’or d’Hélène Rosselet-Ruiz.