Vertige de l’amour
Laetitia Masson
1994 - 6 minutes
France - Fiction
Production : 3000 Scénarios contre un virus
synopsis
Entre elle et lui, c’est le coup de foudre... Comment aborder la question du préservatif ? Elle propose, il refuse...
biographie
Laetitia Masson
Laetitia Masson est née le 18 août 1966 à Épinal, dans les Vosges. Montée à Paris pour suivre des cours de lettres et de cinéma à la faculté de Censier, elle manifeste déjà l'envie de faire des films, mais ressent le besoin d'une structure. Ce sera la Fémis, qu'elle intègre en section image et dont elle fera partie de la promotion 1991.
Elle travaille au début des années 1990 avec Cédric Kahn sur Bar des rails et Trop de bonheur, et avec Anne-Marie Miéville sur Lou n'a pas dit non. Elle passe elle-même à la réalisation à travers plusieurs courts ou moyens métrages, dont Nulle part, lauréat du Grand prix à Côté court, à Pantin, en 1993. Son premier long métrage, En avoir (ou pas), rencontre un certain succès à la fin de 1995, avec un prix obtenu à la Berlinale dans le même temps, et la réalisatrice confirme dans la foulée avec À vendre, toujours avec Sandrine Kiberlain. Entre temps, elle a réalisé un journal intime filmé, d'abord tourné en vidéo : Je suis venue te dire.
Laetitia Masson retrouve Sandrine Kiberlain avec succès grâce à Love Me en 2000, puis dirige Isabelle Adjani dans La repentie en 2002. La critique est réservée à son égard et la réalisatrice va dès lors diversifier son champ d'activités entre longs métrages parfois espacés dans le temps (huit années séparent Coupable, en 2008, et GHB, en 2014), courts métrages (un segment de X femmes en 2008), téléfilms (tels Petite fille en 2010 et Chevrotine en 2022) et clips.
Collaborant très régulièrement depuis 2016 au magazine en ligne d'Arte Blow Up, piloté par Luc Lagier, elle est également co-responsable du département réalisation de la Fémis pendant plusieurs années.
Elle a en parallèle signé deux autres longs métrages, Un hiver en été (sorti en 2023) et Ulysse, présenté en 2026 en clôture de la section Un certain regard du Festival de Cannes. Elle a aussi collaboré au scénario et aux dialogues de Nouvelle vague, de Richard Linklater (2025).
Critique
Réalisé en 1994, Vertige de l’amour fait partie de la trentaine de films de prévention contre le sida résultant d’un concours lancé par le CRIPS, les restés fameux “3000 scénarios contre un virus”. Précisément, la réalisatrice issue de la Fémis (département image, promotion 1991) était alors à la veille d’embrayer sur son premier long métrage, En avoir ou pas, qui devait sortir en salles en décembre 1995. Son nom commence néanmoins à signifier quelque chose pour qui suit les festivals de courts métrages, à la faveur de ses œuvres d’école et courts métrages, dont Nulle part, lauréat du Grand prix à Côté court en 1993 (avec une débutante nommée Hélène Fillières). On connaît le principe du concours initié par le CRIPS : les cinéastes choisi(e)s sélectionnèrent un scénario soumis par un ou une jeune scénariste en herbe. Pour Vertige de l’amour, il s’agit d’une autre Laetitia, âgée de dix-neuf ans et portant le patronyme de Carton (comme Pauline) ; créditée comme étant originaire de Cusset, dans l’Allier, elle allait devenir par la suite documentariste, signant des courts comme des longs métrages (par exemple Le grand bal en 2018).
Les deux Laetitia nous racontent de concert une brève tranche de vie. Celle d’une adolescente jolie comme un cœur et qui s’apprête à incessamment coucher avec un garçon qui lui plaît, avec cette épée de Damoclès, signature des années 1980-90, qui plane sur l’acte à venir. À savoir la nécessité d’évoquer au plus vite l’usage du préservatif, aka “la capote”, centrale dans cette campagne globale de sensibilisation et posant les questions systématiques à l’époque. Non, pas avec toi. Ça va tout foutre en l’air. Ça va être moins bien. Fais-moi confiance. Et s’il l’avait, en vrai (la maladie, bien sûr…) ? Un questionnement banal pour les jeunes gens “en âge de” au milieu des nineties – et semble-t-il toujours d’actualité trente ans après. On trouve déjà ici des éléments emblématiques du cinéma à venir de Masson : le jeu des résonances dans les dialogues (“Du cul, du cul, du vécu. Ce soir ou jamais”), un goût prononcé pour le romanesque et des ambiances de soirées vaporeuses et sensuelles, avec ce tropisme pour les scènes de musique montant le volume (un morceau de raï de Cheb Mami ici, L’envie de Johnny Hallyday dans À vendre qui réunissait Sandrine Kiberlain et Jean-Francois Stévenin quelque temps plus tard, en 1998).
Un charme certain entoure les déambulations du jeune couple dans ce Paris nocturne, entre une fête, la rue et une chambre (lieu central de la série en général, dont un film de Klapisch en porte même le titre). La jeune fille vue d’abord en gros plan, perdue dans ses pensées, en clair-obscur sur fond d’obscurité, est jouée par Estelle Perron, l’une des deux héroïnes (avec Caroline Ducey) de Trop de bonheur, l’un des premiers et des meilleurs films de Cédric Kahn, distribué la même année, au mois de juin. Elle a vite quitté les écrans et le métier. Dommage, on aimait bien sa farouche conviction, au-delà de l’inquiétude et de la fébrilité, pour balancer au garçon inconséquent : “Mais qu’est-ce t’en sais de l’amour, toi ?” Une vraie préfiguration aussi, en un sens, d’héroïnes du cinéma français mises en scène par des réalisatrices des générations suivantes.
Christophe Chauville
Réalisation : Laetitia Masson. Scénario : Laëtitia Carton. Image : Caroline Champetier. Montage : Laetitia Masson. Son : Stéphane Thiébaut. Interprétation : Christophe Loir et Estelle Perron. Production : 3000 Scénarios contre un virus.


