Et pendant ce temps-là, en Ukraine (Premières classes, de Kataryna Gornostai)
Dans l’actualité, un conflit en remplace un autre, on le sait, quitte à occulter complètement les précédents. La guerre en Iran a ainsi fait passer au second plan, voire plus loin, à la fois Gaza et l’Ukraine… Heureusement, le cinéma documentaire est là pour permettre de maintenir nos consciences en éveil.
Dans Premières classes, la réalisatrice Kataryna Gornostai suit en équipe réduite des élèves ou étudiant(e)s de différentes tranches d’âges, en divers points du territoire plus ou moins proches de la ligne de front (parfois quelques kilomètres seulement). Le tout sur une année scolaire, depuis la rentrée de septembre – celle de 2023 – jusqu’aux vacances d’été suivantes – forcément particulières, voir cette remise de diplômes organisée en distanciel et en ligne, émouvante et frappante à la fois, alors que la ville même où se situait l’établissement des jeunes gens concernés a été rasée, littéralement, par les forces du Kremlin.

À un moment précis, la caméra a suivi une classe de niveau primaire dans ses activités et les accompagne à la bibliothèque. Là, une fillette fond d’un coup en larmes. Elle vient de voir que, dans la galerie de portraits noir et blanc alignés en haut des rayonnages de livres, figure celui de son père mort dans les combats. C’était complètement imprévu, comme l’explique la réalisatrice dans un passionnant entretien proposé en bonus, et c’est bouleversant, bien sûr.
L’émotion surgit souvent au long du film, sans le moindre pathos – il faut le souligner. Et il nous est rappelé ainsi que dans ce pays en guerre, on continue de vivre, d’aller à l’école, de mémoriser des poésies, de parler de l’amitié qui devrait théoriquement relier les peuples au-delà des origines, couleurs de peau ou religions. À huit ans, dans de telles circonstances, on en reste néanmoins persuadé et il est poignant de l’entendre. Il faut dire qu’entre deux alertes, les enseignants font leur boulot, et très bien, le plus souvent dans des conditions extrêmes : par exemple une classe installée dans un abri dans les couloirs du métro…

Aucune interview face caméra n’est incluse, il s’agit là uniquement d’une succession de simples et néanmoins intenses moments de vie – et d’espoir, parfois : la démarche adoptée par Kataryna Gornostai donne beaucoup de force à ses images, poursuivant une œuvre importante comprenant aussi le long métrage de fiction Jeunesse en sursis (2021) et plusieurs courts métrages réalisés au préalable, dont Lait concentré (2016), qui avait été chroniqué au sein d’un dossier consacré au cinéma de l’Ukraine en guerre, dans le numéro 128 de Bref, il y a déjà trois ans – mais que cette guerre est longue ! Le moins que l’on puisse faire est de partager le quotidien de ceux qui la subissent et voir Premières classes en offre la possibilité directe, en signe de nécessaire solidarité.

Premières classes de Kateryna Gornostai, DVD, Blaq Out, 19,99 euros.
Disponible depuis le 17 février 2026.
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