En salles 02/11/2026

Le cinéma de Mariana Otero en focus à Paris

“Mariana Otero : histoires de regards”, qui est une proposition de la Cinémathèque du documentaire par la Bpi, investira entre le 3 et le 17 novembre le mk2 Bibliothèque x Centre Pompidou, avec également une séance spéciale (de courts métrages) au Forum des images.

On loue régulièrement le travail de la Cinémathèque du documentaire et de la Bpi, qui remettent en lumière et en perspective des œuvres insuffisamment considérées et qu’il convient de redécouvrir. C’est éminemment le cas de Mariana Otero, dont le parcours depuis les années 1990 est aussi cohérent qu’engagé et, par là, passionnant.

Son film le plus connu est sans doute le très personnel Histoire d’un secret, qui date de 2003 et sera projeté en ouverture de ce cycle “Histoires de regards” dès ce mardi 3 novembre (deux autres créneaux sont prévus). Ce documentaire enquête sur une tragédie personnelle de la réalisatrice (et de sa sœur, la comédienne Isabel Otero), autour du décès mystérieux de leur mère, tout en s’inscrivant dans la grande Histoire, celle des femmes, de l’avortement et des tabous sociaux.

La filmographie de Mariana Otero est d’évidence politique, voir son diptyque La loi du collège en 1994 et ce 52 minutes signé pour France Télévisions en 2001 qu’est le visionnaire – ou plutôt intemporel – Nous voulons un autre monde (photos de bandeau et ci-dessus).

Des lycéen(ne)s y sont suivis au moment de leur entrée en militance politique, à la grande période d’activisme d’Atac et de médiatisation des combats de José Bové, avec l’ombre lointaine du sous-commandant Marcos au Chiapas. Les discussions entre les jeunes gens sont saisies dans toute leur effervescence, trouvant un écho très troublant avec ce qui se produit actuellement, à l’automne 2026, au sein de la jeunesse. Vingt-cinq ans après, on aimerait bien retrouver toutes ces filles et ces garçons exaltés et pleins d’espoir, tandis que la Révolution et la fin du capitalisme qu’ils appelaient de leurs vœux ne s’est pas bien sûr produite.

Le long métrage L’Assemblée, qui date de 2017 (photo ci-dessus), s’inscrit entre les deux époques, au moment des manifs contre la Loi Travail ayant marqué la fin du quinquennat de François Hollande. La cinéaste en parlera sans doute lors d’une masterclass – ou plutôt une “maestraclass”, dixit le programme du cycle – qui prendra place au Forum des images le samedi 14 novembre à 18h, animée par notre consœur Charlotte Garson des Cahiers du cinéma.

Le même jour à 15h, il aura été possible de voir les premiers films de Mariana Otero, réalisés en partie lors de son passage à l’Idhec, comme Vie et amour d’une femme, soit 3 minutes en noir et blanc de 1985 qui suffisent à planter le dilemme d’un couple que des horaires de travail décalés séparent, et Passe et repasse, qui entraîne dans une école pour jeunes sourd(e)s et malentendant(e)s. Le motif du handicap est revenu dans le récent D’un corps à l’autre, qui filme des adultes non ou mal voyant(e)s et qui ser présenté en avant-première en conclusion (décalée) du cycle, le lundi 7 décembre à 19h.

Christophe Chauville

À lire aussi :

- Sur L’Assemblée, sorti à l’automne 2017.

- Sur un autre cycle de la Cinémathèque du documentaire et de la Bpi, en 2024, autour de Stéphane Mercurio.