Extrait

Wren Boys

Harry Lighton

2017 - 11 minutes

Royaume-Uni - Fiction

Production : Try Hard Productions

synopsis

Le lendemain de Noël, un prêtre catholique de Cork conduit son neveu en prison.

Harry Lighton

Né le 20 octobre 1992, Harry Lighton est un réalisateur et scénariste britannique. Il signe plusieurs courts métrages, dont Wren Boys, nommé aux BAFTAS en 2017, et Leash, achevé l'année d'après.

Son premier long métrage, Pillion, a reçu le Prix du meilleur scénario au sein de la section Un certain regard du Festival de Cannes 2025. Adapté du roman Box Hill d'Adam Mars-Jones, il réunit Alexander Skarsgård et Harry Melling.

Critique

Le “jour du troglodyte” est une tradition irlandaise quelque peu barbare et datée, celle de chasser au lendemain de Noël le troglodyte, ce mignon oiselet fragile et doucereux, dans des forêts aux atmosphères celtiques. Avec ses costumes baroques arborés, l’introduction de Wren Boys pourrait faire penser à un registre de folk horror tout droit sorti de The Wicker Man de Robin Hardy (1973). Néanmoins, le film délaisse très vite ce bois crépusculaire de la région de Cork pour se rendre dans le décor étouffant d’une prison, espace grillagé et quadrillé ne laissant que peu de place à nos altérités. Différents théâtres pour une même violence prégnante en perspective ? Un prêtre (Lalor Roddy), atttiré par les idées neuves, emmène son neveu (Diarmuid Noyes) dans un établissement pénitentiaire afin d’y rencontrer un prisonnier plutôt spécial. Après quoi une scène mouvementée dans une salle d’attente mène à une succession de séquences inattendues. Le cinéaste britannique Harry Lighton semble vouloir mettre en scène des incongruités pour les entrechoquer allégrement par la suite – un prêtre et un mariage dans une prison, des hommes virils qui s’avèrent être débordants de tendresse –, mais aussi jouer astucieusement sur les attentes, tout en subvertissant les tropes du film “carcéral”. Ainsi, une séquence de rixe en montage alterné n’est finalement qu’un bizutage potache. C’est aussi l’entreprise désarçonnante du premier long métrage de Lighton, Pillion, où celui-ci, brisant les chemins balisés de la comédie romantique, filme un couple d’hommes bigarrés engagés dans une relation sadomasochiste follement ambiguë. Et dans Wren Boys, il interroge tous les sentiments paradoxaux susceptibles de traverser notre humanité. D’ailleurs, l’animalité n’est jamais très loin et ne demande qu’à refaire surface, comme dans un autre de ses courts datant de 2018, Leash, variation autour de la violence au sein des groupes de jeunes filles.

Ici, les contours stylistiques du granuleux 16 mm, dans une sorte de réalisme social revêche façon Andrea Arnold, donnent une véritable ampleur esthétique à ce récit ramassé, entrecoupé par des images de smartphone, marquant un nouveau contraste entre l’héritage et la modernité qui se heurtent continuellement. Finalement, les enjeux de cette narration dichotomique (héritage désuet/équivalence amour-violence) seraient de convoquer une Irlande contemporaine plus progressiste, mais se heurtant malgré tout à un mur traditionaliste, tandis que le soubassement de l’ancien monde persiste, tapi dans l’ombre et prêt à surgir au détour d’une ruelle obscure.

William Le Personnic

Réalisation : Harry Lighton. Scénario : John Mark Fitzpatrick et Harry Lighton. Image : Nick Morris. Montage : Julie Buckland. Son : Fred Pearson et Joshua Unit. Interprétation : Diarmuid Noyes, Lalor Roddy, Fionn Walton, Billy Clark et Carrie Baxter. Production : Try Hard Productions.

À retrouver dans