Verso
Olivier Seibert
2025 - 25 minutes
France - Fiction
Production : La Résidence des 168h, Fumigènes Films
synopsis
Ambroise, une jeune médecin spécialisée dans les troubles du sommeil, passe la nuit chez un patient souffrant de violentes crises de somnambulisme. Isolé dans son chalet au cœur des montagnes, il cherche des réponses à ses comportements nocturnes. Alors que la raison voudrait qu’elle quitte au plus vite ce lieu, son obstination et sa fascination pour ce patient l’incitent à pousser l’expérience plus loin que prévu.
biographie
Olivier Seibert
Diplômé de l’ENS Louis-Lumière, Olivier Seibert a commencé sa carrière en tant que chef-opérateur aux côtés d'anciens élèves de l'école Kourtrajmé. Il a assuré la direction de la photographie du documentaire Vraies gueules d’assassins d’Alexia Hanicotte et collaboré aux films de Léo Fontaine Jeunesse, mon amour et Qu’importe la distance. Il a également travaillé sur plusieurs courts métrages, signant l’image de Pilule d’Adil Voisin et Naissance d’un feu d’Archibald Martin.
Conçu et tourné dans le cadre de la Résidence des 168 heures, Verso (2024) est sa première réalisation. Interprété par Victor Bonnel et Margot Ladroue, il a été présenté au Festival Que du feu, à Lyon, en 2025.
Critique
Depuis L’inconnue d’Arthur Harari, tout le monde parle anglais et n’a plus que ce mot à la bouche, comme le refrain d’une chanson de Bowie : le body swap. Après le buddy movie, le coming-of-age, le hangout movie, sans oublier les innombrables mumblecore, screwball comedy, rom-com, breakup movie, home-invasion, elevated horror, mockbuster, one-night movie ou autres slow burns – on s’arrêtera là, car la liste est décidément très longue –, le body swap semble bien parti pour entrer à son tour dans la catégorie A des termes à retenir dans la critique de cinéma.
Avant L’inconnue – sans l’avoir vu, du moins –, Olivier Seibert signait en 2025 Verso, un court métrage dont le titre convoque à lui seul l’envers, l’image miroir, le reflet, la répétition inversée, mais aussi le labyrinthe et le mystère. Il faut dire que le body swap compose avec l’un des motifs les plus anciens et les plus féconds des arts, en littérature comme au cinéma : celui du double. À ceci près qu’il ne s’agit plus tout à fait ici de rencontrer son double, mais de devenir l’autre ou, plus vertigineusement encore, de découvrir l’autre devenu soi.
Diplômé de l’ENS Louis-Lumière, Seibert a commencé sa carrière comme chef opérateur aux côtés d’anciens élèves de l’école Kourtrajmé. Il écrit et réalise Verso dans le cadre de la Résidence des 168 heures, un dispositif de création de films courts qui accompagne chaque année trois cinéastes émergents dans la fabrication de leur film, de l’écriture jusqu’à la distribution. La résidence est installée en Savoie lorsque Seibert réalise le sien et les paysages de la région participent pleinement à l’atmosphère du film : crus, sombres, isolés et décharnés. Ce n’est pas Dracula, mais presque. Les gros plans en ouverture construisent d’emblée la perception d’un espace paradoxalement proche et lointain, familier et étrange.
De là, Seibert met en scène deux personnages presque prototypes du fantastique : une spécialiste et son patient. Mais, comme dans L’inconnue, c’est moins le fantastique lui-même que l’invraisemblable, l’improbable, qui surprend et crée tout le mystère. Spécialiste des troubles du sommeil, la jeune Ambroise (Margot Ladroue) se rend dans le chalet d’un patient (Victor Bonnel) souffrant de violentes crises de somnambulisme pour y passer la nuit. À l’écoute des questions que pose la spécialiste et des réponses du patient, on comprend que la situation n’est pas raisonnable. Le scénario paraît invraisemblable et pourtant l’expérience se poursuit : l’homme se révèle tout autant objet de désir que la femme. S’est-elle dédoublée ? Ou bien lui ? Ont-ils couché ensemble ? Victor Bonnel excelle dans l’interprétation troublante du vrai-faux patient, du bad boy objet de désir et conscient de l’être. Le chalet, au cœur des montagnes, ou peut-être la nuit elle-même, devient le shaker de tous les fantasmes nocturnes. Des fantasmes qu’il éveille, suscite et auxquels il donne corps, dans une forme d’abandon de la raison qui tient moins du cri ou de la mutilation, comme chez Cronenberg, que de l’accident de tournage : quelque chose comme un filtre vert de caméra amateur à la Blair Witch. N’est pas Cronenberg qui veut, dira-t-on. Certes. Mais rien ne prouve que Seibert revendique ici une telle filiation. Le côté vert de l’image, son versant Blair Witch, est peut-être là pour nous le rappeler : le verso, ce serait aussi cet envers informe de l’image, l’endroit où celle-ci se dérègle, perd sa netteté. Et c’est précisément de là que peut surgir l’inattendu : l’inconnue. Verso joue de cette confusion sans toujours parvenir à lui donner toute son épaisseur. Quelque chose néanmoins demeure. Moins peut-être le vertige d’une identité devenue autre que l’impression d’un réel qui, l’espace de quelques instants, s’est mis à regarder de l’autre côté du miroir.
Donald James
Réalisation et scénario : Olivier Seibert. Image : Noé Mercklé. Montage : Hugues Dardart. Son : Jules Bonnel et André Capriotti-Schaefer. Musique originale : Côme Ordas. Interprétation : Victor Bonnel et Margot Ladroue. Production : La Résidence des 168h et Fumigènes Film.


