Vie et mort d’Óscar Pérez
Romain Champalaune
2018 - 45 minutes
France - Documentaire
Production : Romain Champalaune
synopsis
Óscar Pérez fut pendant seize ans un policier d’élite vénézuélien avant de se rebeller contre le gouvernement de Nicolás Maduro en 2017. Ce film est un portrait d’une figure controversée à travers le prisme de ses publications sur les réseaux sociaux.
biographie
Romain Champalaune
Romain Champalaune, né en 1989, est photo-journaliste et réalisateur. Après des études de montage, il s’oriente vers l’image fixe et sort diplômé de l’École nationale supérieure Louis-Lumière en 2012. Dans un premier temps, ses travaux sont consacrés à la société iranienne, sur laquelle il travaille pendant deux ans. Aujourd’hui il questionne des problématiques liées à l’économie de marché. Il publie dans Le Monde, le New York Times, Der Spiegel, La Repubblica, etc. En 2015, Romain Champalaune réalise son premier court métrage, Samsung Galaxy, lauréat de la “Bourse de la vocation Marcel-Bleustein-Blanchet”. Suivent en 2016 deux autres documentaires expérimentaux de format court : Le bois et Arbitrage.
En 2018, le moyen métrage Vie et mort d'Óscar Pérez obtient un beau succès en recevant notamment le Prix du jury au Festival de cinéma de Brive.
L'année suivante, Romain Champalaune s'intéresse de nouveau à la société coréenne pour un court métrage tourné avec un téléphone portable : Hanawon. Le film est montré au Fipadoc à Biarritz en 2020.
Critique
Au printemps 2017, le Venezuela est au bord de l’embrasement. Depuis plusieurs mois, les manifestations contre Nicolás Maduro sont violemment réprimées tandis que le pouvoir est accusé de dérive autoritaire. C’est dans ce climat de quasi-insurrection qu’Óscar Pérez, ancien policier d’élite, rompt avec le régime. Après avoir revendiqué sur Instagram une spectaculaire attaque en hélicoptère contre le Tribunal suprême et le ministère de l’Intérieur (une opération qui ne fait aucune victime), il entre dans la clandestinité et transforme les réseaux sociaux en journal permanent de sa rébellion. Six mois plus tard, retranché avec quelques compagnons, il diffuse en direct l’assaut des forces gouvernementales qui lui coûtera la vie.
De cette histoire, Romain Champalaune ne tourne pourtant aucune image. Vie et mort d’Óscar Pérez est un étourdissant exercice de net found footage, entièrement composé des vidéos que Pérez publiait lui-même sur Instagram, Facebook ou YouTube. Le geste du cinéaste ne consiste pas à fabriquer des images, mais à les fondre dans un effet dramaturgique de collage. Isolées des publications des réseaux sociaux, ainsi rapprochées les unes des autres, ces vidéos deviennent les fragments d’un scénario en mosaïque. Pérez ne cesse de se filmer comme le héros de sa propre histoire. Terre, ciel, mer : ses vidéos le montrent sautant en parachute, pilotant des hélicoptères, plongeant, s’entraînant, secourant des enfants. Une succession d’exploits, comme la bande-annonce pixellisée et survitaminée d’un film d’action dont Pérez serait à la fois le réalisateur et le performeur. Champalaune ne démonte jamais frontalement cette légende. Il lui suffit d’enchaîner ces images pour laisser apparaître les contradictions d’un homme persuadé de contrôler son récit.
Cette idée traverse jusque dans la forme du film. Champalaune refuse d’agrandir ou de restaurer les vidéos. Conservées dans leur faible définition, entourées d’un vaste fond noir, elles portent en elles les stigmates des réseaux sociaux. La dernière partie du film, insoutenable, suit presque minute par minute l’assaut contre la cachette de Pérez. Jusqu’au bout, celui-ci continue de filmer, le visage en sang, suppliant pour sa reddition. Ces ultimes enregistrements sont certes des appels désespérés, mais le témoignage d’un homme qui assiste, caméra allumée, à sa fin imminente. C’est à la fois la tragédie d’un homme, mais aussi celle d’images qui, une fois arrachées au flux qui les a vues naître, échappent définitivement à celui qui les avait produites.
Arnaud Hallet
Réalisation, scénario, montage et production : Romain Champalaune.


