Un siècle en quatre destins féminins
Distingué à Cannes en 2025, le deuxième long métrage de Mascha Schilinski, Les échos du passé, est disponible en DVD et BRD depuis quelques semaines.
Les échos du passé – Sound of Falling en version originale – avait remporté l’année dernière le Prix du jury au Festival de Cannes, ex-aequo avec le Sirāt d’Oliver Laxe, qui a objectivement beaucoup plus fait parler de lui par la suite, notamment en sortant tout début janvier, ce qui est un peu injuste. Car le film de Mascha Schilinski, cinéaste allemande née – en 1984 – de père français, assume une ambition narrative et formelle plutôt hors du commun.

Après son premier long, Die Tochter (2018), la réalisatrice berlinoise se confronte rien moins qu’à un siècle d’histoire de l’Allemagne, et pas n’importe lequel, puisque le vingtième aura vu se suivre deux guerres mondiales laissant le pays vaincu et exsangue, avec la naissance et l’arrivée au pouvoir du nazisme entretemps, avant que la guerre froide et la partition du territoire ne succède à l’ère hitlérienne.
Mais c’est bien loin de ces repères historiques précis que se déploie le récit, sur près de deux heures trente. Celui-ci investit un décor précis (et imposant), une ferme de la région de l’Altmark, dans le nord de la Saxe (grosso modo), où se succèdent plusieurs générations de locataires, à des époques différentes.

Ensuite, choix fondamental, ce sont quatre figures féminines, fillettes ou jeunes filles, qui sont mises en scène et suivies, prénommées Alma, Erika, Angelika et Lenka. De la veille de la Première Guerre mondiale à nos jours, en passant par les années 1980 “socialistes”, elles affrontent tout à fois la grande Histoire, les injonctions sociales, la toxicité masculine, des peurs secrètes et des désirs inexprimés et bien d’autres choses encore. Des motifs réapparaissent, d’un âge à un autre, d’où ce titre aux perspectives vertigineuses.

Au passage, on apprend la réalité de drames qui n’ont pas forcément trouvé leur place dans les manuels scolaires, tels ces suicides de femmes, préférant se noyer dans le fleuve plutôt que de subir les conséquences, réelles ou fantasmées, de l’avancée de l’Armée rouge dans la région, au printemps 1945. À ce titre, on aurait apprécié d’avoir des bonus plus copieux, l’interview de la réalisatrice, trop courte, ayant été réalisée en vitesse, visiblement, sur la Croisette.
Ses courts ou moyens métrages, comme Die Katze (2015), auraient pu également constituer des suppléments dignes d’intérêt. Mais la suite de son parcours artistique sera, quoiqu’il en soit, ausculté de près.

Les échos du passé de Mascha Schilinski, Diaphana Édition Vidéo, DVD ou BR, 19,99 euros.
Disponible depuis le 19 mai 2026.
Photos : © Fabian Gamper / Studio Zentral.
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