Un monde sans pitié : La guerre des prix
Sorti au cinéma au printemps dernier, le premier long métrage d’Anthony Déchaux – qui, une fois n’est pas coutume, n’est pas passé par la case court métrage – est, en solide thriller social axé sur un motif capitaliste méconnu, à rattraper en DVD pour celles et ceux qui seraient passés à côté.
Dans un bonus de cette édition DVD – un “thinkerview”, nous précise-t-on, qui réunit le réalisateur et Olivier Mével, économiste spécialiste des chaînes de valeurs alimentaires –, il est question de Ressources humaines (Laurent Cantet, 2000) et de Violence des échanges en milieu tempéré (Jean-Marc Moutout, 2004).
Nous sommes en effet dans la même famille d’œuvres de cinéma, avec une mise en scène – tendue – au service d’un récit dévoilant le véritable visage d’un milieu professionnel précis, altéré par la recherche du profit maximum et par des enjeux purement financiers, ici les produits laitiers au sein de la grande distribution.

Très documenté, le scénario d’Anthony Déchaux (qui est acteur de formation), écrit avec la collaboration de Maël Piriou, décortique les mécanismes ainsi en œuvre, souvent impitoyables, tout en insufflant un vrai souffle fictionnel, sinon romanesque, dans un premier long dont le titre délibérément austère parvient à réveiller nos consciences trop souvent anesthésiées.
La cruauté du système apparaît inexorablement au fil de la succession des séquences, tandis que l’héroïne, Audrey Dumont (Ana Girardot, très convaincante), se démène pour apporter de façon idéaliste, sinon utopique, un peu plus de justice et de “valeurs” dans la stratégie de distribution d’un grand groupe de produits laitiers, après avoir été missionnée pour s’occuper d’une filière bio et les petits producteurs locaux (tout en étant elle-même issue du monde agricole, évidemment en crise).

La richesse d’écriture des personnages – celui d’Audrey, mais aussi celui de son frère Ronan, qui a repris la ferme familiale, ou celui du négociateur joué par Olivier Gourmet, aussi aguerri que rude et redoutable – est l’un des atouts incontestables du film, qui parvient à s’emparer d’une efficacité emblématique des films-dossiers à l’américaine pour s’enraciner dans une intrigue très française, aux enjeux éminemment contemporains, y compris sur un plan politique. Peu d’espoirs au final face à la grande broyeuse des groupes du CAC 40, mais il est toujours louable de participer à dessiller les regards, c’est acquis.

La guerre des prix d’Anthony Déchaux, DVD ou BRD, Diaphana Édition Vidéo, 19,99 euros.
Disponible depuis le 21 juillet 2026.
Photo de bandeau : © Claude Pocobene.
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