Yúyú
Marc Johnson
2014 - 15 minutes
Espagne, Etats-Unis, France - Documentaire
Production : Artport-making waves
synopsis
Yúyú évoque le sacre du printemps d’un apiculteur nommé She Zuo Bin. Dans l’espoir de retrouver un équilibre environnemental dans la vallée du Yangtze, She Zuo Bin s’ouvre à la transe et fait corps avec l’univers.
biographie
Marc Johnson
Né en 1986 à Vitry-sur-Seine, Marc Johnson est un artiste, architecte et cinéaste franco-béninois. Son court métrage Yúyú, documentaire expérimental tourné en Chine après deux années de repérages, a été sélectionné en 2015 à la Berlinale et au Festival d'Hambourg, notamment,a vant de concourrir à Sundance l'année suivante.
On trouvera davantage d'informations, le concernant, sur son site personnel.
Critique
Des vues de la nature silencieuse et coulante. Des roches immuables et la bruine des cascades étincelantes ; les plans défilent dans un rythme serein. Des câbles électriques laissent néanmoins deviner la présence d’une civilisation, puis le brouhaha lointain de la route et des échangeurs en béton viennent troubler une accalmie succincte. On se trouve dans la vallée du Yangtze, près de la province chinoise de Chongqing. On distingue des gratte-ciels sous la brume, qui pourraient déjà faire penser à de gigantesques ruches. Sauf que, dans ces mégalopoles galopantes, la nature n’est souvent qu’un arrière-plan oublié, alors que la vie grouille tout autour.
Justement, à la marge, il y a She Zuo Bin, un apiculteur pour le moins singulier. Lors d’un rite printanier, il se couvre le corps de milliers d’abeilles pour atteindre une sorte de transe mêlant l’harmonie et le danger qui guette. Yúyú pourrait être ce documentaire expérimental et environnemental présentant cet homme lorgnant vers le body-art et la performance baroque. Dans l’art contemporain, les abeilles peuvent être une passerelle vers des discours écologiques, notamment sur le sujet de la disparition des pollinisateurs, ou des apiculteurs aux techniques traditionnelles comme dans le fédérateur Honeyland de Tamara Kotevska (2019).
Le réalisateur Marc Johnson userait presque des abeilles comme d’un matériau permettant de construire son film. Elles n’en sont pas seulement le liant narratif et esthétique, mais également la bande sonore. Les sons et les bourdonnements constants remplacent les dialogues humains. Se retrouvent captées des images saisissantes, des textures et des gros plans de la peau colonisée par les insectes comme autant de tableaux abstraits, dans un motif du recouvrement progressif qui, finalement, forme une nouvelle carapace organique et protectrice.
Ultraviolet, du même Johnson, en 2018, implique aussi l’altérité d’une autre espèce, le scorpion, qui se prélasse sur un visage humain. Une danse à la beauté macabre. Puisqu’il existe également dans Yúyú, un véritable danger – on aperçoit d’ailleurs la rougeur d’une piqûre d’abeille sur l’apiculteur. L’entreprise est-elle vaine ou réellement spirituelle ? On aurait tout le loisir d’y répondre à mesure que la méditation évolue. Se recouvrir le corps, c’est aussi une façon de s’effacer, tandis que notre esprit de spectateur peut, quant à lui, aisément vagabonder.
William Le Personnic
Réalisation : Marc Johnson. Image : Guillaume Brault. Montage : David Charpentier. Son : Aymeric Vincent de Tapol, Daniel Benejam et Raphaël Hénard. Interprétation : She Zuo Bin, Wang Hai Bin, Yang Dong Ju, Feng Li et Yang San Yun. Production : Artport-making waves.


